Saint-Bruno : l’auteure Maryse Pagé en road trip
Maryse Pagé publie un nouveau roman chez Québec Amérique, L’Autre bout du monde. L’auteure aborde les relations toxiques et la violence conjugale lors d’un road trip Rouyn-Noranda et Cap-des-Rosiers.
« Le road trip, c’est un clin d’œil, un hommage à Thelma et Louise », commente Maryse Pagé en entrevue.
Créer l’étincelle
La romancière a vu ce film une dizaine de fois. Selon elle, c’est le meilleur film d’escapade routière. Un film qui aborde des « thèmes forts comme l’émancipation, l’affirmation de soi, l’amitié et la solidarité féminine ». Maryse Pagé précise. « Mon objectif était de montrer qu’en 2025, les filles doivent encore parfois travailler fort pour se faire respecter. Si je peux allumer une petite étincelle chez une jeune femme qui doute à savoir si sa relation est saine ou pas, j’aurai fait mon travail. »
L’Autre bout du monde plonge le lecteur dans la complexité des relations humaines, de l’adolescence à l’âge mûr. Maryse Pagé tisse une histoire sur la découverte de soi et la complicité intergénérationnelle.
À 17 ans, Mira décroche un emploi d’été et accepte de conduire Marguerite, 69 ans, de l’Abitibi à la Gaspésie. Les deux femmes font route vers Cap-des-Rosiers en Coccinelle jaune. Mais pourquoi Marguerite fuit-elle son passé et quel rôle jouent ses petits larcins commis sur leur chemin? Tandis que Mira se remet du décès de sa mère et se libère d’une relation étouffante, les secrets et les vérités cachées de chacune se révèlent tout au long de ce récit de 165 pages.
« Mon objectif était de montrer qu’en 2025, les filles doivent encore parfois travailler fort pour se faire respecter. » – Maryse Pagé
Inspiration
« Quand j’ai commencé à avoir des idées pour mon nouveau roman, ce qui me restait en tête surtout, c’était encore de raconter une relation intergénérationnelle. J’avais l’impression que je n’avais pas terminé avec cela », raconte Maryse Pagé.
Cette écrivaine de Saint-Bruno-de-Montarville a rédigé, notamment, Rap pour violoncelle seul (Leméac, 2020) et De son œil (Leméac, 2021). Le premier, qui racontait la rencontre improbable entre un ado et un vieil homme détestable, a été finaliste pour plusieurs prix littéraires. Le deuxième a remporté le prix Espiègle 2022.
Son nouveau titre évoque à nouveau une relation intergénérationnelle. Comme c’était le cas pour Rap pour violoncelle seul.
« Après Rap pour violoncelle seul, je suis arrivée avec De son œil, qui allait complètement ailleurs. Pour L’Autre bout du monde, j’avais donc encore cette idée de mettre sur papier l’histoire entre un ado et une personne plus âgée, à l’image d’un grand-parent. Sauf que je suis allée ailleurs, parce que cette fois, mes personnages, ce sont des femmes », mentionne celle pour qui les relations intergénérationnelles demeurent un thème de prédilection.
Dénoncer
À travers ses histoires, Maryse Pagé se fait un devoir de dénoncer ce qui la dérange. Dans ce cas-ci, les relations toxiques. « Je n’en reviens pas de ce dont parlent encore les nouvelles! Des féminicides et de la violence conjugale. Ça me met encore à l’envers! Nous n’avons pas évolué plus que ça », déplore l’écrivaine.
Le 26 septembre, une femme de Saint-Charles-sur-Richelieu reposait dans un état critique après un cas présumé de violence conjugale. Le 1er octobre, la Sûreté du Québec et les proches de la victime annonçaient le décès de la mère de famille de 44 ans. Dans son roman, la Montarvilloise met en scène une femme de près de 70 ans, qui a vécu quelque chose dans sa jeune vie d’adulte, et une adolescente qui expérimente une relation amoureuse compliquée. « Marguerite règle des choses avec son passé et Mira réalise que quelque chose ne va pas dans son couple. Tout se dévoile durant le road trip », affirme Maryse Pagé.
Toutefois, à travers ses pages, celle qui a rédigé la trilogie Ce livre n’est pas un journal intime (Druide, 2013-2014) voulait aussi dépeindre des personnages masculins à l’opposé de ceux qui blessent Marguerite et Mira. « C’était important pour moi de montrer qu’il y a aussi de bons gars. Le père de Mira, le motard amant de Marguerite, les amis de gars à Béa… La masculinité toxique, ce n’est pas la majorité des hommes », insiste-t-elle.
Relations intergénérationnelles
Quand on lui demande pourquoi c’est important pour elle de décrire des relations intergénérationnelles dans ses bouquins, la recherchiste en télé répond que c’est plus fort qu’elle avant de développer : « J’aime raconter ces relations. Je n’ai jamais connu mes grands-parents. Mes enfants n’ont presque pas connu leurs grands-parents. C’est un manque dans ma vie. J’espère, un jour, vivre le lien du grand-parent », précise Maryse Pagé.
Celle-ci est convaincue que ces deux générations, les adolescents et les aînés, peuvent s’apporter beaucoup. « C’est un thème inépuisable qui amène des émotions, de la comédie… C’est plus fort que moi, c’est un sujet qui ressurgit quand j’ai des idées. J’aime moins écrire des histoires qui mettent en scène des ados entre eux. Par contre, un récit entre un ado et un personnage qui a l’âge d’un grand-parent, ça m’inspire! »
