Saint-Bruno : la sortie de Mélissa Perron

Le nouveau roman graphique de Mélissa Perron, Femme renarde, est en librairie depuis le 30 septembre, chez KO éditions. Rencontre avec l’écrivaine de Saint-Bruno-de-Montarville.

« Ce livre n’était pas censé naître. Je n’aurais jamais pensé écrire cela. C’est mon livre le plus intime », amorce Mélissa Perron quand on lui demande ce que représente cette nouveauté.

Un sixième roman

Femme renarde est son sixième titre. Depuis 2019, elle a publié cinq autres romans, dont Promets-moi un printemps, premier tome d’une trilogie relatant la vie de Fabienne Dubois. Elle a aussi rédigé Le retour de l’oie blanche en 2023, et Femme caméléon, un premier roman graphique paru à l’orée du printemps 2025 chez KO éditions.

Dans Femme renarde, l’auteure raconte, sous forme de fable, le moment de dépression qu’elle a connu l’année dernière. En entrevue, elle évoque un grand moment de creux « J’ai fait une tournée médiatique extraordinaire pour Femme caméléon. Je me suis assise dans des studios de télévision, à la radio, tout ça. C’était extraordinaire! Je suis à l’aise dans cet univers. Ça m’a montré tout ce que j’aurais pu faire si j’avais eu un diagnostic tôt dans ma vie. J’ai vu tout ce que j’ai manqué. C’est ça, ça m’a fâchée, ça m’a fait de la peine… », confie-t-elle les larmes aux yeux.  

Diagnostic

À 38 ans, lorsqu’elle entend la psychologue lui dire « Vous êtes une femme autiste, aucun doute », Mélissa éclate en sanglots. Des larmes de joie, parce qu’elle a l’impression de renaître. Ce n’était pas juste un diagnostic, mais un laisser-aller pour une nouvelle vie après des années d’errance médicale. Sa quête était terminée.

Depuis, elle écrit et donne des conférences. Mélissa Perron est devenue une figure engagée de la sensibilisation à l’autisme au féminin. Ses démarches et son influence auprès du grand public lui ont valu en 2023 le prix Michel-Francoeur, décerné par la Fédération québécoise de l’autisme. En 2026, elle est devenue collaboratrice à l’Observatoire des droits humains à l’ONU afin de promouvoir une meilleure compréhension de la neurodiversité.

Son précédent roman graphique, Femme caméléon, raconte d’ailleurs son histoire à elle, son parcours, sa « quête », de l’enfance jusqu’à son diagnostic à 38 ans. Elle parlait alors d’une « mise à nu devant tout le monde ». Après un moment, elle reprend. « J’avais de la peine. Parce que j’ai perdu 38 ans. J’ai vu ce que j’aurais pu faire si j’avais su avant. La radio, les communications, c’est ça que je voulais faire dans la vie. C’est extraordinaire une tournée média, mais après tu retournes à la maison. Puis tu constates que tu ne fais pas partie du monde, parce que tu es différente. Alors j’ai eu l’impression d’avoir perdu ma vie. »

La renarde dans son terrier

Ce genre de dépression peut arriver quand « tu sens que tu ne fais pas partie du monde ». Elle s’est terrée. D’où l’image de la renarde et du terrier dans le livre. C’est ce que la Montarvilloise a vécu. « La renarde, c’est moi. » 

Femme renarde est plus intime, selon la principale intéressée. Il a aussi été plus ardu à rédiger et à illustrer. « L’autre, Femme caméléon, raconte mon passé. C’est ce qui m’est arrivé. Je ne suis plus responsable de mon passé », dit-elle.

Le défi du travail est venu du fait qu’elle abordait un sujet difficile et plus personnel. Sa chute à l’ombre dans le terrier.

« Cette fois, j’aborde mon présent. Les gens peuvent penser que j’ai du succès, mais je crois que ça va les surprendre. La solitude me fait toujours pleurer », commente Mélissa Perron. 

La renarde à la surface

L’écrivaine souligne qu’il y a alors une reconstruction à faire. Un retour à la surface. « Cette reconstruction est possible. » Dans le roman, son jardin de fleurs aide la renarde à remonter à la surface, à revoir le soleil, à retrouver les autres animaux de la forêt. Le contact de la nature lui permet de retrouver une forme de guérison. « Tapisser ma tête de fleurs », une citation de Promets-moi un printemps, a été le fil conducteur de Femme renarde. « Mon jardin à moi, aujourd’hui, m’occupe tous les jours. Je tiens à avoir un jardin de fleurs. J’ai acheté tellement de rosiers! dit-elle dans un éclat de rire. C’est un baume. »        

KO éditions organise un lancement officiel le 8 octobre à Montréal (https://www.ko-media.ca/products/femme-renarde-lancement).