La genèse du FEQ

Louis Ricard

Le Grandbasilois Louis Ricard fait partie des sept fondateurs du Festival d’été de Québec. Cinquante ans plus tard, retour sur la création d’un événement reconnu aujourd’hui à l’international.
« J’ai été l’initiateur du Festival d’été de Québec (FEQ) avec six autres jeunes créateurs qui ont bien voulu embarquer dans l’aventure », raconte Louis Ricard, en conversation avec le journal. Hélène Savoie, Hélène Trépanier, Michel Viel, Diane Lavoie, Bernard Pelchat et Constance Paré (décédée il y a quelques années) ont créé ensemble cet événement qui se voulait une façon de mettre de la vie dans le Vieux-Québec pendant la saison estivale.
Louis Ricard reprochait au Vieux-Québec de s’éteindre lors de la venue de l’été, au point que les artistes ne travaillaient pas. L’hiver était dédié au Carnaval et aux comédies de toutes sortes, se rappelle le Grandbasilois. Mais rien de spécial en été, sauf des touristes américains qui ne savaient pas quoi faire. M. Ricard, qui arrivait de France après des études en cinéma, avait été témoin de la transformation du quartier Le Marais dans Paris grâce à la Loi Malraux. C’était au début des années 60.

« J’ai été l’initiateur du Festival d’été de Québec avec six autres jeunes créateurs. »- Louis Ricard

C’est un départ

C’est avec les membres d’une troupe de théâtre que Louis Ricard a partagé son idée, en 1967. « Nous avons réfléchi au projet et l’idée s’est mise à germer », explique-t-il. Tous se sont mis à l’œuvre pendant une année afin de former un conseil d’administration, approcher les gens d’affaires et les différents partenaires, ouvrir des lieux susceptibles d’accueillir des événements. Des concerts, de l’opéra, du jazz, des amuseurs de rue, du théâtre, de la poésie, les fondateurs étaient ouverts à tout élan artistique. Une première subvention de 15 000 $ provenant du ministère de la Culture a été envoyée aux organisateurs peu de temps avant le début du FEQ. « C’était énorme à l’époque, et énorme pour un festival qui commençait à peine. Au départ, c’était comme ça. »

Sous la pluie

La première édition du FEQ, qui avait pour titre d’ébauche la Commission des spectacles du Vieux-Québec, s’est déroulée du 28 juin au 17 juillet 1968. Des chansonniers québécois, un orchestre de 40 musiciens, le Théâtre Tournesol, Marcelle Couture et Guy Lavoie, de même que Les Gesteux faisaient notamment partie de la programmation. « Il pleuvait pour cette première journée et nous avons dû déplacer 200 chaises de la cour du Vieux-Séminaire vers le Palais Montcalm », relate Louis Ricard, qui estime à près de 15 000 les visiteurs qui se sont déplacés pendant les trois semaines de l’événement culturel.
Dans les deux années qui ont suivi, Bread and Puppet, une troupe américaine de marionnettistes, Félix Leclerc, Jean-Pierre Ferland, Gilles Vigneault, Monique Miville-Deschênes, Georges Dor et le chanteur Alice Cooper étaient entre autres du rendez-vous. « Aujourd’hui, le Festival roule avec un budget invraisemblable de 30 millions de dollars et une équipe de plusieurs dizaines de personnes. C’est une organisation “terrible”! » lance celui qui a quitté l’aventure et Québec après trois années pour aller enseigner, à Montréal et Toronto.
Louis Ricard croit que le FEQ est venu modifier la ville de Québec au cours de ces 50 dernières années, en restauration et sur le plan de l’affichage, par exemple. « Le Festival est un être vivant en soi, qui s’est transformé avec le temps parce que son auditoire et ceux qui y travaillent se sont aussi modifiés. Si ça n’avait pas été le cas, l’événement aurait couru à sa perte. S’il était demeuré tel qu’il était au début, il aurait été difficile pour lui de remplir son mandat jusqu’à aujourd’hui », de poursuivre Louis Ricard, qui a installé sa famille à Saint-Basile-le-Grand il y a une vingtaine d’années.
La création du FEQ a également permis d’engendrer plusieurs autres festivals au Québec.

L’importance de la culture

Provenant d’une famille qui lui a permis de baigner dans la culture et les arts, il a un frère comédien et un frère dramaturge, Louis Ricard est membre du comité de développement culturel de Saint-Basile-le-Grand. « Il n’y a pas de peuple sans culture; c’est l’assise même d’un peuple », précise-t-il.
Aujourd’hui, le FEQ attire sur les Plaines d’Abraham des artistes internationaux comme les Rolling Stones, Metallica, Céline Dion, Iron Maiden, Foo Fighters et bien d’autres. « Nous voulions faire revivre la ville de Québec en été en lui procurant un événement majeur, plus important encore que le Carnaval », conclut Louis Ricard.