Journée J’achète un livre québécois : nouveau roman dans l’univers des camionneurs

Après une trilogie historique, Jean-Paul Cormier explore un tout autre univers. Dans Johnny – Au-delà de la route, son quatrième roman, l’auteur rend hommage aux camionneurs et aux sacrifices qu’impose leur métier.

Originaire du Saguenay, Jean-Paul Cormier se consacre à l’écriture depuis sa retraite. Le titulaire d’un baccalauréat en enseignement a déjà publié une trilogie historique aux Éditions GID, inspirée de l’histoire de ses ancêtres originaires des Îles-de-la-Madeleine. Avec son nouveau roman, il explore une réalité qui le fascine depuis plusieurs années : celle des camionneurs, qu’il estime trop souvent oubliés.

Pourquoi les camionneurs?

L’idée de ce roman lui est venue il y a plusieurs années alors qu’il effectuait des allers-retours entre le Québec et la Floride, où il possédait une résidence. Chaque voyage le faisait traverser la Pennsylvanie, un État reconnu pour son importante activité de transport routier. « Il y avait des milliers de camions qui circulaient avec des hangars immenses. Ça m’a toujours impressionné », raconte-t-il.

Curieux de découvrir si des auteurs avaient déjà exploré cet univers, Jean-Paul Cormier entreprend des recherches. « Je suis un vrai rat de bibliothèque. J’ai fouillé et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de roman consacré aux camionneurs. J’ai aussi découvert l’ampleur de cette industrie, qui compte des millions de camionneurs à travers l’Amérique du Nord. Je me suis dit qu’il fallait raconter leur histoire et j’ai plongé dans ce projet. »

Mais au-delà de la fiction, Jean-Paul Cormier poursuit surtout une mission. « Je voulais redonner les lettres de noblesse au métier de camionneur. On parle souvent d’eux lorsqu’il y a un accident ou un problème, mais derrière le volant des camions, il y a des êtres humains. Leur travail est essentiel à notre économie. Sans eux, nos épiceries, nos pharmacies et nos entreprises ne pourraient pas fonctionner. »

Des témoignages inspirants

Pour concrétiser son idée, l’auteur approche le Groupe TYT, une entreprise de transport de Drummondville fondée en 1980. Séduit par la démarche, l’un des propriétaires a accepté de soutenir financièrement le projet. « Je me suis enfermé dans ma bulle pendant quatre mois, du matin au soir, pour écrire ce roman », raconte-t-il.

Afin de raconter cette réalité avec justesse, il rencontre quatre camionneurs pour recueillir leurs témoignages et leur fait lire plusieurs chapitres de son manuscrit. « Ils me disaient : « C’est exactement ça que j’ai vécu. » Ils m’ont aussi fait des suggestions », relate-t-il.

Les récits qu’il entend le marquent profondément. L’un des camionneurs ne revenait à la maison que tous les deux mois. Un autre ne rentrait que tous les quinze jours et dormait dans son camion, passant tellement de temps sur la route qu’il ne lui était plus rentable de louer un logement. Un troisième avait vu ses deux unions se terminer en raison des longues absences imposées par son métier. Une phrase résume à elle seule toute la démarche de l’auteur. « On m’a dit : « Écris pour eux, n’écris pas sur eux. » » Cette recommandation deviendra le fil conducteur du roman.

Johnny, un personnage inspiré du réel

Johnny Lebrun est un personnage de fiction, mais il porte en lui les histoires de nombreux camionneurs rencontrés par l’auteur. Camionneur longue distance, il parcourt inlassablement les routes du Québec, du Canada et des États-Unis. Au fil des kilomètres, le lecteur découvre les longues absences, les anniversaires manqués, les difficultés conjugales, la solitude, mais aussi la fierté d’exercer un métier indispensable.

« Il y a quelque chose de mythique. Qu’est-ce qui fait qu’un jour, un homme ou une femme a décidé de faire ce métier-là? Une forme de liberté, sûrement. Vous savez, les camionneurs, ce sont aussi des architectes et des ingénieurs qui ont décidé que d’être enfermés dans un bureau, ce n’était plus pour eux. On laisse des choses en arrière. Dans mon roman, je le mentionne. La route fait mal, avec la route, tu perds des choses », confie-t-il. 

Version audible et papier

Afin que son hommage rejoigne aussi ceux à qui il s’adresse, le roman est aussi disponible en version audio bilingue. « Les camionneurs n’ont pas toujours le temps de s’asseoir pour lire. IIs pourront l’écouter sur la route », explique-t-il. 

L’engagement de l’auteur se poursuit également au-delà des pages du roman. Pour chaque exemplaire vendu, 2,50 $ sont remis à la Fondation PROCURE, qui soutient la lutte contre le cancer de la prostate. Ce geste fait aussi écho à un passage du récit inspiré de L’Amérique pleure, de la formation québécoise les Cowboys fringants, dont le chanteur Karl Tremblay est décédé de la maladie. « Il y a un passage dans mon roman qui y fait allusion, où le héros observe l’Amérique défiler dans son rétroviseur. »

Un succès encourageant

Pour publier Johnny – Au-delà de la route, Jean-Paul Cormier a fondé sa propre maison d’édition. À 80 ans, l’auteur auto-édité assure lui-même la promotion, la distribution et la livraison de ses livres. « Je me lève à cinq heures le matin et souvent, mes journées se terminent vers 21 heures, mais j’y crois. »

Ses efforts portent leurs fruits car depuis la sortie du roman, plus de 700 livres ont déjà trouvé preneur et une réimpression est en cours, tant en français qu’en anglais. Le roman est, à l’heure actuelle, distribué dans 32 librairies agréées du Québec, dont le Renaud-Bray de Saint-Bruno-de-Montarville.

L’auteur a déjà en tête un nouveau roman qui mettra en scène un personnage nommé Billy. Il aimerait poursuivre son exploration du monde du camionnage en abordant notamment l’exploitation de certains travailleurs et les pratiques qu’il juge préoccupantes dans l’industrie. « Derrière chaque camionneur, il y a une route, un chemin parcouru où il s’est passé des événements importants », conclut-il.

Encourager les auteurs d’ici

Le 12 août est la Journée J’achète un livre québécois, un mouvement lancé en 2024 par les auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé afin de soutenir les auteurs ainsi que les maisons d’édition de la province en se procurant un livre signé par un écrivain d’ici. La publication de Johnny – Au-delà de la route, quatrième roman de Jean P. Cormier, s’inscrit dans cet esprit de valorisation de la littérature québécoise.