École secondaire du Mont-Bruno : sur la base d’être motivé
Pour les élèves de sixième année souhaitant s’inscrire au programme arts-études de l’École secondaire du Mont-Bruno, passer les auditions pour intégrer le programme est déjà un signe de leur motivation.
« Tous les élèves qui viennent auditionner sont, au minimum, inscrits sur notre liste d’attente », précise Vincent Michaux-St-Louis, coordonnateur du programme. Il y a cinq ans, lors de la création des trois concentrations, arts visuels, théâtre et danse, le personnel enseignant a réfléchi au processus de sélection, en mettant l’accent sur l’accessibilité. « Nous avons décidé qu’il était plus juste de ne pas utiliser la pige », explique-t-il, soulignant que, contrairement à d’autres programmes ou écoles, le dossier scolaire et les bulletins ne sont pas requis pour les demandes d’admission au programme arts-études.
L’audition, qui plonge les élèves dans une classe avec l’enseignant qu’ils auront l’année suivante, vise avant tout à évaluer leur motivation. « Je leur dis toujours, quand les jeunes viennent : prenez cette occasion pour nous évaluer », raconte le coordonnateur. Il insiste sur l’importance pour les élèves d’avoir un regard critique sur leur propre expérience. « Nous voulons que les élèves se sentent bien et qu’ils apprécient ce qu’ils vivent. C’est l’opportunité pour eux de nous découvrir et de nous poser des questions afin de prendre la meilleure décision », explique-t-il.
Après avoir assisté à un cours d’une heure, les élèves sont ensuite regroupés en petits groupes pour une entrevue afin de discuter de leur motivation. « Il faut que les élèves sachent dans quoi ils s’engagent ! » explique Vincent Michaux-St-Louis.
Pédagogue et artiste
Lui et le personnel enseignant du programme croient fermement en l’enseignement régulier, qui, pourtant, souffre d’une mauvaise réputation aux yeux de certains. « Cela crée une sorte d’écrémage entre les écoles privées, les programmes spécialisés et l’enseignement régulier », déplore-t-il, convaincu que permettre aux jeunes d’exprimer une passion à l’adolescence favorise leur apprentissage.
Bien que les élèves du programme arts-études ne soient pas admis sur la base de leurs notes ou d’un seuil minimal, ces derniers se maintiennent tout de même parmi les meilleurs de leur groupe.
« Je ne suis pas un spécialiste ayant fait des recherches sur le sujet, mais je suis convaincu qu’il existe un lien entre la réussite scolaire des élèves et leur motivation à venir à l’école », explique-t-il.
Certains élèves présentent des difficultés scolaires, mais, malgré le retrait de certaines matières de leur horaire, comme les mathématiques ou le français, ils réussissent à progresser et à apprendre. « Nos élèves bénéficient d’un suivi personnalisé avec l’équipe-école. Il y a de nombreux projets multidisciplinaires, voire multi-art, ce qui permet à un plus grand nombre d’enseignants de connaître nos jeunes et de repérer rapidement lorsqu’un problème survient », précise-t-il, soulignant l’importance de cette approche dans la réussite scolaire des élèves.
Dans sa pratique, M. Michaux-St-Louis précise qu’il y a avant tout des pédagogues passionnés par les arts qui permettent à ce programme de rester vivant et stimulant pour les élèves. « On vit un rêve ici, autant pour les professeurs que pour les élèves », s’exclame-t-il.
De la place pour tous
Chaque année, plus de 200 jeunes se présentent aux auditions pour chacune des trois disciplines, alors qu’il n’y a que 64 places disponibles par domaine. « Nous sommes toujours surpris du nombre d’élèves qui se présentent aux auditions. Jusqu’à présent, chaque année, nous passons à travers notre liste d’attente et tous les élèves intéressés trouvent une place », indique-t-il, notant que la compétition pour intégrer les écoles secondaires est de plus en plus féroce.
« Au début, j’allais rencontrer les élèves de sixième année pour leur parler du programme, mais j’ai rapidement appris que c’est aux élèves de cinquième année que je devrais m’adresser, car pour beaucoup, le choix est déjà fait un an avant leur entrée au secondaire », raconte-t-il, un peu surpris par ce phénomène de « magasinage » précoce.
Des élèves, souvent âgés de 10 ans à la rentrée scolaire, intéressés par le programme, confient à M. Michaux-St-Louis qu’ils se sentent parfois contraints d’opter pour une école privée. « C’est parfois le choix des parents qui prime, alors que le jeune devrait pouvoir trouver ce qu’il aime », exprime-t-il.
Le coordonnateur, bien qu’il soit satisfait du système de sélection qu’il a mis en place, déplore néanmoins qu’une ségrégation liée à la capacité financière persiste, une situation qu’il ne peut pas changer. « Notre programme coûte 1000 $, dont 300 $ sont remboursés par le gouvernement », explique-t-il.
Une somme que certaines familles ne peuvent pas se permettre.
« Est-ce qu’on peut vraiment dire qu’on offre à tous les élèves du Québec un programme qui les représente et qui les motive pour seulement 700 $ par enfant ? » se questionne-t-il.
