David Émond-Ferrat sur Le 422

David Émond-Ferrat a été impliqué sur l’émission Le 422, qui a fait grand bruit durant le congé des Fêtes sur les ondes de Télé-Québec. Le Montarvillois a été monteur pour la série.

Propos recueillis par Frank Jr Rodi

Actuellement à Genève, en Suisse, dans le cadre d’un laboratoire créatif de films intensif, celui qui est aussi réalisateur a répondu aux questions du journal Les Versants.

D’abord, comment en êtes-vous venu à travailler sur ce projet, Le 422?

Une amie que Benoit Lach, le réalisateur, et moi avons en commun m’a référé comme monteur pour aider Benoit dans le montage d’une websérie, cet hiver 2019. Nous nous sommes tout de suite bien entendus. Benoit, qui monte généralement ses projets, avait besoin d’un monteur pour sa première série télé. En travaillant avec moi et voyant que la chimie opérait, il m’a demandé si je désirais monter la série. Une série mystérieuse mettant en scène des jeunes, et dont la trame repose sur de la science-fiction, c’est exactement le genre de sujet qui me passionne; j’ai dit oui tout de suite!

« Je trouve que cette série est une belle façon d’initier les gens à la science-fiction. » – David Émond-Ferrat

Quelles ont été vos tâches sur la série?

On dit souvent du montage que c’est une troisième étape à la scénarisation. Quand on écrit une histoire de film ou de série, on passe d’abord par la première phase de la scénarisation : le scénario. C’est là qu’on couche notre idée primaire, puis qu’on l’élabore en vue du tournage. Sur le plateau de tournage, il arrive de bons ou de mauvais imprévus, et c’est là que la deuxième phase de la scénarisation arrive. On écrit, on réécrit l’histoire en tournant les scènes et en remaniant la mise en scène. Avec ce que nous avons tourné, nous devons raconter à nouveau notre histoire, d’où la troisième écriture. Dans mon cas, mon but était de monter les scènes selon les plans que j’ai reçus, puis de les mettre bout à bout et d’en faire un tout. Ainsi par la suite, on voit si on doit changer l’ordre des scènes pour mieux faire comprendre le sens de l’histoire, ou encore faire mieux vivre l’émotion d’un personnage. C’est ainsi que l’on capte le spectateur qui s’attache au personnage. Je choisis également les meilleures prises afin que le jeu des comédiens et la mise en scène soient le plus mis en valeur, tout ça, au service de l’histoire. En respectant la vision de base du réalisateur, mon but est également d’être le nouveau regard et de le challenger sur de nouvelles façons de raconter l’histoire, ce qui l’amène à avoir lui-même un regard neuf sur sa propre histoire.

De quoi êtes-vous fier concernant Le 422?

Je suis fier de faire partie de Le 422 parce que c’est une œuvre audacieuse. Une œuvre qui a la sensibilité des films québécois de chez nous (les parents à la recherche de leurs enfants perdus, les méchants avec des desseins humains), tout en ayant une quête hors de l’ordinaire digne des superproductions américaines. Je suis fan de science-fiction, mais je sais que c’est souvent un genre qui peut faire peur aux spectateurs. Je trouve que cette série est une belle façon d’initier les gens à la science-fiction. Je crois qu’on a réussi ce pari.

Maintenant que les 13 épisodes ont été diffusés, avec le recul, que retenez-vous de cette production?

Sur le plan personnel, je retiens de cette production un tournant dans ma carrière professionnelle et la découverte d’un collaborateur talentueux (Benoit). Pour la série, je suis heureux et fier de voir que ce projet venant de la tête de gens talentueux, passionnés et surtout nouveaux dans l’industrie de la télévision québécoise reçoit un aussi chaleureux accueil de la part du public.

Comment expliquez-vous l’engouement du public pour Le 422?

Je crois que Le 422 touche les gens, car il y a toutes sortes de facettes différentes pour intéresser plusieurs niveaux de spectateurs; à la fois du drame réaliste et psychologique (les enjeux des jeunes ainsi que les parents à la recherche de leurs enfants), du mystère (les guerriers de l’ombre et l’adoration de l’infini), de la science-fiction (l’univers du 422), du suspense et de l’action. Et des personnages de tous les âges ayant des quêtes et des enjeux qui peuvent tous nous toucher.

La fin du 13e épisode laisse entrevoir une suite; aura-t-il une 2e saison?

Je ne peux malheureusement pas en parler, mais chaque chose est là pour une raison. Tout est dans tout!

Pourquoi il y a peu de productions de ce genre au Québec?

Je ne suis pas assez bien placé pour avoir la bonne réponse. Selon moi, on associe souvent les séries/films de genre au cinéma américain et donc à beaucoup plus de moyens que ce que nous pouvons nous permettre au Québec. Or, c’est souvent la créativité et la vision qui font en sorte que les moyens excessifs ne sont pas nécessaires; c’est souvent ce qui fait notre marque au Québec. Avec les années, on voit tout de même de plus en plus de séries de genre de qualité. Incluant le film noir mêlé à la comédie (Série noire), l’horreur (Terreur 404), policier (19-2, District 31), le genre est plus présent que nous le croyons et progressivement, le Québec est en train de tisser une toile bien à lui dans le cinéma de genre. En espérant que Le 422 soit le début d’une longue lignée.

Qu’est-ce qui vous attire dans la science-fiction et le fantastique?

Moi-même en tant que réalisateur et scénariste, j’ai toujours aimé le concept du Et si? et confronter des personnages humains, souvent ce qu’on appelle des « monsieur, madame Tout-le-monde » dans un contexte hors du commun. J’ai toujours été passionné par l’invention de réalité, par la fascination de tous les possibles, et d’une certaine façon de spéculer sur la réalité de notre propre univers. En travaillant dans un univers inventé, mais tangible, régi par des règles précises, c’est une façon différente de s’évader du nôtre et, pendant quelques instants, d’y croire.

Pour vous, quelle est la suite?

Si tout va bien et que la série peut voir une autre saison, je vais poursuivre avec le montage de Le 422. Ce projet est en partie devenu le mien d’une certaine façon. Mon implication dans l’aventure est si importante, qu’il serait impensable pour moi de ne pas poursuivre.

QUESTION AUX LECTEURS :

Avez-vous regardé l’émission Le 422 durant le congé des Fêtes?