Un petit garçon heureux d’être heureux

Madrick Emmanuel, cinq ans plus tard

Il y a maintenant cinq ans, Manon Fillion accueillait chez elle, grâce au principe de l’adoption, un petit garçon d’Haïti. Véritable cadeau du ciel pour la comptable, Madrick Emmanuel, alors âgé de 20 mois, est entré dans sa vie à la suite du séisme de janvier 2010 dans ce pays.

« Je n’ai jamais eu d’attente, jamais eu d’appréhension. C’est ce qui fait en sorte qu’aujourd’hui, c’est facile. Le plus beau compliment que j’ai reçu, il est venu de mon médecin, qui m’a dit : « Vous avez la même énergie, vous vous ressemblez. » Et pour cause, nous partageons les mêmes traits de caractère, les mêmes valeurs. Madrick est une mini Manon! J’ai parfois l’impression de l’avoir mis au monde », mentionne Manon Fillion, que le journal a rencontrée pour faire un bilan des cinq dernières années.  

Madrick a été abandonné par sa famille à l’âge de deux mois. Il a été pris en charge par la crèche Chœur d’enfants et a vécu à cet endroit jusqu’au jour du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Son univers à l’époque, c’était d’être en compagnie de 53 autres enfants et de vivre sans la présence rassurante d’une maman à lui. À son arrivée au Québec, malgré l’anémie, les parasites et le fait qu’il ne savait pas encore marcher, le petit Haïtien a rapidement appris. En trois semaines, Madrick pouvait marcher; ses parasites étaient enrayés et ses problèmes anémiques s’étaient résorbés.

Aujourd’hui, Madrick Emmanuel est âgé de six ans et demi. Le matin, il se lève, déjeune, brosse ses dents, s’habille et se rend ensuite dans sa classe de 1re année à l’École De Montarville. Il apprend à lire, compter et écrire avec son enseignante Catherine. Il se développe rapidement, décroche de bonnes notes en plus d’être studieux. Mais il consacre aussi du temps aux loisirs : il aime beaucoup sa nouvelle Nintendo DS, joue au soccer l’été et pratique le karaté avec Sensei Pierre Rouillier au Centre de karaté de Saint-Bruno-de-Montarville. Il est passé de la ceinture blanche à la jaune (blanche-orange-bleue-jaune) en l’espace d’environ un an et demi d’entraînement. L’objectif du jeune homme? Obtenir un jour sa ceinture noire. « Le karaté est un excellent sport pour encadrer l’enfant, lui donner une confiance en soi, l’aider à développer sa concentration, à respecter les autres », explique la Montarvilloise.

Madrick a de bons amis, des jumeaux qu’il côtoie à l’école, qu’il invite à la maison et avec qui il est en train de développer une solide complicité. Il cuisine aussi avec sa mère pour le repas du soir et vient d’ouvrir un compte à la Caisse Desjardins en collaboration avec son école primaire. Et que compte-t-il faire de ses économies? Un jour, il veut faire un voyage au Japon dans le but d’avoir sa 4e dan, lorsqu’il aura sa ceinture noire! Bref, non seulement le garçon a su s’adapter à sa nouvelle réalité, mais en plus, il est en train de s’affirmer et de prendre sa place. « Ça m’épate de le voir grandir si bien. Madrick est un petit gars heureux d’être heureux. Son enseignante de maternelle, Nathalie, me disait qu’il est un enfant stable, souriant, de bonne humeur et qui participe en classe », de poursuivre fièrement la maman de 50 ans.

Célibataire endurcie, Manon Fillion n’a plus de famille. Ses parents et son frère sont décédés. Même si elle vit seule avec lui, ce n’est pas difficile d’éduquer Madrick. En restant célibataire, elle évite les conflits quand il s’agit d’éducation. En tant que comptable, elle ne compte pas les heures de boulot, et le temps qu’elle avait pour tous les autres aspects de sa vie avant l’adoption, maintenant, elle le donne à son enfant. « Ma vie n’est que positive depuis son arrivée; il m’a ressourcée. Si, un jour, il fait quelque chose de travers, ce sera de ma faute! » lance-t-elle à la blague.

Madrick connaît son histoire, et ce, depuis qu’il est bébé. Il répète à qui veut bien l’entendre qu’il a une « maman noire biologique qui l’a laissé à la crèche et que sa maman blanche est venue le chercher ».

Le séisme en Haïti a été une véritable catastrophe. Chaque année en janvier, les bulletins de nouvelles soulignent l’anniversaire du triste événement en images et reportages. À l’âge où il est rendu, Madrick regarde parfois la télévision. « Je ne lui cache rien. C’est important qu’il connaisse ses origines, alors je lui montre d’où il vient. Quand il y a des reportages tournés à Haïti, je lui dis : « Regarde Madrick, c’est ton pays! » Lorsqu’il voit ces images, il s’estime chanceux d’avoir une chambre et une salle de jeux à lui. Il doit apprendre à dire merci pour sa belle vie », note la comptable. 

Manon Fillion fait mention de l’apport du gouvernement québécois, qui a agi de « façon impeccable » lorsque la situation l’exigeait en votant une loi spéciale pour les parents qui voulaient adopter un enfant. « Je lève mon chapeau aux autorités québécoises ainsi qu’au niveau fédéral. Tout le monde a été exceptionnel avec la loi sur l’adoption. »

Elle termine l’entrevue : « Ma mère me disait souvent : « On fait tout pour son enfant ». J’essaie d’éduquer Madrick comme mes parents m’ont élevée. Je répète à mon fils ce qu’ils me disaient; je lui inculque de bonnes valeurs et une bonne éducation. Et depuis cinq ans, j’admire encore plus mes parents que je les admirais depuis leur décès parce que je réalise ce qu’ils ont accompli pour moi. »