Sylvie Robert dépose sa craie

Après plus de 30 ans en tant qu’enseignante à l’École De Montarville

Enseignante de 2e année à l’École De Montarville, Sylvie Robert s’apprête à déposer sa craie, effacer son tableau, fermer la lumière de sa classe et rentrer à la maison pour de bon, ce vendredi 21 juin. C’est qu’après 39 ans de service, la résidante de Beloeil prendra une retraite bien méritée. Celle qui a fait de l’enseignement sa vocation s’est entretenue avec le journal Les Versants qui, pour l’occasion, avait réussi à mettre la main sur une photo souvenir d’une classe des années 70, où l’on voit madame Robert entourée d’une vingtaine de petits enfants.

« Une photo comme celle-là ramène toujours de beaux souvenirs. Toutes mes années en tant qu’enseignante sont parsemées d’agréables souvenirs. Chaque fois, c’étaient des découvertes, de nouveaux visages. Les enfants sont toujours curieux, attachants, avides d’apprendre. Pour moi, ç’a été un plaisir de venir travailler à l’école. Tous les jours, il y a des surprises, des confidences, des nouveautés, parce qu’en travaillant avec les enfants, il faut s’attendre à de la spontanéité », mentionne au journal l’enseignante Sylvie Robert.

Pour elle, ces souvenirs sont encore tous gravés, quelque part, dans sa mémoire. À ses débuts en septembre 1974, lorsqu’elle a amorcé sa carrière dans l’enseignement, Sylvie Robert demeurait à Saint-Basile-le-Grand et la directrice de l’École De Montarville était une religieuse. Aujourd’hui, Sylvie enseigne le français, les mathématiques et la science à la progéniture des enfants qu’elle a côtoyés dans les années 70 et 80.

Au cours de ses années à l’École De Montarville, Sylvie Robert s’est absentée quelque temps pour prendre soin de ses deux enfants. À chaque naissance, elle prenait une pause de trois ans à la maison. « Ça fait du bien, ça permet de se ressourcer et ça donne le goût ensuite de poursuivre le travail », souligne-t-elle.

Elle n’a jamais quitté cette petite école située près du parc de La Coulée, y passant toutes ses années d’enseignement. « J’ai aimé le milieu, j’y ai fait mon nid. Il y a une belle clientèle; les parents sont coopérants, se préoccupent de leurs enfants et de la chose scolaire. Et puis, je me suis fait des amis dans le personnel de l’école; des amis fidèles. »

Par contre, Sylvie Robert a voyagé dans l’école. Après avoir débuté avec une classe de transition entre la 2e et la 3e, la professeure a ensuite enseigné aux élèves de 3e, 5e, 6e, 2e, 1re et enfin 2e. « Chaque degré a ses côtés agréables, ses avantages. J’ai de beaux souvenirs pour chaque classe. En 5e et 6e années, les enfants sont autonomes et c’est le début de la préadolescence, alors qu’en 1re et 2e, ce sont les débuts scolaires et ils sont avides d’apprendre. »

En plus de 30 ans de carrière dans l’enseignement, est-ce qu’elle a vu une évolution chez l’enfant? « Oui, les jeunes ont changé. À l’époque, quand j’enseignais aux jeunes de 5e et 6e, il s’agissait d’enfants; aujourd’hui, ils sont plus précoces et ont des attitudes qui se comparent à celles de jeunes adolescents », explique la mère de deux enfants.

Mais l’enseignement aussi a évolué au cours des dernières décennies. Selon elle, il faut être beaucoup plus près des enfants, et plus attentif à leurs apprentissages. Elle confie que de nos jours, elle n’enseigne plus à un groupe d’élèves, mais à chacun d’entre eux, individuellement, selon leur bagage et le point où ils sont rendus. « C’est un changement qui s’est effectué au cours des années. Ça nous oblige, nous les enseignants, à les suivre plus individuellement », d’ajouter madame Robert.

Selon elle, pour devenir une enseignante de qualité, il faut une bonne santé, de l’écoute, de la générosité, de l’ouverture, de la patience et du dynamisme. « Par-dessus tout, il faut aimer son travail. En appréciant ce qu’on fait, tout le reste suit automatiquement : l’ouverture, le dynamisme, la patience…»

Sylvie Robert n’évoque pas les enfants rois des années 2000. Du moins, elle n’est pas prête à généraliser de cette manière; elle parle plutôt d’enfants surprotégés.  

Ce qui est plus ardu dans son travail, ce sont les cas problèmes, de plus en plus fréquents : des enfants avec trouble envahissant du développement ou encore avec des problèmes de dyslexie. Elle déplore le manque de ressources et de formation pour elle et ses pairs, qui se retrouvent démunis face à ce « problème majeur » faisant aujourd’hui partie du quotidien des enseignants.  

À 15 h 45, pendant l’entrevue avec le journal, ses élèves reviennent en classe pour ramasser leurs boîtes à lunch et leurs sacs; ils avaient une activité à l’extérieur. Ils nous entourent, posent des questions à madame Robert et observent la vieille photo de classe. Les commentaires fusent de partout. « Wow! Incroyable, elle a vraiment changé! », « Elle est bien plus belle! », « Elle a l’air bien plus jeune là-dessus! ». Après quelques minutes, les enfants repartent. La classe se vide. Le calme revient. « Quand je vous parlais de spontanéité… »  

D’anciens élèves, maintenant devenus grands, ont souhaité offrir des témoignages à leur ancienne professeure. C’est le cas de Maxime J., aujourd’hui enseignant : « Toute la fébrilité d’une première année dans une « grande » école fut rapidement dissipée à la vue de mon enseignante, dans la jeune vingtaine, presque aussi nouvelle que moi dans cette école. Un sourire magnifique qui a vite fait d’apaiser mes craintes. La cerise sur le « sundae »? Elle conduisait une rutilante Mustang! J’étais conquis. Bonne retraite, Mme Robert, et merci pour tout. »