Ma grand-mère m’a oublié

Mois de sensibilisation à la maladie d’Alzheimer

Depuis quelque temps, j’ai dû m’avouer personnellement que ma grand-mère, ma marraine, ne se souvenait plus de moi. Elle ne se souvient plus de moi au point de demander à mon père qui je suis. Encore, et encore, et encore.

Dans ma famille, nous savons tous depuis quelques années déjà que ma grand-mère souffre de la maladie d’Alzheimer. Parce qu’elle vivait seule dans sa maison, sa situation est vite devenue précaire, au point où ses enfants ont été contraints d’avoir recours à l’hébergement dans une résidence spécialisée.  

Quand l’occasion se présente, elle sort et revoit tout son monde. Lors des réunions de famille, à Pâques, à l’Action de grâce, aux différentes célébrations, à Noël, puisqu’il s’agit du dernier exemple, quelqu’un passe au manoir où elle réside pour la chercher, afin qu’elle puisse profiter de ces moments de retrouvailles. Parfois, lors de ces fêtes de famille, elle a hâte de retourner à sa résidence, alors qu’une fois sur place, elle fait parfois des crises pour en sortir et retourner vivre dans sa « maison d’avant ». Et parfois, le 25 décembre dernier notamment, elle ne reconnaît pas son petit-fils de 36 ans assis devant elle, la jeune Alice dans ses bras. 

Voilà un infime aperçu, et j’insiste sur le mot infime, de ce qu’est la maladie d’Alzheimer pour les proches de la personne atteinte.

Selon la Société Alzheimer Canada, ma grand-mère aurait atteint le stade modéré de la maladie. Celui aussi appelé « stade intermédiaire ». À ce stade, les facultés cognitives et la mémoire continuent de se détériorer, bien que de nombreuses personnes conservent une certaine conscience de leur état.

Ma grand-mère est rendue au stade où elle oublie ses petits-enfants. Mais elle se souvient des siens. Étrangement, elle se remémore aussi ses plus vieux souvenirs et connaît par cœur les coordonnées de mes parents pour discuter au téléphone 10 fois par jour avec mon père. Pour les proches et les aidants naturels, la maladie d’Alzheimer, c’est entre autres beaucoup de patience, de répétitions, de courage, d’amour.

Lors de mon entrevue avec la porte-parole de la Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer du Québec, Ingrid St-Pierre, la chanteuse déclarait : « Quand je la visite [sa grand-mère atteinte de l’alzheimer], le moment présent est fort important. De plus en plus, j’essaie de profiter de ces instants. Chaque seconde de ces rencontres la rend heureuse. Il ne faut pas croire que ça ne vaut plus la peine d’aller voir ces malades; c’est la pire manière de penser. »

Même si ma grand-mère oublie petit à petit la plupart d’entre nous, j’aime cette idée réconfortante que nos rencontres de famille la rendent, peut-être, encore heureuse.