Les Cercles de fermières du Québec maintenant centenaires

Avez-vous remarqué l’aspect de certains troncs d’arbre sur les rives du lac du Village, angle Montarville et Lakeview, près du cénotaphe? Ils semblent avoir voulu se protéger du froid intense de l’hiver et de sa longueur, car ils se sont revêtus d’un manteau confectionné de tricots de toutes sortes. Et très colorés! De plus, une multitude d’oiseaux de feutrine de toutes les couleurs sont venus se suspendre aux branches pour admirer les tricots. Cependant, j’ai appris que ce sont les membres du Cercle de fermières de Saint-Bruno qui les ont confectionnés pour marquer les 100 ans des Cercles de fermières du Québec. Le coup d’œil vaut le détour.

Tout l’hiver, les 126 membres du Cercle de fermières de Saint-Bruno ont tricoté des bandes de toutes les couleurs. Le 13 avril, l’installation. Un premier assemblage a été réalisé, mais les derniers points se sont faits sur place, habillant ainsi trois arbres d’un manteau fantastique. De plus, avec les employés de la Ville, on a accroché aux branches 126 oiseaux de feutrine représentant chaque membre du Cercle. Sur l’arbre principal, voisin du cénotaphe, on découvre, dans un triangle, le nouveau logo des Fermières et, en dessous, le chiffre 100, soit l’âge des Cercles de fermières du Québec, « la plus grande et la plus ancienne association féminine au Québec », révèle Gisèle Larocque, responsable des communications du Cercle de fermières de Saint-Bruno.

« L’héroïne de l’année » a demandé à ses 34 000 membres, regroupés en 648 Cercles, de fabriquer ces tricots pour former « La route du tricot graffiti ». Pour la connaître, visitez le site : cfq.qc.ca.

Les débuts

C’est à Chicoutimi, en 1915, que le premier Cercle de fermières voit le jour. Il a été fondé par deux agronomes du ministère de l’Agriculture, Alphonse Désilets et Georges Bouchard, qui avaient appris que la Belgique possédait ses Cercles de fermières depuis 1906, et que le Canada anglais avait son Homemakers’ Club. Encore en 1915, quatre autres cercles sont fondés. Résultat : 240 membres! Le rythme de croissance est accéléré. Cependant, avant de créer un Cercle, il faut demander l’autorisation au curé et à l’agronome, car les Cercles recevront jusqu’en 1993 des octrois du ministère de l’Agriculture.

Les buts? En premier lieu, contrer l’exode des jeunes des campagnes vers les villes; c’est pourquoi le gouvernement du Québec soutient ce regroupement. En deuxième lieu, les Cercles visent l’amélioration des conditions de vie de la femme et de la famille, ainsi que la valorisation de la transmission du patrimoine culturel et artisanal, tout en permettant aux femmes de se rencontrer. Depuis longtemps, les Cercles ne retiennent que ce dernier volet.

Un premier congrès se tient à Québec, en 1919. Un conseil exécutif provincial est élu. Mme J.-P. Gamache (Constance Walsh) en devient la présidente. Après quatre ans seulement, l’organisme compte déjà 34 Cercles, qui regroupent 1753 membres. Le premier périodique est lancé : La Bonne Fermière, et d’autres suivront. En 1920, une première exposition provinciale a lieu. Les expositions et concours deviendront une tradition. La croissance rapide de l’organisme en confirme le besoin.

Dans les années 1930, années de la crise, le savoir-faire domestique des femmes est recherché et la créativité est mise à contribution. Elles savent faire du neuf avec du vieux.

Ici, à Saint-Bruno, le Cercle de fermières local est créé en 1937. Une trentaine de femmes y adhèrent. Après la fondation, les activités du Cercle s’inscrivent dans le mouvement général des Cercles de fermières du Québec, tout en participant généreusement à la vie locale. À l’occasion de leur 75e anniversaire, un article a été publié dans le journal Les Versants, le 22 mai 2013.

1940 : Les Québécoises obtiennent le droit de vote! Ce sera une décennie charnière. Les Cercles, qui comptent 28 000 membres, s’organisent en Fédérations. Ces dernières, formées sur des bases agronomiques plutôt que diocésaines, soulèvent l’ire du clergé. Certaines « Fermières » sont menacées d’excommunication! C’est une période difficile.

En 1960, le Québec est en pleine mutation, c’est la « Révolution tranquille ». L’association s’incorpore et se dote d’une charte bien à elle, en 1968. À ce moment, le nom de « Fermières » est mis en cause et 87 % des femmes choisissent de le conserver. L’organisme apprend à se servir de sa force de frappe pour tenter de donner aux femmes leur juste place dans la société. Les membres commencent alors à soumettre leurs recommandations aux divers paliers gouvernementaux.

Les Cercles sont de plus en plus autonomes. Ils sont devenus laïques et sortent du giron du ministère de l’Agriculture en 1993, car c’est la fin des subventions. Ils ne doivent désormais compter que sur eux-mêmes et miser sur des activités d’autofinancement. Le magazine officiel devient l’Actuelle et il est publié à plus de 50 000 exemplaires. On verra naître les publications de nombreux et très appréciés livres de recettes de la série Qu’est-ce qu’on mange?, auxquels s’ajouteront d’autres publications qui deviendront des sources de revenus pour soutenir leurs activités et leurs œuvres : L’Associated Country Women of the World, (organisme international qui vient en aide aux femmes en milieu rural à travers le monde), Mira et OLO (qui aide les femmes enceintes dans le besoin).

Les tricots graffitis seront en place jusqu’en septembre. Renseignements : 450 441-9825.

(Source : entrevue avec Gisèle Larocque et documentation des Cercles de fermières du Québec.)