La passionnante histoire de la câblodistribution à Saint-Bruno

Nous sommes en 1961, Antoine-Marie Potvin fait du porte-à-porte, à Saint-Bruno-de-Montarville, pour vendre des abonnements au câble pour la télévision qu’il vient d’installer. Il demande 16 $ pour brancher un client et 4,25 $ par mois. M. Potvin étant décédé, le journal Les Versants a rencontré récemment son épouse, Réjeanne Hurteau Potvin, et deux de ses fils, Jean-Pierre et Daniel, qui racontent son histoire, celle d’un homme d’une grande compétence, avant-gardiste et bon père de famille.

(Avec la collaboration de la Société d’histoire de Montarville)

Antoine-Marie Potvin naît à Saint-Denis-de-Taillon en 1928. Il ira travailler pour le Canadien National, à Montréal. C’est là qu’il a l’occasion de croiser quotidiennement Réjeanne Hurteau, résidante de Saint-Bruno, qui se rend également dans la métropole pour travailler. Ils s’épouseront en 1950, à l’Abord-à-Plouffe, où ils vivent un an, pour ensuite déménager à Pont-Viau, avant de venir s’installer à Saint-Bruno, en 1957, au 596, chemin De La Rabastalière Ouest, tout près de la gare. Le couple aura quatre garçons et autant de filles : Jean-Pierre, Jocelyne, Denise, Denis, Pierrette, Daniel, Johanne et Michel.

M. Potvin a étudié l’électronique. Dans le garage derrière la maison, il répare des téléviseurs, tout en continuant à travailler au CN, jusqu’au début des années 60, alors que la famille déménage rue Montarville, au 1534, où se trouve actuellement le stationnement du restaurant McDonald’s. (Cette maison est le sujet de la murale, œuvre de la peintre Colette Godbout, reproduite sur le mur nord de la Banque de Montréal.) Antoine Potvin a maintenant sa boutique dans la maison, avec vitrine sur la rue où sont exposés les téléviseurs qu’il vend et, révèle Jean-Pierre, « un panneau lumineux qu’il avait inventé pour indiquer la météo ». Il a un technicien, M. Defoy. L’idée du câble traverse son esprit.

L’installation du câble

À cette époque, Jean-Pierre, âgé d’une dizaine d’années, est fasciné par ce projet. Il rapporte : « Pour installer le câble, il fallait une tour. Mon père s’est promené partout dans Saint-Bruno afin de trouver l’endroit où la réception serait la meilleure. Il fixe enfin son choix du côté sud de la route 116, sur la terre de M. Beauchemin. »

M. Potvin y construit une cabane, « son usine de traitement des ondes », explique son fils aîné, et deux tours de 72 pieds de haut. À partir de là, il faut un câble pour transporter le signal. « Mon père, avec un beau-frère, a traversé le câble à environ quatre pieds sous la voie ferrée, en frappant avec une sorte de maillet. Ensuite, il l’a amené au pont Noir, pour rejoindre les poteaux de Bell Canada, avec qui il a signé une entente. Lorsqu’une personne « s’abonne au câble », M. Potvin fait un raccordement du poteau jusqu’à la maison du nouvel abonné. Mme Potvin précise que son mari a eu une centaine d’abonnés. Les deux fils avancent que la venue du câble a permis de capter le canal 8 du mont Washington, répondant ainsi au désir de leur père et à celui de la population anglophone, qui forme une partie importante de celle de Saint-Bruno ainsi que de sa clientèle. Le câble permet aussi de recevoir tous les postes disponibles, ainsi que d’éliminer les oreilles de lapin et les antennes sur les toits. De plus, il donne l’occasion de présenter dans la vitrine plusieurs postes en même temps, sur autant d’appareils. « Une belle publicité, et les gens se rassemblaient pour regarder », dit Jean-Pierre. « Notre père était bon vendeur », complète Daniel.

Un précurseur de Vidéotron

Du côté financier, concernant le câble, c’est difficile, car l’entretien du réseau coûte cher. Antoine s’associe à des actionnaires. Jean-Pierre se souvient : « Plus tard, c’est à eux que notre père vendra et ce sont eux qui, en 1965-66, vendront à André Chagnon. » À l’époque, en achetant les petites entreprises de câblodistribution, M. Chagnon était à créer Vidéotron.

Antoine Potvin continue à vendre et à réparer des téléviseurs. Après avoir habité rue Montarville, la famille et l’entreprise déménagent au 93, chemin De la Rabastalière Est. Ensuite, la boutique occupera le local voisin de la Salaison Richard et, finalement, retour à la maison. Malheureusement, à cette époque, M. Potvin sera victime de problèmes de santé qui l’obligeront à délaisser son commerce et, en 1976, il doit faire faillite. « Ce fut très difficile pour lui, précise Mme Potvin, très humiliant, et pas facile de refaire sa vie. » Il travaillera à la Baie-James en 82 et 83, avec Daniel, et il décédera prématurément en 1986, à l’âge de 57 ans. Mme Potvin continuera à vivre dans la maison familiale. Elle l’a vendue il y a près de cinq ans, pour aller vivre au Manoir Saint-Bruno.

Comme on l’a vu, M. Potvin était un entrepreneur. Il a organisé, en 1960, le premier défilé du père Noël dans la municipalité. Il s’est impliqué dans l’Association des marchands de Saint-Bruno. Il a organisé, pour cet organisme, deux expositions, l’une entre l’hôtel de ville et les Services techniques (à l’époque le garage municipal), et l’autre dans le stationnement d’IGA. C’est là qu’il a rencontré André Chagnon.

Nul doute que M. Potvin était aussi doté d’une grande créativité. « Il était avant-gardiste », précise Jean-Pierre, qui a fait carrière dans la GRC. Daniel, paysagiste bien connu, ajoute : « Il avait aussi très confiance en lui. Il était débrouillard et c’est ce qu’il nous a transmis. » De l’avis de son frère et de sa mère, Daniel est celui qui lui ressemble le plus. Celui-ci avance : « Même si notre père était très occupé, il était toujours proche de nous, pour patiner, jouer à la balle, nous enseigner la natation. » Avec admiration, son épouse et les deux hommes disent : « Il avait bon caractère, il était ami avec tous, il aimait jaser et agacer. »