La famille Choquette du rang des Vingt-Quatre
Au risque d’affirmer une vérité de La Palice, dans les années 1940, la vie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui! Parlons de celle d’une famille du rang des Vingt-Quatre, à Saint-Basile-le-Grand, à cette époque. À l’âge de 37 ans, une femme devient veuve avec six enfants, de deux à dix ans. Pour la survie, un filet social se tisse avec les fibres de la générosité et de l’entraide des voisins, mais surtout, il y a le travail acharné de Liliane dont « la lumière était celle qui s’éteignait la dernière le soir dans le rang », racontent ses enfants, André, Yvan et Yolande. C’est l’histoire de la famille de Jean Choquette et Liliane Vary.
Jean Choquette est le fils d’Azarie Choquette, né en 1850, et d’Alexandrine Préfontaine. Après leur mariage, ces derniers s’installent à Beloeil, où plusieurs membres de la famille résident déjà. Le couple a six enfants : deux filles et quatre garçons, dont Jean. À Beloeil, une rue porte le nom de « Choquette ».
Né en 1894, Jean épouse, en 1930, Liliane Vary, née en 1903, à Saint-Marc-sur-Richelieu. Ils demeurent avec les parents de Jean jusqu’au quatrième enfant. Le père de famille pratiquera plusieurs métiers : il aide son cousin électricien à « passer l’électricité » à Beloeil, il fait du taxi et il aura une entreprise de prélart. Cependant, les affaires deviennent très difficiles : il vend la compagnie et s’installe, en 1937, dans le rang des Vingt-Quatre, à Saint-Basile-le-Grand, sur une terre de 72 arpents avec maison de pierres.
La fratrie comprendra d’abord Jean-Guy, né en 1931, qui fera carrière dans les Forces armées du Canada. Il épousera Jacqueline Morris et ils auront deux enfants, Jacques et Monique. Thérèse, née en 1933, deviendra religieuse chez les Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Réal, né en 1935, est aujourd’hui décédé. Trois enfants sont nés de son mariage avec Marcelle Bernier : Carole, Luc et Robert, et cinq petits-enfants ont suivi. André, né en 1937, a travaillé comme technicien à Radio-Canada, de 1957 à 1995. Il a épousé Marthe Perreault, dont il est maintenant séparé. Ils ont cinq enfants : Louise, Jean-Pierre, Hélène, Isabelle et Claudine, et trois petits-enfants. Yolande, née en 1938, demeure célibataire. Elle enseigne quatre ans à Saint-Basile et 30 ans à Mont-Saint-Hilaire. Yvan, né en 1940, est lui aussi célibataire. Il travaille pour Bell Canada de 1966 à 1994.
Le décès du père : Liliane « superwoman »
Les deux derniers enfants naissent sur la terre du rang des Vingt-Quatre et les affaires vont bien. Cependant, le malheur frappe. En 1941, Jean décède d’un cancer du rein, à l’âge de 47 ans. Il laisse son épouse Liliane veuve à l’âge de 37 ans, avec six enfants de deux à dix ans. À l’époque, le filet de sécurité publique est mince, sinon absent. Liliane loue la terre. Ce revenu paie les taxes et rembourse le Crédit Agricole. La famille vit, en partie, des produits du grand jardin et du poulailler. De plus, la mère de famille accomplit une multitude de tâches. Admiratifs, André, Yvan et Yolande en font l’énumération : elle fait des ménages, coud, tricote et coupe les cheveux pour 25 cents. Quelqu’un la déclare au comité paritaire et elle doit cesser cette activité! Elle est sage-femme avec le docteur Donat Fournier, elle travaille au bureau de poste, fait la finition du fromage chez Honorius Lafrance. Enfant, étant de santé fragile, elle a dû interrompre ses études après la cinquième année!
La mère est aussi une excellente cuisinière : « Son gâteau au café du dimanche! », s’exclament ses deux fils. Les voisins aident, donnent des vêtements, et la viande provient des frères de Liliane, bouchers à Saint-Marc. Les enfants travaillent à partir de 5 – 6 ans, soit dans le jardin, soit pour les cultivateurs voisins. « On allait garder les enfants pour une poignée de cennes noires », révèle Yolande. L’argent se ramasse un sou à la fois et rien ne se perd.
Liliane a dû avoir des prétendants? « Oui, répond André, mais quand ils apercevaient les six petites têtes en haut de l’escalier, ils ne revenaient pas. » Leur mère aime avoir ses enfants autour d’elle et préfère que tous les amis se rassemblent à la maison. Elle est très pieuse et personne ne se couche le soir sans avoir récité son chapelet, même si le retour après la veillée est vers minuit. « Ton chapelet! », entendent-ils.
Plus tard, la maison patrimoniale sera vendue, car elle nécessite trop de réparations. En 1976, Yvan en construit une autre, juste à côté, au goût de sa mère. Elle y demeure avec lui et Yolande jusqu’à son décès, à l’âge de 93 ans. Elle n’acceptait que cette dernière pour s’occuper d’elle. « Ma petite soie », la nommait-elle affectueusement.
La vie dans le rang
Les souvenirs de leur enfance surgissent, s’entrecroisent, se bousculent, avec plaisir. Ils fréquentent l’école No 2, « 17 arpents plus loin », précise André. Yvan raconte : « L’hiver, on marchait sur les bancs de neige pour y aller. » Il y a le ruisseau Deslauriers qui est une grande source de plaisirs : la pêche, le patin et aussi, le fait d’y tomber occasionnellement. Le grand-père fabrique des objets pour ses petits-enfants : traîneaux, berceau, cheval de bois, un jeu de « pichenottes ». Été comme hiver, ce jeu leur a valu des heures et des heures de plaisir.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, derrière chez eux, sur le mont Saint-Bruno, il y a un camp de soldats : lorsqu’ils s’entraînent, les fusées éclairantes illuminent dans un grand rayon. Et, il y a vent d’un espion allemand dans le rang, chez Armand Lafrance. Personne n’entrait dans cette maison. Vérité ou légende?
(Article rédigé avec collaboration de la Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand)


