Fernand Curadeau, l’homme qui n’arrêtait jamais

Parler avec Fernand Curadeau, c’est se replonger dans le passé de la région. L’homme de 78 ans sait raconter une histoire; la sienne, évidemment.

Celui que le journal a rencontré s’appelle Fernand Curadeau. Il habite McMasterville et est livreur pour le commerce Pains & Saveurs depuis maintenant 15 ans. De l’entrepôt à Saint-Basile-le-Grand, il transporte la marchandise dans les boutiques de Saint-Bruno et de Saint-Hubert. « C’est d’ailleurs ma plus grande fierté : d’être capable de travailler encore sept jours par semaine, même à 78 ans », explique-t-il.

En fait, Fernand Curadeau n’arrête jamais, même rendu à son âge. Il y a quelques années, il demeurait dans l’un des condos du boulevard du Millénaire, à Saint-Basile-le-Grand. « Une prison! Il n’y a rien à faire. Je me lavais, je mangeais et j’écoutais la télévision. Je n’étais plus capable. Je n’aime pas rester assis longtemps. » Alors, il s’installe dans une maison dont l’un de ses fils a fait l’achat, à McMasterville. Pour le septuagénaire, c’est parfait. « Je ne suis pas capable de rester à ne rien faire. Faut que je grouille toujours, que je fasse absolument quelque chose. Ça fait 50 ans que je me réveille à 4 h 15! » d’ajouter l’intéressé.

Laitier à cheval

Monsieur Curadeau est un habitué de la route et de la livraison. Avant son emploi pour Pains et Saveurs, il a été laitier pendant 50 ans. D’abord pour la laiterie Victoria, à Saint-Lambert, ensuite pour la laiterie Mont-Saint-Bruno. « À 12 ans, je faisais des runs de lait à cheval. Je séchais mes cours au Collège de Longueuil pour aller aider. Je manquais tellement les cours que c’est la police qui venait me chercher. Elle me ramenait à l’école et à la récréation, je repartais aider le laitier! » se rappelle Fernand Curadeau.

À ses débuts à la laiterie Victoria, il livre aussi le lait à cheval parce que l’entreprise possède quelques bêtes. Plus tard, il est employé pour celle de Saint-Bruno. « Les gens te font confiance quand tu es laitier. Assez confiance en tout cas pour me laisser les clés de leur maison afin que j’entre y déposer le lait au frigo. » Monsieur Curadeau se souvient aussi des tempêtes de neige de l’époque, bien différentes de celles qui nous tombent dessus aujourd’hui. « Il faisait froid et c’était beaucoup plus compliqué de se déplacer. Si je ne pouvais pas rentrer dans les demeures, j’enveloppais le lait dans de la gazette pour ne pas que ça gèle, puis je laissais ça aux portes », mentionne celui qui a aussi fondé une équipe de balle, et dont certains des membres, les Paul Généreux, Claude Potvin, Pierre Brûlé, Richard Gaudreault, faisaient la pluie et le beau temps dans la région. Aujourd’hui, ces gens sont presque tous décédés, selon le McMastervillois. 

En tant que laitier, Fernand Curadeau couvrait les territoires de Mont-Saint-Hilaire, Beloeil, Saint-Basile-le-Grand, Saint-Bruno-de-Montarville, Sainte-Julie. Entre 5 et 17 h, il approvisionnait ses clients lundi, mardi, jeudi et vendredi. Le reste de la semaine, mercredi, samedi et dimanche, il apportait des fromages Bergeron au Costco. Les rencontres étaient nombreuses; les gens, du « ben bon monde »!

Avec son regard bleu acier à la Steve McQueen, l’homme âgé prend une gorgée de café et observe son interlocuteur. « À mon âge, parfois, on a de la difficulté avec sa mémoire et on n’entend pas toujours parfaitement. Mais je sais que ça me manque de pouvoir monter à cheval. J’ai toujours connu ça et j’ai eu des chevaux pendant longtemps, mais aujourd’hui, ça coûte bien trop cher de mettre ça en pension. »

Les chevaux

Fernand Curadeau voue un grand respect aux chevaux. Il dit être amateur de cet animal depuis toujours, se rappelant que plus jeune, alors qu’il demeurait rue Labonté, à Longueuil, il partait de chez lui à pied, traversait le pont Jacques-Cartier et allait observer les chevaux des écuries de la brasserie Molson et de Coors. « Ils avaient de beaux chevaux noirs. » Il aimait tellement les chevaux qu’un jour, lui et son ami Gilles Nadeau possèdent leur propre écurie, Écurie Curadeau et Nadeau, d’abord à Saint-Basile-le-Grand, « sur la montagne, juste en bas du couvent des sœurs », qui a ensuite été transférée à Saint-Mathieu-de-Beloeil. C’était dans les années 70. « Nous avions une douzaine de chevaux belges et de chevaux canadiens. Nous participions aux expositions à Saint-Hyacinthe. » À un moment, monsieur Curadeau a vendu sa part pour rien à son ami Nadeau.

Une vie bien remplie  

Fernand Curadeau, l’homme à tout faire, a aussi été planteur de quilles à Longueuil, alors qu’il n’avait que sept ans! Il a fait ce travail jusqu’à l’âge de 16 ans. Il était payé 2 ¢ la ligne de quilles, et recevait 5 ¢ en pourboire. C’était son salaire de l’époque.

Fernand Curadeau est père de trois enfants, deux garçons et une fille, gérante d’un marché d’alimentation de la région. Depuis 50 ans, il vit avec sa femme, Micheline Raymond, celle-là même qui, à l’époque, alors qu’il était si occupé, n’avait d’autres choix que d’attendre son retour.