Des Frères de Saint-Gabriel à IRDA, sur la même belle terre (Première partie)

Pendant une soixantaine d’années, il y eut, rang des Vingt-Cinq, à Saint-Bruno-de-Montarville, une vaste exploitation agricole renommée pour son excellence et son rayonnement. C’était la ferme de la Villa Grand-Coteau des Frères de Saint-Gabriel. Aujourd’hui, sur les mêmes lieux, s’est implantée la Plateforme d’innovation en agriculture biologique, une composante de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), dont le siège social est à Québec. Ici sont encore recherchées l’excellence et la diffusion des connaissances, dans la voie moderne, celle de l’agriculture biologique. Si l’on considère ces deux caractéristiques, n’y décelons-nous pas un certain lien de parenté? La directrice scientifique adjointe de IRDA, madame Sylvie Bellerose, le souligne : « Nous sommes très sensibles à l’œuvre des Frères de Saint-Gabriel et nous essayons de construire par-dessus. » Sous cette rubrique « Mémoires », on parle du passé, bien sûr, mais aussi de ce que le présent nous apporte sur cette même belle terre. 

Lorsque les Frères de Saint-Gabriel, il y a un peu plus d’un siècle, ont commencé à acheter des terres rang des Vingt-Cinq, ni eux, ni les résidants de Saint-Bruno-de-Montarville et des environs n’auraient pu imaginer l’ampleur que prendrait l’entreprise. Encore moins auraient-ils pu entrevoir ce que le vingt et unième siècle apporterait sur ces mêmes lieux. La Plateforme est considérée comme le plus important site de recherche en agriculture biologique au Québec et même au Canada.

La Villa Grand-Coteau

En 1911, les Frères de Saint-Gabriel achètent une première terre rang des Vingt-Cinq. Au cours des années suivantes, ils en achèteront quelques autres de leurs voisins, les pères Jésuites, qui s’y étaient établis en 1910. N’y ayant pas de résidence dans cette première décennie, les frères ne viennent que pour de courts séjours. Ce n’est qu’en 1920 que les quatre premiers résidants sont nommés et ils habitent une maison de ferme. En 1922, leur exploitation prendra une expansion soudaine. Les Jésuites, alors propriétaires de près de 1000 acres, vendent leurs terres tout d’abord à M. J. Rivet, qui, dix jours plus tard, les vendra aux Frères de Saint-Gabriel, avec tout le « roulant » et la future récolte, ainsi qu’une cinquantaine de vaches laitières, 500 poules, 760 porcs, 12 chevaux et 30 moutons. À cela s’ajoutent de vastes bâtiments, une forge et deux tracteurs. Les frères sont maintenant vraiment « en affaires ». Cette ferme a comme mission de nourrir les diverses maisons de la communauté, de même que le Juvénat Saint-Gabriel qui ouvrira ses portes en 1925, et de créer des revenus. En 1923, le frère Aloys est nommé directeur de la Villa Grand-Coteau et régisseur de la ferme. Il est l’homme de la situation.

Le frère Aloys

Arthur Moreau a travaillé à la ferme de ses parents tout en fréquentant l’école et il a fait partie de la milice canadienne avant de se joindre aux Frères de Saint-Gabriel, à l’âge de 18 ans. Il prend le nom de frère Aloys. En 1923, au moment de sa nomination à Saint-Bruno, il poursuit une carrière qu’il aime, celle d’enseignant. Il accepte cette obédience après une période de réflexion.

Il sera directeur de la Villa Grand-Coteau pendant douze ans et régisseur de la ferme pendant 30 ans, de 1923 à 1953, année de son décès. C’est avec entrain qu’il s’attaque à la tâche en mettant à profit ses qualités de chef, ses connaissances, son savoir-faire et son courage. Il organise les divers secteurs de l’exploitation et voit à la construction des bâtiments nécessaires, y compris la résidence pour les frères.

Avec la dizaine de frères qui y est rattachée, la ferme devient une entreprise aux activités et aux revenus diversifiés. Dans Fragments d’histoire, publié par la Société d’histoire de Montarville, on peut lire ce qui suit : « … les frères s’adonnèrent à la culture des céréales, des pommes de terre et des légumineuses. Ils récoltèrent en outre d’importantes quantités de foin et d’avoine pour leur troupeau. La production laitière fut essentielle à la ferme. » Une porcherie et un poulailler contribuèrent aussi aux revenus. En 1929 débute le développement du verger. On comptera près de 5 000 arbres fruitiers. À cette exploitation s’ajoutent celle de l’érablière composée de 5 500 érables et celle de 220 ruches. Les cuisiniers développent aussi une expertise en conserverie et en confiserie, dont les produits ont laissé d’heureux souvenirs aux Montarvillois.

Les frères s’entendent pour dire que c’est le frère Aloys qui a porté la ferme au niveau d’excellence qui lui a été reconnu et qui lui a assuré la rentabilité souhaitée. Après son décès, en 1953, la ferme de la Villa Grand-Coteau poursuit sur la lancée d’excellence qu’il a tracée.

À l’extérieur de la communauté, le frère Aloys représente un modèle et un judicieux conseiller pour les fermiers. Il aura aussi un rayonnement important à l’Union des cultivateurs catholiques. Dans Saint-Bruno, il participe à plusieurs décisions concernant la municipalité, dont celle de fonder une Caisse populaire. Il en sera le premier vice-président. (À suivre)