« Cette histoire, c’est une expérience humaine » – Le dentiste Maurice Tapiero
Clinique dentaire Tapiero Bouhadana
La nouvelle Clinique dentaire Tapiero Bouhadana a ouvert ses portes, le 22 juin dernier, au coin de la rue Huet et du chemin De La Rabastalière Ouest. Mais au-delà de tous ces matériaux, de ces nouveaux murs et autres équipements sophistiqués, derrière tout cela, il y a une histoire, une histoire de cœur, d’entraide, de complicité. Témoignage.
Alors que le dentiste Maurice Tapiero qualifie cette ouverture comme un accomplissement et un rêve, sa conjointe, Anne Bouhadana, parle plutôt de lumière au bout du tunnel. Ils sont très reconnaissants : « À la suite de l’incendie qui a détruit notre clinique sur la rue Montarville, nous avons reçu beaucoup d’aide provenant de la population de Saint-Bruno. Cette communauté tissée serré a été fantastique parce qu’elle nous a soutenus dans notre malheur, tout en nous donnant la force et l’énergie pour poursuivre. Nous ne les oublions pas, et je crois que l’important ici, c’est de dire merci à Saint-Bruno-de-Montarville, de souligner l’aide de chacun », de mentionner en entrevue M. Tapiero.
Immédiatement après le sinistre, le soutien communautaire a afflué. De l’un des propriétaires du Restaurant Saint-Bruno, Pasquale Bastone, qui leur a offert un bureau pour rebrancher la ligne téléphonique, à l’administration du Manoir Saint-Bruno, notamment Bertrand Lalancette, qui leur a permis de louer une pièce aménagée temporairement, en passant aussi par Michel Di Battista, qui a partagé les locaux de son cabinet afin que l’équipe de la Clinique dentaire Tapiero Bouhadana puisse prendre soin de ses patients. À eux s’ajoutent les commerçants, qui ont accepté d’afficher les plus récentes informations concernant la clinique en difficulté, le journal local ainsi que la population. « Grâce à eux, nous avons été capables de redonner un service plus rapide et plus complet à nos patients, mais aussi de rebâtir tout de suite, sans regarder en arrière, sans s’apitoyer, mais avec une vision d’avenir », indique Anne Bouhadana.
Maurice Tapiero et Anne Bouhadana parlent d’une expérience qui leur a permis de fraterniser avec leurs collègues dentistes, une occasion qui leur a permis de les connaître personnellement, ajoutant que le personnel de leur clinique a aussi été formidable durant cette épreuve. « Ils ont travaillé très fort pour sécuriser nos patients et rebâtir les dossiers, de poursuivre monsieur Tapiero. Vous savez, c’est lors d’une expérience comme celle-là, une expérience humaine en passant, que tu réalises c’est quoi un village. Aujourd’hui, je le comprends! » Sa conjointe renchérit : « Si nous étions encore à Montréal, je ne sais pas si nous aurions reçu toute cette aide. Je ne suis pas certaine… je crois en fait que ça nous a beaucoup aidés de travailler à Saint-Bruno-de-Montarville. »
Quelques jours seulement après la catastrophe du 5 octobre, Maurice Tapiero s’était entretenu avec le journal; une entrevue qui s’était déroulée juste en face du terrain où avait eu lieu l’incendie. L’odeur de fumée était encore bien présente. L’auteur de ces lignes lui avait alors demandé ce qui allait lui manquer le plus. Et le dentiste avait répondu : « Ce n’est pas l’équipement. C’est du matériel et ça se remplace. Ce sont plutôt les dessins de mes enfants accrochés aux murs de mon bureau et les cadeaux offerts par mes patients. Comment tu peux remplacer ça? » L’homme tient encore le même discours, neuf mois plus tard. « Les dessins me manquent encore. L’historique de mes patients. Nous avons passé 20 ans au même endroit. Ça ne revient plus, tout ça. Le reste, ce sont des murs, de l’équipement, du matériel. Ce n’est pas important. Le côté humain des gens, ça n’a pas de prix. »
La vie familiale affectée
Les deux professionnels s’accordent pour dire que cette expérience a été difficile pour la vie familiale. Pendant près de deux mois, il y a eu des pleurs et des moments chargés en émotions. Ils ont cinq enfants âgés de 11 à 16 ans, dont deux couples de jumeaux; ils ont dû les réunir tous à la suite du sinistre afin de leur expliquer la gravité de la situation. « Incertitudes, inquiétudes, instabilité financière. Nous avons essayé de leur expliquer que ce serait difficile pendant un certain temps et qu’ils devaient garder leurs économies. Ils ont compris. Une semaine après l’incendie, nous les avons amenés sur le site. C’était important pour nous de leur montrer la réalité, afin qu’ils ne s’imaginent pas des choses », souligne la maman.
« Après le feu, je n’étais pas aussi présent à la maison. Il y a eu une période durant laquelle j’ai eu à rencontrer les assureurs, et puis il y avait un gros travail d’administration à revoir. Les premières semaines ont été assez intenses. Lors de notre entrée ici, France Demers, notre administratrice qui a bûché comme une folle, s’est mise à pleurer. Oui, beaucoup d’émotions », d’ajouter le père de famille.
Les émotions étaient tellement fortes dans le clan Tapiero-Bouhadana que pendant les travaux en vue de la clinique sur le chemin De La Rabastalière Ouest, ils ne pouvaient même pas passer sur la rue Montarville et voir les débris de l’entreprise dans laquelle ils avaient passé plus de 20 ans de leur vie. « Nous avons changé notre itinéraire pour ne pas avoir à passer devant. Ce n’était pas facile. »
Poursuivre en allant de l’avant
Aujourd’hui, Maurice Tapiero et Anne Bouhadana, qui se sont connus à l’université, ne regardent plus en arrière et refusent de s’apitoyer. Ils vont de l’avant avec à l’esprit une vision d’avenir. Sans savoir exactement ce qui les a attirés dans cette profession, tous les deux s’accordent pour dire qu’ils adorent leur travail en raison du contact avec les gens et des soins qu’ils leur procurent. « Notre clinique dentaire en est une familiale. Nous suivons les enfants année après année, de génération en génération. Les jeunes que nous traitions il y a 20 ans sont adultes maintenant et ils reviennent nous voir avec leurs enfants. C’est ça aussi, une communauté. »
