Liberté et tolérance
Les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo nous ont permis de nous rappeler que la liberté de penser, dont le corrélat est la liberté d’expression, est une valeur fondamentale de la démocratie. Plus près de chez nous, c’est le cas de l’iman montréalais Hamza Chaoui qui suscite actuellement la controverse. Ce dernier aurait soutenu que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie, car il est inconcevable pour l’iman qu’une femme, qu’un homosexuel ou qu’un athée puisse obtenir une charge publique. Doit-on tolérer un tel point de vue?
C’est en réponse aux régimes despotiques soutenus par le clergé que la défense de la liberté d’expression s’est construite. Parallèlement s’est développée l’idée que la tolérance était nécessaire si l’on souhaitait permettre la liberté de penser. Pour des intellectuels du XVIIe et du XIIIe siècle, tels que Bayle et Voltaire, la tolérance est un principe rationnel qui contribue à la recherche de la vérité. Cette idée de la tolérance participe aussi à celle de la démocratie, car il n’y pas d’espace démocratique là où l’on ne tolère plus des idées qui sont étrangères aux nôtres ou qui divergent de celles de la majorité. Mais jusqu’où doit-on tolérer l’intolérable?
Pour notre état de droit, l’intolérable survient lorsque le discours public incite à la haine ou encourage la violence. Les idées de l’imam Chaoui de même que celles qui se rattachent à une forme ou une autre d’intégrisme religieux, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou autres, sont rétrogrades, parfois dangereuses et, disons-le, souvent stupides. Serait-ce souhaitable pour autant qu’on empêche les gens qui adhèrent à ces idées de les exprimer? En toute cohérence, tous ceux qui se réclamaient récemment de Charlie devraient répondre non, à moins que ces idées encouragent la haine et la violence. De la même manière que les gens de foi doivent accepter de vivre avec ceux qu’ils jugent être des blasphémateurs, les athées doivent tolérer ceux qui adhèrent à des idées qu’ils jugent passéistes et rétrogrades.
Toutefois, ne perdons pas de vue que tolérer une idée ne signifie pas qu’on l’accepte. La force de la démocratie, c’est de permettre à tous de s’exprimer librement, et ce, dans le respect des lois. La force de la démocratie, c’est aussi de voir des citoyens prendre la parole pour dénoncer les idées qu’ils jugent rétrogrades. À la haine, on peut répondre par la voie des tribunaux; face aux propos rétrogrades, on doit user de la liberté d’expression et lutter par la parole.
Pour combattre l’obscurantisme religieux, il n’y a rien de mieux que l’éducation d’où peut jaillir la lumière. N’en déplaise à Philippe Couillard, l’intégrisme n’est pas toujours un choix personnel. À cet égard, il serait peut-être temps que le gouvernement cesse de financer les écoles religieuses, qui peuvent être de véritables lieux d’endoctrinement favorisant l’obscurantisme au détriment de la liberté et de la tolérance.
