Chronique techno : littératie numérique et souveraineté, un enjeu vital et plus proche de nous qu’on le pense

On parle aujourd’hui partout d’intelligence artificielle, de cybersécurité ou de protection des données. Il y a encore quelques années, ces sujets semblaient réservés aux experts. Pourtant, ils touchent désormais directement notre vie quotidienne : nos écoles, nos services publics, nos entreprises, nos familles. Derrière tous ces enjeux, une question fondamentale se pose : comment espérer une véritable souveraineté numérique si la population n’est pas bien outillée pour comprendre le monde connecté dans lequel elle évolue?

Un manque de compréhension qui freine notre pouvoir d’agir

Les discussions publiques autour du numérique restent souvent techniques, presque hermétiques. On parle de stockage local des données, d’algorithmes de recommandation, du Cloud Act américain ou du Nuage gouvernemental québécois. Mais pour beaucoup de citoyens, ces notions demeurent floues. Cette distance crée un vrai problème démocratique : si les gens ne comprennent pas les enjeux, ils ne peuvent ni débattre, ni se mobiliser, ni peser dans les décisions. Ainsi, les politiques numériques se construisent entre experts, pendant que le grand public se sent démuni face aux transformations rapides. Or, la souveraineté numérique n’est pas qu’une affaire de serveurs ou de lois : c’est une capacité collective à faire des choix éclairés.

Le cerveau : la première ligne du champ de bataille numérique

En tant que spécialiste en neurosciences et cyberpsychologie, et après plus de 13 ans dans l’industrie technologique, j’ai pu me rendre compte d’une chose essentielle : le numérique cible directement notre cerveau. Les plateformes ne font pas que capter notre attention, elles exploitent nos biais cognitifs, provoquent des réactions émotionnelles fortes, fragmentent notre concentration et alimentent parfois la polarisation sociale. Dans un océan d’informations, souvent contradictoires, notre capacité à distinguer le vrai du faux s’effrite. Ce n’est pas une intuition, c’est un risque officiellement identifié par Politiques Canada, qui place pour 2030 « Les gens ne savent plus distinguer le vrai du faux » comme le risque le plus menaçant. La Suède a même relancé l’Agence de défense psychologique dès 2022, chargée de renforcer la résilience mentale de sa population face aux manipulations informationnelles. C’est dire à quel point comprendre comment fonctionne notre cerveau et comment le numérique l’influence devient urgent!

Pourquoi la littératie numérique est désormais un pilier de souveraineté

On ne peut plus considérer l’éducation numérique comme un simple atelier parascolaire. C’est aujourd’hui un véritable enjeu national qui touche à la démocratie, à l’économie, à la sécurité, mais aussi à la santé mentale et à la cohésion sociale.

Former les jeunes (et les moins jeunes) à reconnaître les pièges attentionnels, à identifier la désinformation, à comprendre la circulation des données ou les limites de l’IA, c’est leur offrir un pouvoir immense, celui de comprendre, d’agir et de choisir.

La littératie numérique doit devenir un droit fondamental, cultivé tout au long de la vie. Les adultes ne sont pas moins vulnérables : piratage, manipulation émotionnelle, arnaques, radicalisation… les risques sont bien réels.

Un enjeu au cœur de mon livre

C’est précisément la raison pour laquelle j’ai écrit mon livre Génération écrans : pour donner à chacun, parents, enseignants, citoyens, des repères clairs pour naviguer dans un monde numérique complexe. Comprendre les mécanismes du cerveau, reconnaître les stratégies de manipulation, savoir comment protéger nos données, accompagner les jeunes… tout cela participe directement à renforcer notre souveraineté collective. La souveraineté numérique est entre nos mains, encore faut-il la comprendre pour agir, par la connaissance, par l’esprit critique et par une culture numérique solide.