Chronique techno : cerveau et sport, sentir plutôt que mesurer!

Montres connectées, applications de sport, écrans omniprésents : jamais notre quotidien n’a été aussi mesuré. Mais à force de tout quantifier, ne risque-t-on pas d’oublier l’essentiel, ce que notre cerveau et notre corps ressentent vraiment?

La plasticité du cerveau

On parle souvent du cerveau comme d’un muscle qu’il faudrait entraîner. L’image est parlante, mais biologiquement, elle est fausse. Le cerveau n’est pas un muscle, c’est un organe. Un organe extraordinairement complexe, composé d’environ cent milliards de neurones, reliés entre eux par un nombre encore plus impressionnant de connexions appelées synapses.

Ces neurones communiquent en permanence grâce à des signaux électriques et chimiques. Ce qui rend le cerveau fascinant, c’est sa plasticité.

Cela signifie qu’il se modifie continuellement en fonction de ce que nous faisons, de ce que nous ressentons, de ce que nous apprenons et de l’environnement dans lequel nous évoluons. Comprendre ce dialogue constant entre le cerveau, le corps, les émotions et le contexte permet de mieux prendre soin de soi… et des autres. Penser l’humain sans le cerveau, c’est passer à côté d’une grande partie du réel.

Le cerveau est le meilleur lien avec le corps

On dit souvent que bouger, c’est bon pour le moral. En réalité, c’est bien plus profond que cela. D’un point de vue évolutif, notre cerveau s’est développé chez une espèce qui marchait, courait, explorait et chassait. Le mouvement n’est donc pas un luxe, ni un bonus bien-être : c’est un signal biologique fondamental. Lorsque nous bougeons, le cerveau libère des substances clés. Les endorphines réduisent la douleur et procurent une sensation de bien-être, la dopamine renforce la motivation, la sérotonine régule l’humeur et la noradrénaline améliore l’attention. Mais surtout, l’activité physique stimule la plasticité cérébrale. Elle favorise la création et la consolidation des connexions entre neurones. Autrement dit, bouger aide le cerveau à rester flexible, adaptable et capable d’apprendre. Le corps n’est pas au service du cerveau : ils fonctionnent ensemble.

La sensation plutôt que la donnée!

Avant l’arrivée des technologies, l’activité physique était surtout une conversation entre soi et son corps. Aujourd’hui, montres connectées, applications et données de performance s’invitent dans cette relation. Cela peut être utile, motivant et rassurant.

Le problème apparaît lorsque la donnée prend le dessus sur la sensation. On en vient parfois à douter de son effort s’il n’est pas mesuré, enregistré ou partagé. Sur le plan psychologique, on glisse alors d’une motivation intrinsèque, liée au plaisir et au ressenti, vers une motivation extrinsèque, dépendante de chiffres et de validations externes. À long terme, cela peut affaiblir la confiance en soi, l’écoute de ses limites et même le plaisir de bouger. Dans une société très connectée comme la nôtre, notamment au Québec, où le plein air est central, le défi n’est pas de rejeter la technologie, mais de l’utiliser sans qu’elle prenne le contrôle de notre relation la plus précieuse : celle entre notre cerveau et notre corps.

Dans mon livre Génération écrans, je propose des repères concrets pour mieux comprendre l’impact du numérique sur notre cerveau et retrouver une relation plus équilibrée et plus humaine avec la technologie.