Chronique Société d’histoire de Saint-Basile : les trinitaires

Les trinitaires sont présents dans la vie grandbasiloise depuis plusieurs décennies. 

Une collaboration de Richard Pelletier
Président Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand

Cette présence a revêtu un caractère non seulement spirituel, mais aussi social, communautaire et même agricole.

Histoire de l’ordre et sa mission

L’ordre de la Très Sainte Trinité, ou ordre Trinitaire, est fondé en 1194 par les Français Jean de Matha et Félix de Valois. Sa mission première consiste à redonner espoir aux captifs et aux pauvres. Dès ce moment, les trinitaires se consacrent à la libération de prisonniers, puis éventuellement d’esclaves. Avec le temps, la mission de l’ordre évolue, restant « à l’écoute des nouvelles captivités ».

Au sein de l’ordre, pères et frères ont des fonctions distinctes mais partagent les mêmes obligations et privilèges. Les pères assurent la dimension spirituelle et apportent leur aide aux paroisses du diocèse, tandis que les frères veillent au bien-être matériel de la communauté. Tous portent le même habit, prient ensemble, mangent à la même table et prononcent les mêmes vœux solennels.

Implantation au Canada

Les trois premiers trinitaires s’établissent à Ville-Émard en mai 1924. Ils y fondent une paroisse qui prend le nom de Saint-Jean-de-Matha, en hommage à l’un des fondateurs de l’ordre. En 1936, un noviciat et un collège ouvrent leurs portes sur la rue Saint-Antoine. En 1944, une nouvelle maison est établie sur l’avenue des Pins.

Couvent de la Trinité-du-Mont

L’évêque de Saint-Jean-de-Québec (aujourd’hui Saint-Jean-Longueuil) souhaite accueillir cette communauté dans son diocèse. L’occasion se présente en 1940 à la suite du décès de l’industriel Francis H. Clergue, survenu en janvier 1939. Sa vaste propriété de Saint-Bruno est mise en vente. On y trouve une grande résidence, deux autres maisons et divers bâtiments agricoles, en plus de vergers comptant plus de 5000 pommiers. L’ordre Trinitaire en fait l’acquisition en mai 1940, y voyant un site idéal pour l’établissement d’un monastère où les travaux manuels tiendraient une place de choix.

Les religieux s’installent dans l’ancienne demeure de Francis H. Clergue. Les frères s’affairent aux travaux de la ferme, parfois secondés par les pères et, plus tard, par des novices. En janvier 1944, un incendie détruit la résidence. Des chambres, une chapelle et un réfectoire sont aménagés dans le grand entrepôt de pommes.

Le 24 juin 1947, un sanctuaire dédié à saint Jean-Baptiste est inauguré, attirant rapidement de nombreux pèlerins. À la même époque, les trinitaires font l’acquisition de la propriété du notaire Victor Morin, enclavée au cœur de leur vaste domaine.

La nécessité d’un nouveau monastère s’impose. Les plans de l’architecte Félix Racicot sont retenus et mis en chantier. Le 24 octobre 1948, Mgr Anastase Forget procède à la bénédiction du couvent et du noviciat. Chaque élément architectural du nouvel édifice – lucarnes, fenêtres, portes, cloître – est conçu pour rendre hommage à la Trinité.

Les trinitaires et Saint-Basile-le-Grand

Les trinitaires ne tardent pas à devenir des figures familières de Saint-Basile-le-Grand. On les voit aux côtés du curé, participant activement à la vie paroissiale. Certains d’entre eux deviendront même curés de la paroisse, tout en logeant « en haut de la côte ». À chaque inauguration – qu’il s’agisse d’un commerce ou d’un lieu public – leur présence est attendue. Le lien devient encore plus étroit lorsque le père Germain Rocheleau, issu d’une famille bien connue de Saint-Basile-le-Grand, occupe la fonction de supérieur du monastère de 1960 à 1966.

Les relations entre les trinitaires et les Grandbasilois se manifestent aussi dans la vie sociale. Plusieurs se souviennent des parties de cartes et des épluchettes de blé d’Inde organisées au monastère dans les années 1960, à la fois pour rassembler la communauté et pour recueillir des fonds. Ces rencontres sont une occasion de savourer la fameuse tarte aux pommes du frère Damien (Roger Mercier), qui raconte en avoir préparé jusqu’à 252 pour une seule épluchette. La dernière édition de l’événement attire 700 participants, si bien que l’on doit mettre un terme à ces rassemblements devenus trop difficiles à gérer.

Séminaire et collège

En 1953, les trinitaires fondent le séminaire de la Très Sainte Trinité, situé sur l’avenue des Pins à Montréal. Dix ans plus tard, en 1963, l’institution déménage à Saint-Bruno, dans un nouveau collège adjacent au monastère, sur l’emplacement occupé autrefois par la maison du notaire Morin.

En 1967, le séminaire dispense le cours secondaire classique à ses premiers élèves externes, exclusivement masculins. Les filles y sont admises cinq ans plus tard. En 2000, la direction du collège est confiée à une corporation laïque et, en 2013, l’institution adopte son nom actuel : Collège Trinité. L’établissement scolaire privé accueille aujourd’hui quelque 875 élèves de niveau secondaire.