Chronique Société d’histoire : de Saint-Basile-le-Grand à Versailles!
Le modeste village agricole de Saint-Basile-le-Grand connaît une expansion fulgurante dans la deuxième moitié du 20e siècle. Pour plusieurs, cet élan de modernité devrait s’accompagner d’un changement de nom.
Saint Basile le Grand, également connu sous le nom de Basile de Césarée, fut un évêque du IVe siècle. Il est reconnu comme l’un des Pères les plus influents de l’Église catholique. C’est en référence à ce grand personnage que Mgr Ignace Bourget nomme une nouvelle paroisse en 1870, accordant ainsi une forme de reconnaissance du rôle joué par le cultivateur local Basile Daigneault dans les démarches préalables.
Au milieu des années 1960, un vent de réforme et de modernisme souffle sur le Québec et sur Saint-Basile-le-Grand. Des terres agricoles en périphérie du village cèdent la place à un développement résidentiel. Le maire Jean-Charles Michaud et son successeur, Roland LeBlanc, nourrissent de grandes ambitions pour la municipalité. En 1965, un plan d’urbanisme est élaboré, prévoyant l’aménagement de nouveaux quartiers sur l’ensemble du territoire, jusqu’à la rivière Richelieu.
En janvier de la même année, le conseil municipal informe les citoyens et les organismes de son intention de changer le nom de la municipalité. La Chambre de commerce s’oppose à cette idée. Malgré cela, en février, le conseil adopte une résolution autorisant les démarches pour renommer la municipalité « Versailles-sur-Richelieu ». Les principales motivations évoquées sont la confusion dans l’acheminement du courrier avec l’autre Saint-Basile (dans Portneuf), la difficulté de prononciation pour les anglophones, ainsi que le désir de mettre en valeur les « magnifiques sites » de la municipalité.
La demande est transmise au ministre des Affaires municipales, Pierre Laporte, qui la soumet au comité de géogra- phie et de toponymie. Toutefois, le dossier traîne en longueur. Le premier ministre Jean Lesage n’apprécie pas la proposition. De plus, la municipalité de Montréal-Est, qui doit son existence au développeur immobilier Joseph Versailles, a présenté une demande similaire. En mai 1965, Roland LeBlanc succède à Jean-Charles Michaud en tant que maire. Le 14 décembre 1965, le conseil municipal annule sa résolution de changement de nom tout en demandant au ministère de lui suggérer d’autres noms.
En 1968, le conseil municipal envisage la possibilité de demander le statut de Ville, considérant que son territoire contient une population de 3843 personnes, soit davantage que les 2 000 requises. En mars, un mouvement se crée pour proposer le nom de Valmont, en référence à la vallée entourée des monts Saint-Bruno et Saint-Hilaire. Le journaliste Normand Charbonneau commente : « Il y a également la très forte possibilité que St-Basile-le-Grand change de nom. On voudrait lui substituer un autre nom plus simple et plus mod (sic) qui pourrait nous attirer quelques industries. »
Le 10 décembre 1968, le conseil muni- cipal adopte la résolution visant à obtenir le statut de Ville tout en conservant le nom de Saint-Basile-le-Grand. Ce maintien du nom s’appuie sur un sondage dont les résultats sont contestés par certains. Sur les 900 questionnaires distribués à la population, 250 ont été retournés et, parmi eux, 127 sont favorables au maintien du nom Saint-Basile-le-Grand. Une ultime contre-proposition, émise par un conseiller, suggère d’adopter le nom Vauquelin, en référence sans doute à Jean Vauquelin, officier de l’armée française sous Montcalm. Cependant, cette proposition ne reçoit aucun appui.
Saint-Basile-le-Grand obtient son statut de Ville le 12 mai 1969 et, en 1981, adopte le gentilé « Grandbasilois » pour désigner ses citoyens.
Pour contacter la Société d’histoire : info@shsblg.org.
