Un voyageur dans l’épopée de la vie

Un voyageur dans l’épopée de la vie
Guillaume Roy-Grondin est intervenant à la Maison des jeunes La Butte. (Photo : courtoisie)

Chronique jeunesse

Nous voyageons tous sur ce long chemin sinueux qu’est la vie. Des fois, on s’arrête pour se reposer et on reprend la route, mais des fois, on retourne en arrière afin d’aller chercher les connaissances nécessaires qui nous permettront de mieux voyager.

J’avais 16 ans et je fréquentais la Maison des jeunes depuis cinq ans. Cinquième secondaire, la journée d’école est terminée et je vais à la Maison des jeunes comme je savais si bien le faire. C’est un soir comme les autres, on se retrouve en gang pour jouer à Rockband, se battre avec des épées en mousse et rouler des dés à Donjons et Dragons. C’était plus le fun que de rouler des « bats ».

À un moment donné, Martin, le coordonnateur à l’époque, me demande « Pis ? As-tu pensé à ton choix pour le cégep? » et je lui dis que non. Je flotte dans un vide. Un vide qui ne m’angoisse pas, puisque je n’en avais pas encore saisi la nature. Il renchérit : « Je te verrais comme technicien en loisir! » Je trouvais ça cool. Je voyais les employés de La Butte nous faire vivre des aventures qui aujourd’hui font partie de ce recueil qu’est ma vie. Malheureusement, ce serait vous mentir si je vous disais que j’avais choisi ce chemin à la manière d’un film hollywoodien. J’ai erré au cégep pendant quelques années. Même si je n’avais plus l’âge d’y aller, j’y allais l’hiver pour attacher mes patins ou juste pour dire coucou.

J’achevais ma troisième année de cégep et mon amie Geneviève m’a écrit : « Yo! La Butte engage pour cet été, viens porter ton CV. » Geneviève a obtenu son diplôme en même temps que moi et elle est allée faire la technique en loisir au Cégep du Vieux-Montréal. Par la suite, elle a été engagée à cette même Maison des jeunes où l’on s’était rencontrés et où nous avions grandi ensemble. Je tiens à mentionner que j’achevais ma troisième année en exploration théâtrale au Cégep de Saint-Hyacinthe. J’aurais préféré qu’elle m’achève avant que je l’achève. Je n’avais pas de motivation, je coulais mes cours, je n’avais pas d’emploi, j’étais endetté. La dure transition de l’adolescence au monde adulte. Ah! Pi pourquoi pas? Je suis allé porter mon CV. Martin m’appelle quelque temps après. Cette fois-ci, ce n’est pas pour me demander si je viens à la cabane à sucre vendredi. C’est pour m’offrir de passer une entrevue. On est en plein mois de mai. Ma première entrevue à vie. Je porte des gougounes et un short, mais au moins, j’ai une chemise blanche. Il y a des spots de sueur aux aisselles. Je vous assure que je n’étais pas stressé, mes glandes sudoripares sont juste vraiment performantes. Mais malgré tout, j’ai eu le poste.

À partir de ce moment, ma vie est allée pour le mieux. J’ai terminé mon cégep dans les deux années qui ont suivi. J’ai essayé mes auditions pour les écoles de théâtre, deux fois; sans succès. J’ai essayé l’université dans un programme de littérature. Sans succès et je m’excuse, cote Z. J’ai passé l’entrevue pour l’enseignement de l’art dramatique. Sans succès et je t’en veux un peu maintenant, cote Z. Alors, je me retrouve avec un DEC en exploration théâtrale et je suis frappé à nouveau par ce vide. Mais cette fois-ci, ce vide m’angoisse. C’était le manque d’objectif. Je ne m’étais jamais fixé de grand but dans la vie et je n’avais aucune formation qui me permettait d’avoir un sentiment d’accomplissement. Alors, je me retrouve à nouveau dans ce vide, toutefois âgé de 24 ans à ce moment.

La phrase de Martin me revient. Je pris la décision spontanée de retourner sur les bancs d’école, mais encore aujourd’hui, je ne le regrette pas. La motivation et la persévérance ne m’ont toujours pas abandonné. Je termine ma sixième année de cégep, mais la première en Techniques de gestion et d’intervention en loisir au Cégep du Vieux-Montréal. Une résolution qui me forge tous les jours et dont je ne regrette pas le choix.

J’ai été un bohème dans cette grande odyssée, mais chose certaine, La Butte s’est révélée un arrêt important lors de cette aventure et je n’ai pas hésité à y retourner. Comme le disait l’auteur Tim Minchin : « Ce n’est pas une course et profitez des petites choses brillantes qui se trouvent dans le coin de vos yeux. » C’est là que se retrouvent les belles histoires à raconter.

Guillaume Roy-Grondin

Intervenant

Maison des jeunes La Butte

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Claire
Claire
2 années

Wow! Quel belle histoire. Merci Guillaume.