Au-delà du basketball

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Par Frank Rodi
Au-delà du basketball
L’événement Wheel Rise, organisé par Léony Boudreau afin d’améliorer la sensibilisation pour les sports paralympiques. (Photo : courtoisie)

Léony Boudreau

S’échelonnant sur trois années, le passage aux États-Unis de la Julievilloise Léony Boudreau, à l’Université Purdue, à West Lafayette en Indiana, lui aura permis d’aller bien au-delà du basketball. Entrevue.

Propos recueillis par Frank Jr Rodi

Les Versants : Que retenez-vous de votre séjour à l’Université Purdue?

Léony Boudreau : Je retiens beaucoup de belles expériences. Je crois que la chose principale est que j’ai découvert mon purpose [traduction : mon but, ma mission] au-delà du basket. Je crois que chaque athlète pratique son sport pour quelque chose de plus grand que soi-même. J’ai eu la chance de développer et même de pratiquer ce que je voulais faire après le basket tout en jouant le sport que j’adore avec des gens extraordinaires. J’ai aussi découvert l’importance de m’entourer de gens qui vont te challenger à atteindre ton plein potentiel. Ce n’était certainement pas une expérience toujours facile, mais je crois que c’est ce qui fait la beauté de l’expérience.

Les Versants : Comment se sont passées vos études?

L.B. : Mes études se sont très bien passées. Il ne me reste qu’un semestre avant de graduer avec un bac en ingénierie biomédicale avec des mineures en psychologie (Critical Disabilities Studies et en Innovation and Transformational Change). J’obtiendrai aussi un certificat en entrepreneuriat et innovation. J’ai acquis des outils qui vont certainement m’être utiles durant ma carrière.

« Ma famille m’a toujours aidée à donner mon maximum dans tout ce que je faisais. Je l’ai réalisé plus tard en continuant de pratiquer les valeurs que mes parents m’ont enseignées. » – Léony Boudreau

Les Versants : Pourquoi l’ingénierie biomédicale?

L.B. : Au début, je ne savais pas si je voulais être docteure ou ingénieure. Je voulais avoir le côté humain de la médecine et j’aimais aussi les mathématiques et les problèmes de physique. L’ingénierie biomédicale semblait pour moi le meilleur entre-deux. Un peu plus tard, j’ai découvert que je pouvais aussi combiner le sport à ma carrière en concevant des prothèses et de l’équipement pour les athlètes paralympiques. Je savais alors que j’avais fait le bon choix.

Les Versants : Avez-vous vécu cette expérience américaine telle que vous l’aviez imaginée avant de quitter la maison?

L.B. : Je crois que mon expérience américaine était encore plus complète que ce que j’avais imaginé. Je voulais être mise au défi sur les plans scolaire et athlétique, mais je n’avais pas anticipé initier plusieurs projets et vraiment découvrir ce que je voulais faire plus tard.

Les Versants : Parlez-moi de l’événement Wheel Rise… une initiative à vous?

L.B. : Oui, après avoir rencontré l’ancienne capitaine de l’Équipe nationale américaine de basket en fauteuil roulant, j’étais déterminée à initier un événement à Purdue pour sensibiliser les gens à propos des sports paralympiques. Avec le soutien de l’université, du Département d’ingénierie et de Purdue Athletics, c’est devenu encore plus grand que je ne l’avais imaginé. Nous avons organisé une partie de basket en fauteuil roulant avec des athlètes des équipes nationales canadienne et américaine. Plusieurs avaient reçu des médailles aux Jeux paralympiques. Nous avons aussi démontré la recherche en ingénierie dans ce milieu et les étudiants-athlètes de plusieurs sports ont essayé de jouer dans les chaises roulantes durant la demie, ce qui était un des highlights de l’événement. Nous avons eu beaucoup de plaisir et avec les commentaires que j’ai reçus après. Je savais que c’était le premier événement d’une série d’autres (https://engineering.purdue.edu/wheelrise).

Les Versants : Pourquoi c’était important pour vous de fonder l’organisme RIISE?

L.B. : J’ai été inspirée par la portée et le mouvement que Wheel Rise a eus pour les gens qui étaient présents et pour tous ceux qui l’ont vu sur les réseaux sociaux. Je sais que le potentiel d’un événement comme Wheel Rise est exponentiel. Je voulais m’assurer que nous continuerions à promouvoir l’excellence des athlètes paralympiques tout en encourageant d’autres étudiants et mentors à initier d’autres projets au croisement entre l’inclusion, les sports et l’ingénierie. Ma première étape était de rassembler une équipe d’étudiants et de conseillers avec cette mission en tête; je suis fière du travail que nous avons accompli ensemble. J’espère que notre mission va continuer de grandir chaque année et même d’initier d’autres écoles et organisations à suivre la trace de RIISE.

Les Versants : Dans la vidéo “Meet Léony Boudreau” (en ligne sur le site de l’université), vous dites entre autres que « mon but dans la vie, c’est d’aider les gens à accomplir leur plein potentiel. Soit en les inspirant à réaliser ce dont ils sont capables, soit en leur donnant les outils nécessaires pour accomplir ce dont ils sont capables ». Est-ce un aspect de votre personnalité que vous avez développé à l’université?

L.B. : Je crois que ce but s’est développé au cours des années. Ma famille m’a toujours aidée à donner mon maximum dans tout ce que je faisais. Je l’ai réalisé plus tard en continuant de pratiquer les valeurs que mes parents m’ont enseignées. C’est devenu une loupe qui me motive chaque jour de continuer de me développer et de faire en sorte que les gens autour de moi aient les outils nécessaires pour faire de même. En continuant d’avoir cet état d’esprit, ce but s’est traduit rapidement à mes aspirations de carrière.

Les Versants : Comment avez-vous vécu les derniers mois avec la COVID?

L.B. : J’ai eu la chance de retourner au Québec et de passer du temps avec ma famille de mars à septembre. Je crois que je n’avais pas passé autant de temps avec ma famille depuis l’âge de 14 ans, alors j’ai chéri chaque moment. Je suis revenue en Indiana parce que j’étais inscrite pour des cours en personne et pour être aux entraînements puisque nous prévoyons déjà avoir une saison. Ici, les restaurants sont encore ouverts, tout le monde porte un masque sur le campus et les athlètes sont très choyés puisqu’ils se font tester chaque jour en saison.

Les Versants : Quelle est la suite pour Léony Boudreau?

L.B. : J’applique pour une maîtrise et des bourses pour poursuivre mes études en ingénierie avec un focus en entrepreneuriat. Il y a quelques semaines, j’ai été nommée finaliste pour le Rhodes Scholarship, à Oxford University, mais je n’ai pas passé la dernière ronde d’entrevues. J’approche d’autres universités, au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour voyager un peu quelques années en espérant revenir au Canada pour appliquer ce que j’ai appris. J’envisage de commencer une entreprise visant à centraliser les services nécessaires pour offrir aux athlètes paralympiques les outils pour qu’ils pratiquent leurs sports à leur plein potentiel. Après avoir parlé à plusieurs d’entre eux, il y a un écart important entre les différents professionnels (ingénieurs, physiothérapeutes, psychologues sportifs et autres professions) pour assurer que l’information est bien transmise et que chaque athlète a accès à ce dont il a besoin pour performer et vivre à son plein potentiel. J’espère établir un réseau de professionnels pour répondre à leurs besoins tout en utilisant la technologie d’aujourd’hui pour innover et modéliser de meilleures prothèses et de l’équipement.

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