Arrêter; oui, mais…

Arrêter; oui, mais…
La Maison des jeunes La Butte s’invite dans la campagne électorale. (Photo : archives)

Chronique jeunesse

Il y a dans la population du Québec un nombre incalculable de personnes vivant avec une dépendance.

Une collaboration de Sabine Boisvert-Garceau
Étudiante en Techniques d’éducation spécialisées, Cégep de Granby

Que ce soit l’alcool, la cigarette, l’Internet, l’entraînement excessif ou simplement le café du matin; presque tout le monde y passe. Nous avons pourtant tous déjà entendu parler des effets néfastes des différentes dépendances sur notre système. Quel est donc alors ce phénomène qui nous empêche d’arrêter ces comportements potentiellement dangereux? Voici une réponse à cette question.

Tout d’abord, il est important de comprendre qu’il y a deux types de dépendances. La première est la plus connue; la dépendance physique. C’est lorsque notre corps réclame l’objet de notre dépendance lorsqu’il n’a pas été consommé depuis un temps. L’image populaire de la personne en manque d’héroïne qui vomit et a des convulsions démontre bien ce type de dépendance, qui peut résulter d’un sevrage violent. Il y a toutefois un autre type de dépendance, plus insidieux encore; la dépendance psychologique. Celle-ci, nous la connaissons bien, malgré nous; c’est le « craving », cette sensation que l’objet de notre dépendance est essentiel, ce désir d’en consommer de nouveau dès que nous n’en avons plus, ce malaise, cette angoisse qui nous envahit lorsque nous n’avons pas accès à notre consommation habituelle. Que ressentez-vous si vous oubliez votre téléphone à la maison avant de partir au travail? Comment vous sentez-vous si vous vous réveillez un matin et que vous réalisez que vous avez oublié de racheter du café? Il est possible que vous commenciez à avoir mal à la tête, des sueurs, des émotions qui se bousculent ou autre; ce n’est pourtant pas un sevrage physique, mais bien votre cerveau qui vous joue des tours.

Pourquoi notre cerveau agit-il ainsi?

C’est une question de chimie, de récompense et de plusieurs cercles vicieux. À la simple pensée d’avoir accès à l’objet de convoitise, notre système nerveux va sécréter de la dopamine et de la sérotonine, les hormones responsables du plaisir et du contrôle de l’humeur, nous rendant soudainement heureux. Lorsqu’on consomme finalement l’objet de notre dépendance (ingéré ou temps passé avec), il y a une nouvelle libération de dopamine et de sérotonine, mais également de glutamate, qui lui est un excitateur majeur. À ce moment vient la récompense, le « trip », le plaisir relié à la consommation. Sauf que dès que nous arrêtons la consommation ou que le « trip » diminue, vient ce que l’on appelle le « down », qui est dû à la diminution de dopamine dans notre système. C’est à ce moment qu’on a envie de recommencer. Le problème, c’est qu’avec le temps, notre système ne sécrète naturellement plus assez de dopamine; nous avons donc continuellement l’impression d’avoir besoin de notre dépendance pour être heureux. D’autant plus que plus on consomme d’une substance, plus ça nous en prend pour ressentir le même effet.

Il y a aussi un autre facteur qui entre en ligne de compte et crée un nouveau cercle vicieux; c’est ce qu’on appelle le cycle de l’assuétude.

Il faut d’abord savoir que la dépendance est seulement un symptôme, un comportement visible. La réalité, c’est qu’elle comporte toujours plusieurs éléments sous-jacents. Ceux-ci vont être les éléments déclencheurs, ou encore ceux qui vont accentuer le phénomène. On parle ici d’ennui, d’une faible estime de soi, de problèmes personnels, de besoins non comblés, d’une enfance difficile… Ce sont tous ces éléments sous-jacents qui font qu’une personne sera plus ou moins à risque de développer ou de conserver une dépendance.

Un cycle démarre alors : les éléments qui constituent nos problèmes de vie nous emmènent plusieurs émotions négatives; angoisse, culpabilité, stress, peurs… Nous cherchons alors à trouver des solutions pour atténuer la souffrance, pour être en mesure de mieux vivre avec. C’est à ce moment que l’on consomme; ça nous offre un soulagement temporaire. Toutefois, à la suite de cette consommation, vient généralement une insatisfaction et de la culpabilité; nos problèmes sont toujours là. Ainsi, le cycle recommence.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi il est si difficile de se sortir d’une dépendance. C’est autant une question physiologique qu’une question psychologique. Toutefois, ce n’est pas impossible, la solution réside dans notre motivation à diminuer ou arrêter, ajouté à notre capacité à chercher des ressources et à développer des alternatives. Il y a donc de l’espoir. Seulement, celui-ci doit venir de l’intérieur de nous, avec une motivation qui nous est propre. Rien ne sert donc de forcer la chose chez un proche; la volonté de changer doit venir de lui-même.

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