Après son commandement, il rentre à Saint-Basile

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Par Frédéric Khalkhal
Après son commandement, il rentre à Saint-Basile
Brigadier général, commandant de la 2 division du Canada et des Forces opérationnelles interarmées Est. (Photo : courtoisie)

En août 2019, la brigadière générale, commandante de la 2e division du Canada et des Forces opérationnelles interarmées Est, Jennie Carignan, cédait son poste à Gervais Carpentier. Le nouveau commandant à la tête de quelque 13 000 soldats de l’Armée de terre au Québec habite Saint-Basile-le-Grand. Le journal est allé le rencontrer à son quartier général.

 

C’était un rêve d’enfant un jour d’être général dans l’armée canadienne?

Pas du tout. C’est arrivé par intérêt à travers les nombreuses expériences que j’ai eues dans les Forces armées canadiennes. J’ai commencé avec le Collège militaire Royal à Saint-Jean-sur-Richelieu. Mon grand frère était au collège et lui, il est allé dans la marine. Je suis un peu plus jeune que lui et je le voyais en train de faire ses études collégiales, universitaires, toujours avec cet esprit d’équipe, faisant du sport, il jouait dans l’équipe de hockey, et ça m’a interpellé. Étant son frère, nous avons des affinités, des intérêts similaires. Après ça, j’ai décidé de joindre les Forces. Ma carrière a commencé comme cela.

À quel âge avez-vous intégré les forces armées?

J’ai joint les Forces en 1987 à l’âge de 17 ans, le but étant de faire mes études collégiales et universitaires. J’y ai d’ailleurs terminé un baccalauréat en administration et à 22 ans, j’ai commencé ma carrière d’officier. Quand on grossit les rangs des Forces armées comme officier, on est un cadre, on a un rôle de leadership , donc on a besoin d’études universitaires et ces études, souvent, vont être associées à notre métier militaire. Moi, je suis un officier d’infanterie et dans tous mes rôles, mes études m’ont donné des qualifications, des connaissances, un esprit critique qui sont nécessaires dans cet emploi.

Vous avez toujours habité à Saint-Basile-le-Grand?

Non. Je suis un gars de la rive nord de Montréal. Après être entré dans les Forces, j’ai commencé à me promener. Ontario, la ville de Québec… Je suis à Saint-Basile-le-Grand depuis trois ans.

Avant d’occuper votre poste actuel, que faisiez-vous?

Avant, j’étais le commandant du Collège militaire à Saint-Jean. En 1995, il y a eu des coupes partout au sein du gouvernement fédéral, dont au sein du ministère de la Défense. Dans les décisions difficiles que la défense a dû prendre, il y en a une qui a été de fermer le Collège militaire. En 2007, cela a rouvert pour deux années et depuis quelques années, on a repris notre mission d’offrir des études universitaires. En mai 2021, il y aura la première cohorte d’étudiants qui vont obtenir leur diplôme dans un programme en études internationales. Je suis bien fier de ce nouveau mandat-là pour le Collège militaire. Il y a là la possibilité pour les Québécois, les Canadiens français d’avoir leurs études ici au Québec. C’est aussi une superbe opportunité pour les anglophones de partout à travers le Canada de venir ici et de faire des études pour mieux connaître le Québec.

Ce mélange entre francophones et anglophones dans l’armée, c’est quelque chose qui est recherché?

Oui. Comme institution, on représente nos valeurs canadiennes. Des valeurs des nations qui font partie de l’histoire du Canada comme les premières nations, les francophones et les anglophones.

La profession attire-t-elle encore principalement des hommes?

Nous travaillons à attirer plus de femmes pour des raisons évidentes. La moitié de la population est constituée de femmes. On a besoin d’avoir des femmes dans les Forces armées canadiennes, cela nous permet de mieux représenter notre pays, puis nos valeurs. On me faisait remarquer dernièrement qu’une étude des Nations Unies a démontré que lorsqu’il y a une meilleure représentativité de femmes dans une organisation, dans les états-majors, les missions ont plus de chance de succès. Cela montre l’importance d‘avoir une diversité d’esprit. On est ouverts, on est réceptifs, on est là pour défendre les valeurs canadiennes. Donc, que ce soit les orientations sexuelles, le genre ou les origines ethniques, cela n’a pas d’importance si on a le goût de relever des défis et de bien représenter notre pays. Tout le monde est bienvenu au sein des Forces armées canadiennes.

Vous remplacez la générale Carignan, d’ailleurs. Dans quel état avez-vous trouvé le siège que vous occupez aujourd’hui?

En excellente posture. C’est une leader incroyable. Un exemple pour les femmes, pour toutes nos leaders dans les Forces armées. La générale Carignan était à mon poste un an, moi j’y serai sûrement autour de deux ans, c’est la durée habituelle. On arrive ici avec le bagage d’expérience que les Forces armées nous ont donné, avec nos atouts, mais à travers les années et les changements de commandement, il semble que l’excellence dans les opérations continue. Cela inclut les équipes et les gens qui travaillent ici, qui n’ont peut-être pas le poste que j’ai, mais c’est grâce à leur travail au quotidien, leur éthique, leur professionnalisme qu’on est capables de faire tout ce qu’on nous demande. De l’été 2018 jusqu’à l’automne 2019, les gens de la deuxième division étaient en haute disponibilité opérationnelle. Nous avions plus de 2000 personnes à l’étranger en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique sur diverses missions. Nous avons eu également les inondations au printemps dernier, où 1500 personnes ont été déployées. C’est le genre de tâche que nous faisons. Un peu comme les pompiers, lorsqu’il y a une crise au Canada et que les autorités locales demandent l’aide de l’armée, on est bien fiers d’y aller.

L’armée attire-t-elle encore beaucoup les jeunes?

Notre recrutement va bien. La nouvelle Politique de défense a demandé aux Forces canadiennes d’augmenter les effectifs de 68 000 à 71 500. Il y a également une croissance des effectifs pour les forces de la réserve. Oui, il faut faire du recrutement, mais il faut aussi retenir notre monde. En général, le recrutement va bien et on est en mode de croissance. Faire carrière dans les forces, c’est une formation continue si on veut progresser. La moitié des troupes au Québec sont des réservistes. Ils ont des carrières dans des entreprises privées, et ils décident dans leur temps libre de passer du temps avec les Forces armées canadiennes. Pour nous, c’est une opportunité incroyable. Ce sont des gens qui nous apportent un autre type de connaissances au sein des Forces. Et si on a des déploiements soutenus, cela nous permet d’avoir plus de gens sur qui compter. C’est un autre aspect des Forces armées canadiennes. Ce sont de très beaux liens avec la communauté.

Quelles sont les missions que vous avez faites ?

Bosnie-Herzégovine, Croatie au début des années 90, deux missions des Nations Unies, il y a eu aussi en Haïti en 1997, pour assister les autorités civiles afin de rétablir la sécurité au sein de la population. Deux missions en Afghanistan. Une autre expérience que j’ai eue aussi à l’étranger est celle de servir au quartier général de l’OTAN à Naples en Italie, pendant deux ans, avec 18 des 29 nations membres, 28 à l’époque, qui étaient représentées au sein du quartier général.

Qu’est-ce que vous avez retiré de toutes ces expériences?

On est chanceux de vivre au Canada. Parfois, lorsqu’on se regarde, on se désole, mais quand on se compare, on se console. Il faut réaliser qu’on est chanceux de vivre au Canada, mais je pense aussi qu’il faut réaliser qu’on a les capacités et les ressources qui peuvent nous permettre d’aider certains pays qui ont besoin de notre assistance.

Aujourd’hui, vous êtes à la tête de combien de troupes?

Il y a 13 000 hommes et femmes, de l’armée de terre au Québec. J’ai aussi, au quartier général ici, la force opérationnelle interarmées qui est à notre disposition pour intervenir. Il s’agit d’une force qui est mise sur pied lors d’opérations nationales, par exemple lors des inondations printanières en 2019.

Que font ces troupes lorsqu’elles ne sont pas déployées?

Premièrement, on a des infrastructures à entretenir. La gestion, l’administration de ces troupes-là qui doivent être prêtes à être déployées sur court préavis. Il faut un soutien nécessaire pour les troupes aussi qu’on déploie. Comme on opère dans des environnements complexes qui nécessitent beaucoup de connaissances, il faut de la formation, comme nous l’avons déjà dit. Il faut de la formation et de l’entraînement continus. Un entraînement collectif pour être prêts à agir collectivement et aussi de la formation individuelle. Aussi, tous les véhicules que nous avons ont besoin de techniciens hautement qualifiés pour maintenir ça. Il y a aussi un aspect logistique des équipes qui doit être mis en place pour être certains que les troupes aient tout à temps. Il y a beaucoup de travail qui n’est pas toujours facile à concevoir. Il faut être prêts quand l’appel arrive.

Qu’est-ce que ça vous apporte d’être à votre place?

Une immense fierté, mais aussi beaucoup d’humilité quand je réalise tous les sacrifices et le travail que les gens font au sein de l’organisation. Il y a des gens qui donnent leur vie pour la nation dans le cadre des missions qui nous sont attribuées. Quand on entraîne et quand on déploie les forces dans une mission, on pense à tout cela. Ça nous donne de la rigueur dans le travail qui doit être fait. Il faut bien identifier les priorités et mettre les efforts à la bonne place pour faire la différence.

Qu’est-ce que vous en retirez, vous, de tous vos efforts?

Ça représente des sacrifices, c’est certain, mais ce sont de belles expériences qui nous motivent. J’ai une famille, j’ai une épouse avec une carrière aussi. J’ai deux enfants, un ado et un préado. On réussit à vivre de belles expériences avec ma carrière. On ne serait pas capables de le faire si ce n’était pas en famille. On a vécu en Europe, à Québec, à Gatineau et là, on a la chance de demeurer en Montérégie. Ma femme vient des Cantons-de-l’Est, moi, je viens de la rive nord. C’est la première fois qu’on a la chance de ne pas être trop loin de nos parents, de notre famille. Vivre différentes expériences, c’est une des forces de ceux qui travaillent pour les Forces armées.

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