Voir la mort venir

Jonathan Bussière

En novembre dernier, Jonathan Bussière a reçu une nouvelle de mauvais augure. Le Grandbasilois a accepté de la partager avec nous. Témoignage.

Jonathan Bussière ne va pas bien. Il ne se sentait pas bien non plus l’automne dernier, ce qui l’a mené à l’hôpital pour y passer des tests. « Je ne feelais pas, tout simplement. Je pensais que je faisais une grosse sinusite. J’avais des problèmes respiratoires… », raconte Jonathan Bussière.
À la suite de ses examens médicaux, Jonathan a reçu le diagnostic du médecin. Le genre de diagnostic que personne ne veut entendre. Le jeune homme de 40 ans est atteint d’un cancer aux poumons à petites cellules de stade étendu (stade 4). Le mal s’est propagé à plusieurs endroits, avec des métastases jusqu’à son cerveau. « J’ai reçu un coup de pelle en pleine face. En novembre, on m’a dit qu’il me restait un an à vivre. Mon monde a basculé complètement. Depuis, j’ai aménagé chez mes parents, je n’avais pas le choix. J’ai plusieurs rendez-vous médicaux, certains pour des traitements, d’autres pour des rencontres. Je vis au jour le jour. Ce que j’essaie de faire, c’est de me garder autonome le plus longtemps possible. De vivre ce qu’il y a de positif à vivre. »

Projets

Quand on lui demande comment on réagit en apprenant une telle nouvelle, celui qui s’est impliqué auprès des jeunes indique qu’il est passé par toute la gamme des émotions. « Le plus difficile, c’est que je ne peux plus faire de projets. C’est dommage pour ça », mentionne-t-il dans un sanglot.

« En novembre, on m’a dit qu’il me restait un an à vivre. » – Jonathan Bussière

C’est aussi en évoquant le mot « projets », l’été dernier, que Jean-Marc Lanctôt s’était mis à pleurer. Il ne lui restait alors que quelques semaines à vivre et il avait rencontré notre journaliste.

« Laisser aller »

En entrevue virtuelle, Jonathan confie qu’il ne veut pas se battre contre le cancer, qu’il ne souhaite pas mener un combat, ni voyager à l’étranger pour trouver un traitement expérimental. Il compte plutôt « laisser aller » les choses et demeurer positif. « Je suis très zen avec tout ça. C’est étrange. Ça m’étonne. » Puis il ajoute : « Je me suis toujours dit, l’important, c’est qu’à la fin, mon bilan de vie soit bon. Depuis que j’ai annoncé que j’avais un cancer, je reçois des messages positifs de partout. C’est beaucoup d’amour. Je me considère chanceux de recevoir tous ces témoignages de mon vivant. C’est rare. Je suis bien entouré. Je constate que je m’en sors plutôt bien et que je dois avoir un bon bilan de vie, finalement. Je pense que c’est pour cette raison que je regarde ça de façon zen. »

La suite

Maintenant, que compte-t-il réaliser avant la fin? À cette question, Jonathan Bussière souligne que ce sera simple, mais que la COVID-19 compliquera tout. « Je veux seulement rencontrer mon monde, les gens importants pour moi. Profiter au maximum du temps qu’il me reste avec ceux qui m’entourent. »

Campagne de financement

À la suite de l’annonce du cancer de Jonathan, Marc-André Bazergui, un ami, a lancé une campagne de financement pour lui venir en aide. La campagne « Jonathan Bussière Une Tonne d’Amour » sur GoFundMe (en référence à l’exposition de LEGO Une tonne de briques que le Grandbasilois organisait) a permis de récolter jusqu’à maintenant plus de 4700 $ sur un objectif de départ de 2000 $. Avec la somme recueillie, il souhaite acquérir un quadriporteur afin de se déplacer plus aisément dans Saint-Basile, ce printemps et cet été, pour rencontrer des amis. « Ça fait partie des choses dont j’aurai besoin. J’en profite pour remercier tous ceux qui ont déjà contribué à la campagne. »

Il remercie aussi ses parents, qui l’ont accueilli à la maison dès le début. « Ils font un job merveilleux avec moi. Ils sont merveilleux! » Il reçoit aussi beaucoup d’amour de ses frères, qui ne peuvent le visiter à la maison en raison de son système immunitaire fragilisé. « Pour chacun d’entre nous, dans la famille, on assume la situation, on la vit comme on peut. Chacun à notre manière, on a encaissé le coup. Ç’a beau faire quelques mois déjà, c’est un choc tous les jours », poursuit-il.

Un mot de Jean-François Roberge

Le député de Chambly, Jean-François Roberge, a pris la parole au Salon bleu le 4 février. « Aujourd’hui, je veux vous parler d’un citoyen de ma circonscription très apprécié de la communauté, Jonathan Bussière. M. Bussière est très impliqué auprès de la population depuis de nombreuses années. Il a su transmettre sa passion pour les LEGO, notamment avec l’organisme qu’il a dirigé, Brickomaniacs. Avec son père et d’autres membres de sa famille, il a créé des événements régionaux très populaires. […] M. Bussière mène actuellement le combat de sa vie contre la maladie. Je tiens à lui adresser mes plus sincères vœux de courage. Nous sommes avec toi, Jonathan. Courage, et merci pour tout ce que tu as fait dans le comté », déclare celui qui est aussi ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. « Son message est très apprécié. Je ne m’attendais pas à ça. C’est un beau geste de sa part et j’ai trouvé cela touchant, commente le principal intéressé. Depuis qu’il est député, M. Roberge a toujours soutenu mes projets et nos expositions. Son message, c’est une continuation de tout ce qu’il a fait avec nous. »

Jonathan Bussière ne s’est pas contenté seulement d’organiser des expositions avec le club Brickomaniacs. Pendant plusieurs années, il a été responsable du Grand salon du passe-temps. Les profits engendrés par l’activité retournaient à la jeunesse grandbasiloise.

Approché par le Journal de Saint-Basile, le directeur de la Maison des jeunes La Butte, Martin Renaud, s’est confié : « Concernant Jonathan, c’est une histoire très triste. Ça me fait beaucoup de peine. Je le connais bien, depuis le secondaire. J’essaie de prendre régulièrement des nouvelles de lui, mais c’est difficile, il est très fatigué. Cette situation ébranle bien des gens. »

C’est d’ailleurs à La Butte que notre journaliste a rencontré pour la première fois Jonathan et Martin Renaud. C’était il y a près de 15 ans, pour un projet d’agrandissement du local de la Maison des jeunes. Ce projet d’agrandissement, il n’a toujours pas été réalisé. « Ce projet d’agrandissement, je le souhaite encore. Je ne vais peut-être pas le voir de mon vivant, mais le besoin pour les jeunes est là. La mission de cet organisme est géniale. J’ai vu des jeunes s’épanouir pendant les 20 ans que je m’y suis impliqué. »

Aide médicale à mourir

À un moment durant l’entrevue, il a été question de savoir si son état pouvait s’améliorer. « Je ne crois pas. À la manière dont les médecins me parlent, à l’Halloween, je suis un fantôme! D’après moi, je ne suis plus là à l’Halloween. Au-delà de cette date, si j’ai une certaine qualité de vie, tant mieux. Mais je ne m’acharnerai pas médicalement pour étirer ma vie. Si je n’ai plus de qualité de vie, je risque d’être un candidat pour l’aide médicale à mourir. Étirer mes souffrances, ça ne m’intéresse pas. »

QUESTION AUX LECTEURS :

Comment avez-vous connu Jonathan Bussière?