Une tique pas prise au sérieux
En immersion… la maladie de Lyme
Il y a un peu plus d’un mois et demi, à la suite d’une courte visite dans le boisé des Hirondelles à Saint-Bruno, je me suis fait piquer par une tique. Le genre de tique qui se dit porteuse de la maladie de Lyme. J’ai donc testé, bien malgré moi, le système de santé.
Ce n’est que le lendemain matin que j’ai découvert cette tique littéralement agrippée à mon abdomen. Pourtant, ma visite dans le boisé n’avait duré qu’une vingtaine de minutes, tout au plus. Le temps de prendre une photo et de poser quelques questions aux gens qui m’accompagnaient, notamment le maire Martin Murray et la conseillère municipale Marilou Alarie.
À la vue de cette tique cramponnée, l’amateur de science-fiction en moi a fait un lien avec Sigourney Weaver et la série de films Alien. Trêve de plaisanterie, j’ai aussi tout de suite su de quoi il s’agissait. J’ai pensé : maladie de Lyme. Grâce aux textes, aux photos et aux communiqués de Santé Montérégie que nous avions publiés dans nos pages au cours des dernières années, j’ai su immédiatement à quoi j’étais confronté. Toutefois, j’ai eu une certaine crainte, car j’avais aussi une petite idée des symptômes et des risques encourus si aucune précaution n’était entamée.
En essayant d’enlever la bestiole avec mes doigts, celle-ci ne bougeait pas. En fait, oui, elle bougeait, mais uniquement ses minuscules pattes, puisque je la dérangeais alors qu’elle était occupée dans mon intérieur. Elle restait accrochée à moi et se délectait, tel un vampire. C’est à l’aide d’une pince à sourcils que j’ai réussi à la retirer complètement. Je l’ai mise dans un bocal à pilules vide. Elle était toujours vivante. Elle grimpait dans le pot pour en sortir. Je vous le dis : une véritable créature de science-fiction! Et pourtant, celle-ci réside dans nos forêts…
Comment la tique pique-t-elle?
À la différence du moustique qui pique rapidement, disons en quelques secondes, la tique est plus patiente et prend son temps. Elle reste agrippée sur son hôte de trois à cinq jours pour se sustenter. Cette bestiole mord la peau, force une ouverture et y enfonce son rostre. Le procédé prend plusieurs heures et pour rendre la victime insensible à cette attaque, la tique utilise un anesthésiant.
Je ne suis pas ici pour vous faire un cours de sciences, mais disons seulement qu’après quelques heures de creusage dans la peau, le « vampire » atteint un petit vaisseau sanguin et y aspire le sang. Cette mécanique peut durer plusieurs jours. Par contre, si une tique est découverte et enlevée 24 heures après s’être cramponnée à sa proie, il y a peu de risque qu’elle ait eu le temps d’infecter son hôte avec la bactérie Borrelia burgdorferi.
63
C’est le nombre de personnes qui ont contracté la maladie de Lyme au Québec en 2014, dont 86 % concentrés en Montérégie.
Disons tout de suite que j’ai été chanceux dans ma malchance. En effet, la tique peut passer inaperçue, puisqu’elle est minuscule – quelques millimètres – et qu’elle se loge habituellement dans des endroits difficiles d’accès du corps humain (derrière le genou, dans le bas du dos, dans l’aine, derrière la nuque, sous l’aisselle, dans le cuir chevelu). Accrochée ainsi à mon ventre, je ne pouvais pas la rater.
Pharmacienne
Ce matin-là, j’ai donc quitté la maison avec mon lunch et mon pot de pilules contenant la tique. En chemin, celle-ci continuait de bouger. Avant d’arriver au bureau, je suis allé voir une pharmacienne, qui m’a conseillé de consulter un médecin dans l’immédiat. Nous pourrions dire que c’est à ce moment-là que la véritable aventure s’est amorcée.
Cliniques
Je me suis présenté à l’accueil de deux cliniques entre 9 h 30 et 10 h pour essayer de rencontrer un médecin et faire analyser mon spécimen. Mais à deux reprises, je me suis fait dire que c’était déjà complet, de revenir le lendemain matin. À l’un des endroits, j’ai cru comprendre également que les spécialistes sur place n’avaient pas toutes les connaissances sur le sujet. C’est donc avec la mine déconfite que je me suis rendu à l’urgence de l’hôpital Pierre-Boucher, en sachant très bien ce qui m’attendait.
Par contre, je dois avouer que j’avais un mince espoir. Dans ma tête, la maladie de Lyme était une question de santé publique, une situation à ne pas négliger. D’ailleurs, selon les plus récentes statistiques, le nombre de cas de maladie de Lyme en Montérégie a presque doublé de 2014 à 2015. En 2014, 63 personnes ont contracté la maladie de Lyme au Québec, une augmentation par rapport aux 16 cas survenus en 2012. La Montérégie a concentré à elle seule 86 % des cas de 2014. D’ailleurs, le parc du Mont-Saint-Bruno, notamment, fait partie des secteurs endémiques de la maladie de Lyme au Québec.
Urgence
Je suis resté environ 12 heures à l’urgence. J’ai été appelé une seule fois, pour passer au triage B. Lorsque j’ai rencontré l’infirmière du triage, je lui ai demandé si je pouvais lui laisser la tique, pour l’analyser, pour savoir si elle était infectée par la bactérie, car ce ne sont pas toutes les tiques qui le sont. « Non, pas nécessaire », me suis-je fait répondre. Elle a pris ma température, ma pression. Et je suis retourné sur ma chaise à dérouler mon fil d’actualité Facebook et à regarder LCN sur l’écran de la salle. Vous raconter tout ce que j’ai entendu et tout ce que j’ai vu pendant ce passage aux urgences pourrait faire, à lui seul, l’objet d’un autre long papier. Croyez-moi! Pendant mon séjour à l’urgence, j’étais considéré un patient P-4. Grâce à un nouveau système, j’ai pu voir sur un autre type d’écran mon rang d’attente tout au long de la journée. Je suis passé du 25e au 8e rang, revenant parfois au 10e, au 12e et au 15e. À 22 h, les ambulances affluaient à l’urgence et mon rang ne cessait de prendre du recul. J’ai abandonné et je suis retourné à la maison. Avec ma bibitte.
Clinique privée
Une semaine plus tard, je suis allé visiter un médecin en clinique privée pour en avoir le cœur net. Mon rendez-vous était prévu à 10 h. À 10 h 15, j’étais de retour dans ma voiture. En santé. Je n’avais aucun symptôme et j’avais retiré la tique complètement de mon abdomen, y compris sa tête.
Quant à la tique, qui m’a suivi tout ce temps dans le pot de plastique, elle a été envoyée en laboratoire pour analyse. J’attends encore, à ce jour, les résultats pour savoir si elle était infectée.
Si vous souhaitez plus de détails sur la tique, la maladie de Lyme, les symptômes, les précautions à prendre… visitez ce lien : http://ici.radio-canada.ca/special/maladie-de-lyme/.
QUESTION AUX LECTEURS :
Êtes-vous bien informés sur les dangers de la maladie de Lyme?
