Entretien du maire sur la démission du directeur général : « Tout à fait surpris »
Après le directeur général, Sylvain Brouillette, Martin Murray nous a accordé un entretien, jeudi, pour répondre à nos questions.
Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la démission du directeur général?
Tout à fait surpris. Mercredi, vers 17 h 30, le directeur général (DG) a annoncé à l’ensemble des élus qu’il démissionnait.
On nous a indiqué que vous n’étiez pas resté jusqu’à la fin de son allocution…
Je suis resté jusqu’à la fin. Lorsque le DG a indiqué qu’il ne répondrait à aucune question, je me suis retiré en même temps que lui. Il nous a indiqué par la suite qu’il pouvait nous rencontrer. Je pense que les élus sont restés et ont discuté entre eux, incluant M. Fortier et Mme Bérubé. Je présume que j’ai quitté en même temps que lui.
Le courrier qu’il a lu aux élus à ce moment vous visait directement concernant les raisons de son départ. Êtes-vous en accord avec ce qui a été dit?
Je n’ai pas la même interprétation que M. Brouillette. On s’est toujours respectés. On va continuer à le faire. Tout ce que je peux vous dire, au moment où il a été embauché, c’est que je lui ai dit que compte tenu de la situation hautement problématique du conseil municipal, il serait bien que l’on travaille en collaboration très étroite pour que les dossiers soient acheminés correctement.
Est-ce bien ce que vous avez fait, travailler en étroite collaboration avec le DG?
Il y a eu un problème à cet égard, car il y a eu une période où je n’ai pas assisté aux pléniers. C’était tout à fait intenable. Donc, n’assistant pas aux pléniers, peut-être qu’il y a eu un certain glissement, tout simplement.
Un glissement de quel ordre?
C’est à dire que M. Brouillette a constaté que finalement, au sujet du plénier, il y a des choses qui se discutaient là et comme je n’étais pas présent… mais ce n’est pas une excuse. On aurait dû collaborer beaucoup plus étroitement que ce que l’on a fait. On se voyait, on se rencontrait toutes les semaines. Depuis le début de la pandémie par visioconférence. C’était toujours des discussions très franches, très honnêtes. On n’avait rien à se cacher mutuellement.
M. Brouillette a indiqué que vous outrepassiez votre rôle en allant voir des fonctionnaires dans son dos. Il vous l’aurait régulièrement signalé. C’était le cas?
Je ne me souviens pas d’être allé voir les fonctionnaires régulièrement. Je suis toujours passé par le directeur général. Cependant, c’est sûr que quand on préparait les ordres du jour avant les séances du conseil municipal, alors évidemment, je pouvais parler avec Mme Tousignant (greffière de Saint-Bruno) sur le contenu de l’ordre du jour. Si j’avais des questions au sujet de l’ordre du jour, j’appelais Mme Tousignant. C’est évident que si le DG est absent, si j’ai besoin d’information, je vais la demander à Mme Ménard ou je lui demande d’appeler un directeur. Cela ne se fait pas physiquement. Ce sont des choses tout à fait normales. Mais je ne me suis jamais immiscé dans les décisions administratives. C’est plus à titre d’information. L’article 52 de la loi sur les cités et villes dit que le maire a un droit de contrôle, de surveillance et d’investigation. Le maire a le droit d’avoir toute l’information et il a le droit de voir aussi toutes les demandes d’accès à l’information. Il délègue son pouvoir à la greffière pour gérer ces objets-là. Mais il y a certaines personnes qui ne le comprennent pas.
Comme le directeur général?
Ce n’est pas un blâme que je veux adresser. Avec M. Brouillette, c’est très cordial. C’est le directeur général comme d’autres personnes; cela peut-être les élus. Vous le voyez dans les journaux, quand il se passe quelque chose dans la ville, qui on interpelle? Le maire. Donc, il doit être au courant du dossier. Il faut que le maire soit informé. C’est sûr que j’ai beaucoup plus d’informations que les conseillers. C’est pour cela qu’entre le maire et le DG, il devrait y avoir une relation privilégiée. Je suis à temps plein et je touche à tous les dossiers.
Le directeur général ne comprend pas l’article 52, donc?
Ce n’est pas ça que je vous ai dit. Je dis qu’à mon niveau, je suis en droit de recevoir toute l’information que je demande. Il faudrait voir l’interprétation qu’on en fait de part et d’autre. On a eu une rencontre avec les gens du gouvernement, qui ont dit que le maire peut rencontrer qui il veut et quand il le veut sur n’importe quel sujet. Cependant, il ne prend pas de décision. La décision se prend en conseil municipal. Un conseil municipal n’a de pouvoir que lorsqu’il siège. Je peux aller voir un col bleu, mais un conseil municipal n’a pas le droit.
Mais avez-vous le droit de donner un ordre à un fonctionnaire?
Normalement, je passe par le directeur général. Sauf pour des éléments particuliers, comme je l’ai dit, par souci d’information. Jamais je n’ai dit à quiconque ‘’Tu vas faire telle chose’’. Mais pour avoir de l’information, oui, je peux en effet demander de l’information que j’envoie au DG.
Il y avait des problèmes de compréhension sur ce même point avec l’ancien directeur général. Pourquoi?
Je ne sais pas d’où ça vient. La dernière fois que je suis allé aux loisirs, je ne m’en rappelle pas. Au service technique, j’y suis allé plusieurs fois cet été pour aller chercher un permis. C’est très rare et quand j’y vais, c’est pour des questions d’information et normalement, quand j’y vais, le DG en est informé. Sauf pour des situations particulières, d’urgence et que le DG n’est pas là. J’aimerais bien que l’on me donne des exemples précis.
Depuis 2013, date de votre élection, est-il normal que la durée de vie d’un directeur général soit de deux ans environ, en moyenne?
Il faut regarder ailleurs. À Brossard, en l’espace d’un an, il y a eu trois DG qui sont passés. Du côté de Boucherville aussi, il y a eu des contestations avec le DG. C’est sûr qu’il y a des endroits où il y a une stabilité absolue. Regardez à La Prairie. Il y a eu un nouveau DG qui s’appelle Guy Hébert, et 15 mois plus tard, il s’en va. Pourquoi? Je ne sais pas. Dans son cas, à Montréal, cela n’a pas été facile. À Saint-Bruno, il est parti. C’était une décision de sa part. Cela n’a jamais été Martin Murray qui a fait en sorte que… On peut toujours me reprocher toutes sortes de choses, mais j’ai toujours été parlable. On peut entrer dans mon bureau et me parler, je n’ai aucun problème. Il y a une chose qui est importante, j’ai toujours travaillé pour ma communauté et je vais continuer à le faire. Je n’ai jamais travaillé dans un contexte de partisanerie. On est dans un contexte où l’on ne travaille pas nécessairement pour la collectivité. Moi, je suis au service de ma collectivité.
Sans prendre exemple sur d’autres villes, comment expliquer le passage de trois directeurs généraux en l’espace de sept ans sous votre mandat?
Entre 2006 et 2011, il y en a eu combien? J’ai eu de très bonnes relations avec Mme Hamelin. Elle est partie, car elle a eu des problèmes de santé et je respecte ça. On est en de très bons termes. Dans le cas de M. Hébert, on n’a pas eu de contact par la suite, car nous étions en arbitrage. Il a contesté la fin de son contrat et l’arbitre m’a donné raison. Je n’ai pas pu en parler au conseil municipal, car tout le monde s’est levé pour partir. On a eu une rencontre avec le DG. On va être en de bons termes et on va travailler ensemble. Ce qui est malheureux, c’est que l’on n’a pas pu travailler de façon aussi étroite que je le souhaitais pour toutes sortes de raison. Quand je serai plus vieux, j’écrirai un livre sur ça.
Mais cela ne peut pas être un peu de votre faute?
Ce n’est pas une question de faute, c’est un contexte qui est délétère. Vous avez parlé à l’ensemble des élus et vous avez vu la volée de bois vert qu’on m’a envoyée. Depuis janvier 2019, et encore plus fortement en février 2019, c’est l’enfer. Il y a un conseil municipal qui est dysfonctionnel et peu importe le DG, cela devient une situation kafkaïenne. On a passé un mois et demi sur le Plan triennal d’immobilisation (PTI). Cette semaine, on avait des amendements au PTI.
Mais est-ce que cela ne met pas le feu aux poudres, la décision de Mme Bérubé d’aller à l’encontre de ce qui est voté au conseil municipal concernant le complexe sportif? Et vous la souteniez dans sa décision.
Je vais défendre bec et ongles Mme Bérubé, parce que lorsqu’on est dans une commission de l’agglomération, on représente l’agglomération. Vous allez voir au mois de novembre, je vais le mettre à l’ordre du jour : consultation publique sur la localisation du complexe multisports. Fini les décisions en plénier et que l’on envoie ça à l’administration et que l’on fasse travailler l’administration. Cette année, au PTI, on en est à 115 millions. Imaginez-vous le nombre de projets sur lesquels on a fait travailler les fonctionnaires. Certains ne seront pas réalisés avant dix ans. Quel gaspillage d’énergie et de temps! C’est à ça que sert une relation très étroite du DG et du maire.
Vous me dites que vous voulez une consultation publique, mais c’est le conseil municipal qui va décider?
C’est parfait. Cela ne me pose pas de problème. Si l’on refuse de la faire aux yeux de tout le monde et que l’on explique les raisons pour lesquelles on est contre. Je vais respecter la décision du conseil municipal, car la Ville de Saint-Bruno n’ira pas en consultation publique, mais moi, en tant qu’individu, je vais peut-être me permettre de dire aux gens ‘’J’aimerais ça vous entendre’’. La démocratie est au-dessus de tout. Moi, je veux que la population se prononce.
N’êtes-vous pas jusqu’au-boutiste?
Non. Je suis pour la démocratie. Je vais pousser le dossier de la politique de consultation publique. Pour des projets structurants, il faut aller au-devant de la population.
Mais vous avez déjà fait une consultation publique?
Quand on a été élus, au moins de novembre 2017, c’était clair dans nos engagements électoraux et nous étions majoritaires. Deux élus ont décidé de changer de parti, mais ils ont été élus sur des engagements précis. Au printemps 2018, pendant deux mois et demi, on a fait une consultation publique. Je me suis fais interpellé comme du poisson pourri, mais la population était en accord. Consultation dans les premiers quatre ans avec la vision 2035. Puis on a eu des rencontres avec les citoyens qui nous ont dit qu’il n’y avait pas de problème, sauf le groupe de balle molle. Tout était là. On a fait une pétition, 1802 noms différents. Des gens qui demandent une consultation publique.
Qui était l’instigateur de cette pétition?
Le Parti montarvillois, je n’ai pas à m’en excuser. Mais qui a signé la pétition des joueurs de balle molle (NDLR : 2000 signatures)? C’était des élus. Mme Dion, Mme Alarie, M. Ludovic Grisé Farand et M. Boucher. C’est nous qui avons initié cette pétition, car nous sentions qu’il y avait de la grogne.
Je trouve malheureux que M. Brouillette quitte. Trois DG en sept ans aussi, je trouve ça malheureux. Mais que cela n’incomberait qu’au maire, moi, je vous dis non. Je pense que le climat vécu au conseil municipal est difficile, non seulement pour le DG, mais pour l’ensemble des employés de la Ville.
Pourquoi le DG vous cible-t-il?
Je n’en ai aucune idée. Peut-être que je suis une cible facile. Mais moi, je ne veux pas accuser M. Brouillette. Il serait assis à côté de moi, cela ne me dérangerait pas. Le maire a un rôle important à jouer au sein d’une municipalité. On m’a accusé souvent de manquer de leadership, comme le dit M. Bédard. Ça veut dire quoi, le leadership? Ça veut dire rencontrer un peu tout le monde et dire à tous quoi faire? Ça veut dire assumer son rôle auprès des élus? Ça, je veux bien auprès des élus. Le problème qu’on a en ce moment, c’est qu’on a six DG et six maires. C’est ça, le problème. Les conseillers doivent se regarder. Moi, je ne peux pas jouer mon rôle, car il y a un total irrespect à mon égard. Je vais prendre tous les moyens pour me faire respecter.
Ce n’est pas la première fois que vous dites ça. Qu’avez-vous fait jusqu’à présent pour vous faire respecter?
J’en ai pris pleinement conscience il y a quelques semaines, avec la cinquantaine d’élus concernant les comités pléniers. En Ontario, c’est interdit. Ici, il n’y a aucune reconnaissance légale. Les municipalités peuvent agir comme bon leur semble. On pourrait appeler ça des caucus. Ceux qui pensent que je vais démissionner, qu’ils attachent leur tuque. Je ne démissionnerai pas, parce que ce serait donner raison à des personnes qui devraient se regarder et être au-dessus de ces choses-là afin de travailler pour la collectivité.
Le DG dit avoir pris sa décision au sujet du Paillasson. Il a indiqué qu’il n’avait pas apprécié la manière dont vous lui avez parlé…
Quand j’ai eu une rencontre avec M. Brouillette, on a eu une discussion sur le Paillasson et on a dit des choses sur lesquelles on s’est fait rabrouer. Cela fait deux ans que ce dossier-là traîne. Alors on s’est promenés pour trouver un autre terrain, mais cela coûterait plusieurs millions de dollars. C’est possible de construire du logement sur le terrain déjà identifié proche de la mairie. Il manque juste un petit bout de terrain. Et même avec le terrain qu’on a, on peut construire des unités de logements, mais cela ne sera pas du 5 1/2, ce sera du 3 1/2. Allons jusqu’au bout de ce premier choix.
Y a-t-il des liens entre le Parti montarvillois et le blog d’un citoyen de Saint-Bruno qui semble soutenir les combats que vous menez, comme l’a indiqué M. Brouillette?
Absolument pas. Le seul courriel qu’on a, c’est un courriel de M. Bédard. Moi, je n‘ai jamais été là-dedans d’aucune façon. M. Dubois est totalement libre d’écrire ce qu’il veut. Il n’y a aucune contribution financière de quelque nature que ce soit. Je ne vous dis pas qu’il n’y a pas des sympathisants ou certains de nos membres qui donnent cinq dollars par mois, je ne sais pas. En ce qui a trait au parti, ni moi, ni aucun des conseillers n’ont un rapport avec M. Dubois. Il reprend beaucoup de mes articles, que je publie sur les réseaux sociaux, comme tout le monde a droit de le faire. Je n’ai aucun problème avec ça.


