Taxi-ados, une initiative qui pourrait tuer une entreprise locale
Le service Taxi-ados que la Ville de Saint-Bruno espère mettre en place sous peu risque de faire mourir une des deux compagnies de taxis desservant le territoire.
C’est ce que prétend Raul Alexandro Poncé Jajan, associé de l’entreprise Taxi de la Montagne, qui s’est présenté à la dernière assemblée du conseil municipal pour faire part de ses craintes envers ce projet. M. Poncé Jajan a tout d’abord parlé des très fortes exigences contenues dans l’appel d’offres de la Ville de Saint-Bruno-de-Montarville. « Vous demandez une police de responsabilité civile et une police d’assurance automobile de 2 millions de dollars chacune? », a-t-il demandé en expliquant que son entreprise dispose de ces polices, mais pour le montant de 1 million chacune.
M. Poncé Jajan a du mal à comprendre que la Ville de Saint-Bruno veuille utiliser des entreprises privées pour offrir un service de transport en commun. « J’ai de grandes valeurs sociales, mais en quoi la Ville vient-elle fixer des règles au sein des compagnies de taxis privées? Pourquoi la Ville veut-elle nous mettre en compétition de cette manière? C’est certain que l’une de nos compagnies va mourir. »
Ce qui est inadmissible dans ce projet, selon l’homme d’affaires montarvillois, c’est que dans son appel d’offres, la Ville demande aux compagnies de taxis de suggérer un montant fixe pour tout déplacement qui sera effectué à l’intérieur et à l’extérieur du territoire. La Ville assumerait 50 % du montant et l’autre 50 % serait déboursé par les jeunes usagers. « Ils souhaitent que nous nous rendions jusqu’à Mont-Saint-Hilaire et même Chambly. Nous ne pouvons facturer le même montant pour tous les déplacements. Notre marge de profit actuelle est déjà très mince. »
Il poursuit en expliquant qu’un tel projet sera très nuisible pour son entreprise. « La plupart des clients que nous embarquons en soirée et pendant la nuit sont des adolescents. Nous perdrons cette clientèle si nous ne soumissionnons pas et si nous obtenons le contrat, nous voyagerons ces jeunes à nos frais, puisque les coûts réels de transport ne pourront être entièrement couverts par Taxi-ados. »
Raul Alexandro Poncé Jajan ne compte donc pas déposer une soumission pour le contrat tel qu’il est actuellement présenté. Le hic, c’est qu’il se doute que son concurrent, Taxi Union, dont les bureaux sont situés à Longueuil, va sans doute offrir ses services. « C’est une plus grosse entreprise qui a une plus grande marge de manœuvre que nous. » M. Alexandro Poncé Jajan croit que si cela se passe ainsi, il n’aura sans doute pas le choix de fermer les portes de son entreprise, qui a été fondée par ses parents en 1995. « La Ville va ainsi détruire une entreprise locale au profit d’une entreprise de Longueuil. C’est très malheureux. »
Le propriétaire de Taxi de la Montagne aimerait bien que Saint-Bruno revoie ce projet avant de le mettre à jour. « Déjà, si on nous permettait de facturer un peu plus pour les déplacements à l’extérieur de Saint-Basile-le-Grand et de Saint-Bruno, ce serait un peu plus raisonnable. »
Un projet calqué sur l’expérience de Sainte-Julie
De leur côté, les élus municipaux ont défendu Taxi-ados lors de la séance du conseil municipal en soutenant qu’un tel type de projet est en activité à Sainte-Julie depuis quelques années et que cela se passe très bien. « On s’est appuyés sur l’expérience de Sainte-Julie, elle est la mieux placée pour vous dire comment ça marche. Nous, on s’affiche dans un nouveau mode de transport. On a fait un appel d’offres, il suffit d’y répondre », a indiqué le maire Murray.
Raul Alexandro Poncé Jajan soutient que la situation est bien différente pour Sainte-Julie, puisqu’une seule compagnie de transport dessert ce territoire. « Ils n’ont pas mis deux entreprises en compétition et risqué d’en faire mourir une », conclut-il.



