Sur la voie de l’intégration

Réfugiés syriens à Saint-Bruno

La première famille syrienne à avoir fui la guerre et à être accueillie à Saint-Bruno-de-Montarville a accepté de raconter son périple au journal.
Jalal, un nom fictif afin de respecter l’anonymat demandé par l’Action communautaire pour les réfugiés de Saint-Bruno, qui a effectué les démarches pour accueillir Jalal et sa famille, est un homme grand, mince et à la bonne humeur communicative. Impossible de lire sur son front qu’il vient de quitter un pays en guerre. « Nous sommes arrivés le 14 janvier 2016 à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau. » Il donne la date de son arrivée en sol canadien sans aucune hésitation. Un moment désormais gravé dans sa mémoire et pas seulement parce qu’il s’agissait d’une des journées les plus froides de l’hiver.
Hagard à la suite d’un voyage de deux jours avec sa femme et ses enfants de 10 et 6 ans, il a voyagé à bord d’un avion de réfugiés pour atteindre le Québec. Il laisse derrière lui une guerre, débutée en 2012, qui lui a presque tout pris. « Pendant trois ans, j’ai essayé de rester debout et de continuer à vivre en Syrie. Quand j’ai perdu ma quincaillerie, qui a été pillée, j’ai trouvé un autre emploi, mais là aussi le magasin a été touché. En Syrie, en ce moment, c’est plus important d’avoir des biens matériels que de l’argent qui ne vaut plus rien. Alors, quand j’ai perdu mon magasin, j’ai tout perdu. »
Jalal et sa famille sont des chrétiens originaires d’Alep, un quartier contrôlé par les troupes de Bachar al-Assad. Malgré les difficultés, Jalal tentait de continuer à vivre auprès de ses proches, mais à Pâques l’année dernière, un événement majeur lui a fait changer d’avis. « Une énorme explosion a retenti à côté de notre appartement. Mes enfants étaient en crise, c’est à ce moment-là que je me suis dit que c’était assez ! » Mais comment faire pour quitter le pays dans un endroit où les ambassades sont fermées, où les routes sont détruites, où les milices et les gangs de rue se forment pour profiter du chaos?

« Une énorme explosion a retenti à côté de notre appartement. Mes enfants étaient en crise, c’est à ce moment-là que je me suis dit que c’était assez! » – Jalal

Un long exil
«  Ma famille et moi avons pris un taxi pour aller à Damas et ensuite rejoindre le Liban. Normalement, il faut 3 heures pour atteindre le Liban d’Alep. Ici, il nous en a fallu 21 à cause de la guerre. Le frère de ma femme vivait au Liban et il était possible d’y trouver, là-bas, une ambassade pour faire notre demande d’immigration au Canada, là où la sœur de ma femme habitait déjà. »
Une fois que sa famille était à l’abri au Liban, Jalal a fait demi-tour pour récupérer, seul, quelques affaires qu’il avait laissées derrière lui à Alep. Ils resteront ainsi, dans un appartement en face d’une église, pendant trois mois au Liban avant d’avoir leur autorisation de rejoindre le Canada.
La chance devait bien leur sourire un jour. Alors que l’Action communautaire pour les réfugiés de Saint-Bruno était dans l’attente d’accueillir une famille de réfugiés syriens chrétiens qui n’avait pas encore son autorisation de venir sur le territoire, la famille de Jalal lui a été proposée. L’organisme montarvillois a tout de suite accepté. La famille qui a laissé sa place devrait, elle aussi, arriver bientôt à Saint-Bruno. « Plusieurs réfugiés désiraient aller en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, mais nous, nous voulions venir vivre au Canada. Ma femme a de la famille à Laval, mais aussi parce que j’aime autant l’anglais que le français. Venir ici était le meilleur choix. J’appelle souvent ma famille en Syrie et la situation est très dure. Avant la guerre, le dollar valait 48 livres syriennes, aujourd’hui, il en vaut 600. »
Les enfants ont commencé l’école un mois après leur arrivée à Saint-Bruno-de-Montarville. Les parents sont encore aujourd’hui en cours de francisation et s’expriment principalement en anglais. Un futur employeur n’attend plus que Jalal puisse mieux maîtriser le français pour lui donner un travail. Sa famille et lui n’ont qu’à reconstruire leur vie désormais. « Je suis très content ici. Ce n’est pas le chaos. Les gens aiment le monde. Je peux marcher dans la rue en toute liberté », conclut-il.