Serge Dessureault rentre à la maison
Conquête du K2
Le Montarvillois Serge Dessureault a tenu sa promesse, celle de revenir à la maison, auprès des siens, sain et sauf. Par contre, il n’a pas atteint son objectif, celui d’atteindre le sommet du K2. Récit de celui qui a failli y passer.
Lorsqu’il a quitté le pays, le 9 juin dernier, en vue d’aller grimper le K2, un sommet du massif du Karakoram, situé sur la frontière sino-pakistanaise dans la région autonome du Gilgit-Baltistan, Serge Dessureault prévoyait une longue marche d’approche d’une centaine de kilomètres avant d’en commencer l’assaut. Il envisageait une expédition de près de deux mois pour atteindre le sommet, à 8 611 mètres, soit 200 mètres de moins que l’Everest.
Une montée plus technique, de nombreuses parois verticales, des corridors étroits, des risques d’avalanche, une météo difficile à prévoir, une montagne difficile d’accès, qu’on surnomme « montagne sauvage », « montagne sans pitié » et même « montagne meurtrière ». Serge Dessureault savait tout cela. Il était mentalement et physiquement préparé à gravir le K2.
Pour l’aventure, il était accompagné de son ami Benoît Lamoureux, de cuisiniers et de sherpas.
Mais à la mi-juillet, une tempête de neige a confiné le groupe de grimpeurs dans leurs tentes pendant six jours, les ralentissant dans leur ascension. Ils sont au camp de base, à jouer aux cartes, à lire, à discuter. Pour sa part, ce pompier de Montréal rédige quelques notes, songe à des stratégies pour grimper la montagne et « refait le monde et le monde autour de toi ». C’est sa façon de passer le temps. « Après une tempête, il faut toujours attendre trois jours avant de repartir. C’est une règle de sécurité en escalade. Avec les températures, la neige fusionne, se transforme en bloc. En principe, après trois jours, il n’y a plus de danger », mentionne Serge Dessureault, en entrevue avec Les Versants.
« J’ai pensé à ma gang, à la maison, à qui j’avais promis que rien ne m’arriverait. Je voulais tenir ma promesse. » – Serge Dessureault
Cependant, au petit matin du 23 juillet, alors que le groupe a repris la route et qu’il est au camp n° 2, à 6 760 m d’altitude, Serge Dessureault a entendu une sorte de détonation, un bruit sourd, un vrombissement. Une avalanche est venue tout balayer au camp 3. En ouvrant sa tente, il a regardé à l’extérieur et a vu la vague de neige déferler sur le camp suivant, quelque 600 mètres plus haut dans la montagne. « Il y a eu une terrible secousse, une pression énorme, un nuage de poudrerie et de neige et j’ai senti un coup de vent. J’ai ramassé mon piolet, au cas où, et j’ai espéré. » Le C2 est abrité par de gros rochers, mais la vague de neige provenant du C3 s’est accumulée dans un creux de la montagne, à quelques mètres des tentes des alpinistes.
Le camp n° 3 a été ravagé complètement, celui où M. Dessureault et son équipe, ainsi que plusieurs autres groupes, auraient normalement dû se trouver s’ils n’avaient pas patienté quelques jours avant de reprendre leur expédition après la tempête. « Sans la tempête, une centaine de personnes auraient pu être rassemblées au camp 3. Nous avons probablement évité la pire catastrophe en montagne », relate le Montarvillois.
Du matériel y avait été installé auparavant. Tentes, bonbonnes d’oxygène (qui exploseront pendant l’avalanche), cordages… À la suite de l’avalanche, des sherpas sont allés vérifier les dégâts. « Ils nous ont dit que c’était comme si jamais un homme n’était passé par là. Nous avons décidé à ce moment-là, après discussions, qu’il était préférable de rebrousser chemin. Cette nuit-là, couchés dans nos tentes, nous avons entendu huit autres avalanches dans les montagnes qui nous entouraient. »
Il reprend son récit : « Lorsque j’ai ouvert ma tente et que j’ai aperçu l’avalanche, je n’ai pas eu beaucoup le temps de réfléchir. Comme j’ai dit, je me suis agrippé à mon piolet. Mais ensuite, j’ai pensé à ma gang, à la maison, à qui j’avais promis que rien ne m’arriverait. Je voulais tenir ma promesse. »
« Deux mois dans une tente, c’est long. Je me suis ennuyé de ma famille, de ma job, de mon café latte, des conversations avec les amis, des 5 à 7. » – Serge Dessureault
À la lumière des événements, l’homme se dit déçu d’une chose, soit celle de s’être préparé physiquement, mais de ne pas avoir pu arriver au sommet. « Je sais que j’étais prêt et que j’aurais pu y arriver. C’est la partie la plus difficile de cette expédition, mais je me sentais bien, j’avais de l’énergie, mon corps s’était bien acclimaté à la montagne. Pour le reste, je n’ai aucune déception, parce que nous avons été hyper prudents et professionnels », poursuit celui qui se faisait donner le surnom de Canadien défensif. « Le plus important, ce n’est pas d’aller en haut, c’est de revenir à la maison. Mon ami Jean-Pierre Danvoye raconte qu’un esprit fort est celui qui est capable de constater le danger et de décider, même à 50 mètres du sommet, que c’est le temps de virer de bord. Ça prend de la discipline et de l’humilité », souligne Dessureault, qui avait mis deux ans d’efforts, de travail et de financement pour préparer ce périple.
Le globe-trotteur retient aussi la belle surprise qu’il a eue à côtoyer le Pakistan et son peuple chaleureux. « Je m’en allais là-bas avec mon sac à dos plein de préjugés, mais j’en suis reparti complètement différent. Une belle découverte. »
Ce père de famille se dit prêt à retourner sur le K2 parce que le défi de la montagne l’attire. Rappelons qu’aucun Québécois n’a atteint son sommet. « Historiquement, ça m’intéresse aussi. Le challenge physique est également invitant. Mais c’est cette période de deux mois pour l’atteindre qui me tente beaucoup moins. Deux mois dans une tente, c’est long. Je me suis ennuyé de ma famille, de ma job, de mon café latte, des conversations avec les amis, des 5 à 7. On tend à oublier ces moments de bonheur, ces petits détails, mais c’est quand on revient à la maison qu’on s’en rend compte. Je pense que je ne suis pas fait pour une aventure en solo de la sorte », conclut celui qui participera, le 15 octobre prochain, au Défi Chaîne de vie sur le mont Royal, pour la sensibilisation au don d’organes (http://www.defi.chainedevie.org).


