Serge Dessureault dans la zone rouge à Lac-Mégantic
Capitaine de la caserne 19 du Service de sécurité incendie de Montréal
À la suite d’une demande provenant du coordonnateur de la logistique des opérations à Lac-Mégantic, une dizaine de pompiers du Service de sécurité incendie de Montréal, dont le Montarvillois Serge Dessureault, ont été dépêchés sur les lieux de la catastrophe qui a ébranlé Lac-Mégantic. C’était le 21 juillet dernier, deux semaines après le déraillement de train qui a entraîné dans la mort 47 personnes.
« La catastrophe est survenue dans la nuit de vendredi à samedi. Lorsque j’ai appris la nouvelle le matin même, j’étais sur le téléphone avec la caserne pour réserver ma place, si jamais les pompiers de Montréal étaient appelés en renfort », mentionne, en entrevue avec le journal Les Versants, le capitaine de la caserne 19 (arrondissement Ville-Marie) du Service de sécurité incendie de Montréal, Serge Dessureault. Sur 2 300 pompiers de Montréal, 1 500 ont fait le même genre de requête que monsieur Dessureault. « Aider l’autre, prêter assistance. C’est l’une des raisons pour laquelle je fais ce métier. On a ça dans le sang. Quand il y a un accident, si je vois une personne en train de s’étouffer ou de faire une chute, je dois intervenir, c’est dans ma nature » de poursuivre le père de deux enfants. Il avait effectué, sans résultat, le même appel téléphonique au lendemain du 11 septembre 2001 ainsi qu’après le séisme de janvier 2010 en Haïti.
L’équipe de Serge Dessureault quitte Montréal en direction de Lac-Mégantic le dimanche 21 juillet et revient à la maison deux jours plus tard, mardi soir. « On allait donner un coup de main parce que les pompiers de Lac-Mégantic avaient un genou à terre; ils n’en pouvaient plus. À notre arrivée, nous avons rencontré l’état-major, qui nous a expliqué notre mission tout en nous demandant de garder un profil bas. Une heure plus tard, nous étions au travail. » Pendant deux jours, les pompiers apportent leur aide durant une période de six heures dans la zone rouge, pour ensuite prendre six heures de repos.
Sur sa page Facebook, Serge Dessureault inscrit ce message quelques heures à peine après son arrivée : « Une 1re nuit à Mégantic. Touchant, déchirant, assez gigantesque comme drame et comme travail que tout le monde fait ici. » Question de respect pour les résidants de la place, les sinistrés et les familles qui ont perdu des êtres chers, le Montarvillois avoue avoir laissé son téléphone intelligent dans ses poches. « Je n’ai pratiquement pas de photos. »
Trois missions
Sur les sites de pompage, Serge Dessureault et ses collègues de Montréal assurent surtout la protection, prêts à intervenir au moindre début d’incendie qui pourrait survenir. D’abord, autour des wagons, que des experts percent et pompent pour en sortir le pétrole restant. « Nous étions sur place afin d’assurer la sécurité, avec les boyaux et les jets armés de mousse », explique le chef de la caserne 19 du Service de sécurité incendie de Montréal. Ensuite, un peu plus bas, il faut creuser des tranchées à même le sol pour puiser l’eau et le pétrole accumulés sur le terrain. « C’est une tâche longue et plate, mais qu’il fallait faire. » Enfin, le travail le plus difficile consiste à se rendre dans la partie la plus basse de Lac-Mégantic afin de pomper le pétrole déversé dans les sous-sols des maisons. « C’est à cet endroit, la partie la plus éloignée du déraillement, que les risques d’explosion étaient élevés, l’air, très cancérigène. »
Par la suite, une nouvelle équipe provenant de Montréal arrive sur place pour remplacer celle de monsieur Dessureault. Le retour à la maison est proche. « Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir pu contribuer afin de donner une pause aux pompiers de Mégantic; j’étais motivé à l’idée que notre présence ici leur épargnait de l’ouvrage. Avec notre aide, ils réussissaient à se relayer normalement, à adopter un horaire plus régulier », de poursuivre celui qui accumule les aventures à gravir les montagnes et accomplir des voyages humanitaires à travers la planète.
À son retour à la maison, il rédige sur sa page Facebook : « Revenir de Mégantic après quelques jours de travail et se sentir microcosmiquement petit face à l’ampleur du drame et de la tâche. »
Des moments d’émotion
« Lorsque je prenais une pause, je discutais avec les pompiers de Mégantic. Chacun d’entre eux a vécu un traumatisme; chaque gars a vécu ça différemment, chacun avait une histoire différente à raconter. Et ils ont tous perdu quelqu’un. Avant de partir pour de bon, nous avons fait un arrêt devant l’église pour observer les photos des disparus, les gerbes de fleurs, les cartes. C’était impressionnant. Ça demeure un drame collectif incroyable. Plus jamais on ne regardera les trains de la même façon. »


