Saint-Bruno : une vidéo cols bleus virale
Une vidéo des cols bleus de Saint-Bruno-de-Montarville est devenue virale en seulement quelques jours.
« La vidéo est purement humoristique. L’intention n’était pas de critiquer mon employeur, malgré le climat actuel à la Ville », assure l’un des cols bleus de Saint-Bruno-de-Montarville, interrogé par le journal Les Versants.
La vidéo met en scène des cols bleus quittant leur local de travail. Juste avant de sortir, ils actionnent un levier qui permet à chacun de recevoir une tape sur l’épaule (ou dans le dos) grâce à un bâton muni d’un gant de travailleur. Le mécanisme a été baptisé La station de reconnaissance. « Deux ans sans augmentation, ce n’est pas toujours facile. On a parfois besoin d’une petite tape dans le dos », peut-on lire dans la publication.
Rappel des faits
Rappelons que la convention collective des employés cols bleus de Saint-Bruno-de-Montarville est échue depuis le 31 décembre 2024. Les parties sont en négociation depuis le 10 juin 2024.
Un accord de principe conclu entre la Municipalité et le Syndicat des employés cols bleus en octobre dernier a finalement été refusé par les membres. Ceux-ci avaient rejeté l’entente à 80 % lors d’une assemblée syndicale à la fin du mois de novembre.
Depuis, le Tribunal administratif du travail est intervenu après que la Ville a déposé une demande d’intervention urgente concernant des moyens de pression jugés illégaux de la part des cols bleus. Le 19 décembre, le Tribunal a déclaré que certaines actions concertées de ces employés ont porté préjudice à des services essentiels pour le public, notamment l’arrosage et l’entretien des patinoires ainsi que les opérations de déneigement.
Une requête similaire avait déjà été présentée plus tôt, en octobre, alors que la Ville demandait l’intervention urgente du Tribunal pour les mêmes raisons.
Une vidéo virale
La vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux le vendredi 23 janvier. Au moment d’écrire ces lignes, elle a généré 3 millions de vues, a été partagée plus de 9600 fois et cumule près de 600 commentaires. Elle a également enregistré 17 000 réactions, surtout des pouces levés et des rires. « C’est carrément incroyable ! » s’exclame l’un des auteurs de la vidéo.
Le journal a contacté la Municipalité à propos de cette diffusion, mais celle-ci s’est montrée très réservée. « La Ville est informée de l’existence de cette vidéo, mais ne fera aucun commentaire », déclare la porte-parole de Saint-Bruno-de-Montarville, Manon Lacourse.
Interrogé sur l’engouement suscité par sa publication, l’auteur de la vidéo, d’une durée de 27 secondes, explique que la reconnaissance est un besoin fondamental pour les êtres humains.
« Ça touche les gens profondément. Lorsque nous lisons les commentaires, nous voyons que beaucoup se sentent invisibles au travail. Le sujet est très personnel et résonne avec eux. Quand on travaille dur sans aucun retour, cela peut créer une blessure émotionnelle », précise-t-il.
Bien que la vidéo soit muette, elle a permis aux spectateurs de « mettre des mots sur cette frustration ». On y entend toutefois la chanson Travailler, de Michel Pagliaro. « Nous avons reçu des centaines de messages disant : »C’est exactement ce que je vis ! ». Ça permet d’en parler et, souvent, cela désamorce les tensions », ajoute le col bleu.
Depuis sa mise en ligne, la vidéo a fait le tour du monde. Des messages de félicitations ont été reçus de partout, et plusieurs spectateurs expliquent avoir créé leur propre « station de reconnaissance » au travail après l’avoir vue. Selon le principal intéressé, ces messages de reconnaissance proviennent de nombreuses langues, dont l’anglais, l’espagnol, le portugais, le polonais, l’allemand, l’italien et le tchèque. « La vidéo a vraiment fait le tour du monde ! » témoigne-t-il.
Crainte de représailles?
Les cols bleus ne craignent pas de représailles de la part de son employeur. Selon eux, la Ville a des priorités plus importantes que de s’occuper d’eux. Ils se disent confiant que la Municipalité comprendra l’intention derrière la vidéo et ne se sentira pas ciblée.
« Nous n’avons rien fait de mal. Ce serait tout de même ironique si les employés qui ont voulu apporter un peu de reconnaissance à leurs collègues étaient finalement sanctionnés. Personne n’a mentionné la Ville dans cette histoire. Je pense que si la Municipalité devait sanctionner des employés, cela ferait encore plus de bruit que notre vidéo. Quand je vois ce qui se passe avec les cols bleus de Montréal, je me dis que notre petite station de reconnaissance est vraiment une affaire mineure », commente celui qui se définit comme un « employé loyal et dévoué, travaillant pour la Ville depuis de nombreuses années ».
Il précise avoir pris soin de ne montrer aucun élément identifiable qui pourrait nuire à son employeur, et de veiller à ce que les visages des autres cols bleus ne soient pas visibles dans la vidéo. « La vidéo a été créée en dehors des heures de travail, avec des ressources personnelles. Plusieurs collègues ont généreusement donné de leur temps pour participer au projet. Je suis fier de notre équipe. En voyant les réactions positives à la vidéo, je suis fier de dire que »les bleus le font mieux ». Après tout, qui ne prendrait pas une petite tape dans le dos après une bonne journée de travail ? »
