Saint-Bruno : une rue à la famille Hurteau

La Ville de Saint-Bruno-de-Montarville rend hommage à l’une de ses familles bâtisseuses en renommant un tronçon de la rue De Chambly en rue Hurteau. 

Le tronçon visé est situé entre le boulevard De Boucherville et la rue Colbert. Comme aucune adresse civique n’est associée à cette portion de rue, le changement n’aura aucune incidence pour les résidents.

La décision a été entérinée lors de la séance du conseil municipal du 27 mai. Par ce geste, la Ville souhaitait reconnaître l’apport de la famille Hurteau, établie à Saint-Bruno-de-Montarville depuis 1921.

« Pour notre conseil, valoriser l’histoire de Saint-Bruno-de-Montarville et honorer les familles qui ont forgé notre ville, c’est une façon concrète de tisser un lien entre notre passé et les générations futures. La famille Hurteau fait partie intégrante de notre patrimoine collectif et il est juste que son nom s’inscrive dans notre paysage urbain », a déclaré le maire Ludovic Grisé Farand.

Daniel Potvin, sixième de huit enfants de Réjeanne Hurteau, a approché la Ville, il y a deux ans, afin d’initier le projet d’avoir une rue Hurteau à Saint-Bruno. Pour préparer le dossier, M. Potvin a consacré plusieurs heures de recherches dans les archives familiales avec l’aide de son frère aîné Jean-Pierre et de son oncle Henri, cadet de la famille Hurteau. Les souvenirs de sa mère Réjeanne, âgée de 98 ans, ont également contribué à enrichir le portrait historique de la famille.

Une famille centenaire

L’histoire des Hurteau est liée à celle de Saint-Bruno depuis le début du XXe siècle. Parmi les figures marquantes de cette lignée se trouve le père de la famille, Viateur Hurteau, à l’époque employé des Frères Saint-Gabriel dans les années 1920. Il a travaillé sur les terres agricoles du rang des Vingt-Cinq, où il vivait avec son épouse et sa famille. « Mon grand-père Viateur agissait en quelque sorte comme contremaître de la ferme exploitée par les frères. En retour, ils fournissaient à la famille des produits de la ferme. Le secteur correspond aujourd’hui à l’emplacement de la ferme expérimentale de l’Institut de recherche et de développement en agro-environnement (IRDA) », explique M. Potvin.

Âgé de 65 ans, Daniel n’a connu son grand-père que jusqu’à l’âge de 7 ans. C’est principalement à travers les souvenirs de sa mère qu’il a découvert cette partie de l’histoire familiale. « Ma mère Réjeanne compare souvent son enfance à l’émission Le Temps d’une paix. Elle devait marcher jusqu’à l’école du Trèfle dans le rang des Vingt-Cinq, qui était chauffée à l’époque par un poêle au charbon l’hiver », raconte-t-il.

M. Potvin relate des souvenirs marquants que lui a racontés sa mère. « Il n’y avait pas de réfrigérateur à cette époque. Ma mère m’a raconté que mon grand-père avait fabriqué une boîte de bois étanche qu’il plongeait dans le ruisseau. L’eau qui descendait de la montagne était froide et permettait de conserver les aliments au frais. »

Sa mère aime bien aussi raconter cette anecdote sur Viateur : « Mon grand-père allait livrer le lait de la ferme des Frères Saint-Gabriel à Montréal en carriole tirée par des chevaux. Il disait à ma mère qu’au retour, il faisait souvent une petite sieste, car les chevaux connaissaient le chemin de retour! »

Une contribution au patrimoine

L’engagement de Viateur Hurteau s’est manifesté dans plusieurs projets qui font aujourd’hui partie du patrimoine local. Il a participé à la construction du collège Saint-Gabriel dans les années 20, ainsi qu’aux travaux agricoles réalisés pour la communauté religieuse. Une dizaine d’années plus tard, les fils de Viateur ont commencé à travailler à la conserverie des Frères de Saint-Gabriel, qui a fait partie de l’histoire agricole de Saint-Bruno dès 1922, sur le domaine de la Villa Grand-Coteau.

Avec certains des frères religieux, Viateur a aussi contribué à la construction de la grotte du mont Saint-Bruno et au déménagement du Vieux Presbytère.

Le premier bureau de poste de Saint-Bruno a ouvert en 1853 sur le chemin De La Rabastalière Ouest. Cette maison a aussi été une banque ainsi que la clinique médicale du docteur Fournier. Ce n’est qu’en 1948 que la maison deviendra la résidence familiale de Viateur, où il vivra avec son épouse Graciella et ses onze enfants.

Plus tard, Réjeanne épousera Antoine Potvin, employé de la compagnie de chemin de fer Canadien National (CN). Ils aménageront ensuite près de la gare de Saint-Bruno. Le mari de Réjeanne en deviendra le responsable officiel.

Une mémoire vivante

M. Potvin affirme que Réjeanne Hurteau a toujours vécu à Saint-Bruno. Elle célébrera son 99e anniversaire le 1er août prochain. « Elle a une mémoire incroyable et une forme physique remarquable pour son âge, une soif de vivre qui est admirable. Elle est encore autonome dans son appartement! », affirme-t-il.

Même si sa mère a accueilli la nouvelle avec beaucoup d’humilité, M. Potvin estime que cet hommage est pleinement mérité. « Pour elle, le legs de sa famille à Saint-Bruno est tout à fait normal. Mais je suis content d’avoir fait ces démarches. Ma mère est modeste, mais je suis certain que ça lui fait plaisir. Je voulais lui rendre hommage et laisser des traces de notre famille », confie-t-il.