Saint-Bruno : un outil qui révolutionne la pomiculture 

Les Producteurs de pommes du Québec, en collaboration avec l’IRDA à Saint-Bruno, proposent aux pomiculteurs de la province d’utiliser moins de pesticides avec la même efficacité.

Au Québec, la gestion de la dérive de pesticides (projection de pesticides hors de la zone à traiter) est encadrée par le Code de gestion des pesticides et les directives fédérales de Santé Canada. Le cadre légal vise à protéger la santé publique et l’environnement. Même s’il est interdit d’appliquer des pesticides lors de certains événements météorologiques, les machines agricoles qui les étendent, elles, ne sont pas forcément adaptées pour les projeter. « Dans l’aviation, nous avons NAV Canada qui certifie la fabrication des avions. Ce n’est pas le cas pour l’équipement agricole », d’indiquer au journal Vincent Philion, agronome et chercheur en phytopathologie pomicole à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).

Ce dernier est particulièrement fier que les Producteurs de pommes du Québec (PPQ), en collaboration avec les chercheurs de IRDA, aient fait l’acquisition d’un banc d’essai de la distribution de l’air pour pulvérisateurs arboricoles, « une technologie de pointe qui contribuera à faire évoluer les pratiques de pulvérisation en verger québécois dans l’objectif de favoriser une agriculture durable et de préserver la santé animale, végétale et humaine », d’expliquer M. Philion, qui attendait cet achat depuis 10 ans, date à laquelle cette machine de confection allemande était en démonstration au Québec. 

C’est quoi?

Le banc d’essai, basé dans les hangars de l’IRDA à Saint-Bruno-de-Montarville, a pour fonction de faire le diagnostic de l’efficacité des pulvérisateurs de pesticides qu’utilisent les pomiculteurs. « C’est une première en dehors de l’Europe. Il s’agit du douzième en fonction dans le monde. Sa fonction est de tester les pulvérisateurs utilisés par les producteurs et de leur montrer l’efficacité ou non de ces derniers », nous précise M. Philion.

Les fabricants de pulvérisateurs se sont adaptés à des normes basées, pour la culture de la pomme, sur des pommiers de grande taille. « Il y a quelques années, tous les pommiers étaient de la même taille. La pomiculture a beaucoup évolué et la tendance est plus vers des pommiers nains. En Europe, ils sont beaucoup plus en avance sur cette évolution que nous au Québec. Donc, désormais, il y a des pommiers de toutes les tailles au Québec, mais les pulvérisateurs, eux, n’ont pas changé, et sont conçus pour atteindre toutes les feuilles d’un grand pommier. »

Leur puissance de projection de pesticides est donc souvent trop forte, favorisant ensuite leur étalement dans l’environnement. « Le banc d’essai permettra d’indiquer les cibles efficaces du pulvérisateur, sans causer de dérive des pesticides. Il sera donc possible de régler les pulvérisateurs et de permettre ainsi d’utiliser moins de carburant, de faire moins de bruit ou encore de traiter des pommiers plus rapidement tout en contrôlant plus la quantité de pesticides utilisée. » M. Philion ne cache pas que parfois, les réglages ne seront pas possibles et que pour opter pour des pratiques plus environnementales, il n’y aura pas d’autre choix que d’en changer.

Bonnes pratiques

L’objectif est d’encourager les producteurs à de bonnes pratiques. « Ce banc d’essai est basé sur la norme AirCheck®. En utilisant des pulvérisateurs avec cette certification, les producteurs s’assurent d’adopter les meilleures pratiques.

C’est sûr qu’il y a encore beaucoup de résistance à s’adapter, mais comme je le dis au producteur, il est préférable de devancer une règlementation très sévère sur les dérives en adoptant cet outil. »

Une chose est certaine, c’est que les producteurs de pommes du Québec ont fait le premier pas en achetant ce banc d’essai, avec le soutien de La Financière agricole du Québec (FADQ) et la participation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). « Les PPQ sont fiers de porter un projet aussi innovant pour l’avenir de la pomiculture québécoise.

Cette initiative démontre l’importance de la collaboration pour développer des solutions concrètes, durables et adaptées aux réalités du terrain », a déclaré Éric Rochon, président des PPQ et pomiculteur de Saint-Benoît-de-Mirabel.

« Ce banc d’essai nous permettra d’accompagner les producteurs avec des données concrètes et des recommandations mieux ciblées. C’est un outil de transfert technologique qui rapproche la recherche des besoins du terrain et favorise l’amélioration continue des pratiques en verger », de conclure M. Philion. 

Le banc d’essai, qui était proposé dans un premier temps en Montérégie, peut désormais envisager de se déplacer partout au Québec.

Il faut dire que les Producteurs de pommes du Québec représentent plus de 400 pomiculteurs en province. Une culture qui, sous les latitudes québécoises, exige l’utilisation de pesticides.