Saint-Bruno: Thierry Kobloth témoigne de sa réalité comme vigneron
Le 12 septembre 2025 marquait la douzième édition de l’événement « Le 12 septembre, j’achète un vin québécois ».
Pour Thierry Kobloth, propriétaire du Vignoble Kobloth, situé à Saint-Bruno-de-Montarville, cette journée attire leurs clients réguliers en boutique, en plus de quelques curieux de la région qui visitent le site.
Pour suivre la thématique, depuis plusieurs années, l’entreprise familiale offre une réduction de 12 % pour marquer cette célébration qui survient en pleine saison des vendanges. Une période très occupée pour l’agriculteur, qui y cultive le raisin depuis qu’il a acheté son terrain en 2004.
À cette époque, seules la maison et une vieille grange étaient bâties sur une terre peu utilisée. Aujourd’hui, plusieurs bâtiments abritent les différentes activités de l’entrepreneur, dont son restaurant, sa production de vins, de bières et de spiritueux. « Ma conjointe m’appelle Monsieur Projet », lance-t-il en riant,puisqu’il est toujours à la recherche de nouvelles idées pour se diversifier et s’épanouir.
Ce dernier point est ce que cherche le plus le vigneron. « Il faut aimer son métier », mentionne-t-il. C’est sans doute chose accomplie, puisque l’homme, né en Alsace en 1970, partage avec passion la réalité d’un vignoble en 2025.
Malgré les défis que la situation économique et l’aspect environnemental apportent aux agriculteurs, Thierry Kobloth reste convaincu d’exercer, à ses yeux, le plus beau métier du monde. « La plus belle réussite que j’ai sûrement accomplie dans ma vie, c’est d’avoir transmis à mes enfants ma passion. Ils souhaitent reprendre l’entreprise parce que ça les rend heureux et non pas pour me faire plaisir », raconte-t-il, alors que son fils Victor et sa fille Caroline travaillent pour le Vignoble Kobloth.
Cette entreprise familiale ne se limite pas au lien de sang. La conjointe de M. Kobloth fait partie également de l’équipe, tout comme deux travailleurs étrangers qui reviennent depuis plusieurs années. « L’un d’entre eux, ça fait onze ans qu’il revient tous les étés et l’autre, quatre ans. C’est une deuxième famille », mentionne l’entrepreneur, reconnaissant du travail qu’ils effectuent pour lui malgré tous les défis que rencontrent les agriculteurs année après année.
« On a été chanceux, cette saison. On a eu beaucoup de pluie ce printemps, ce qui nous a fait craindre des maladies dans nos vignes. Puis après, il a fait chaud, mais pas la nuit », précise-t-il concernant les quelques semaines de canicule qui ont frappé le Québec cet été. De plus, l’agriculteur précise que les vignes sont moins fragiles que d’autres types d’agriculture, car le système racinaire s’enfouit loin dans le sol. Il utilise des cépages hybrides pour améliorer leur résilience.
La sécheresse du sol affecte donc moins les cultures et les plants, à terme, produisent plus d’ombre. « On est sur du sol argileux. Donc, l’humidité demeure davantage que d’autres sols », explique-t-il.
Près de 10 000 plants
En tout, le vigneron s’occupe d’environ 10 000 plants de vignes, soit 6 000 de raisins blancs et 4 000 de raisins rouges. C’est en 2004 qu’il a lancé ses premiers plants pour avoir une première récolte l’année suivante. Celui qui a décidé de consacrer son temps à sa passion de la viticulture devra attendre en 2007 pour voir les premiers produits être vendus après l’obtention de son permis d’alcool. Depuis, au fil des saisons, l’homme d’affaires, d’abord un cuisinier de formation, vit des hauts et des bas. C’est en 1994 qu’il quitte la France pour se laisser séduire par le Québec et, en 1997, après quelques expériences dans les restaurants montréalais, il acquiert son premier restaurant dans le Vieux-Montréal. Après 10 ans, il prend la décision de s’installer à Saint-Bruno-de-Montarville, là où son entreprise vit toujours.
Aujourd’hui, Thierry Kobloth produit annuellement entre 12 000 et 13 000 bouteilles. Les cinq cépages de blanc et les quatre cépages de rouge donneront plusieurs sortes de vins, dont un similaire au porto et son meilleur vendeur, le vin orange.
Préoccupation écologique
Si les enjeux climatiques sont une réalité quotidienne à laquelle doit faire face l’agriculteur, c’est aussi une préoccupation qui se transpose dans chaque décision qu’il prend. Dans les dernières années, afin de réduire les pertes, le vigneron réutilise les résidus de vin, autrefois directement envoyés au compostage, pour en faire de la distillerie. « Avec le marc et la lie, on peut en faire des produits distillés », précise-t-il. Le marc, c’est l’ensemble des résidus secs résultant du pressurage, tandis que le lie-de-vin est un résidu solide obtenu à la fin de la fermentation du vin.
« Si j’avais du bétail, une fois distillé et que j’en aurais extrait l’alcool, je pourrais redonner les résidus que laisse la distillerie pour les nourrir », précise-t-il. L’économie circulaire est pour lui très importante pour, d’une part, réduire l’empreinte écologique des agriculteurs, mais aussi pour encourager les commerces locaux plutôt que les produits importés. Alors qu’au Québec, on importe plus de 230 millions de bouteilles, la production locale, elle, représente 2,5 millions de bouteilles, soit 1 % de ce que l’on retrouve sur les tablettes. « La production est marginale, mais de qualité. Le transport de nos produits d’ici n’a que très peu d’empreinte écologique si on la compare à des vins importés de l’Australie. »
Petite portion du marché
Avoir son vignoble au Québec en 2025, c’est aussi rivaliser avec des compagnies mécanisées outremer, alors qu’ici, les vignerons transforment le raisin en vin de manière artisanale.
M. Kobloth dénonce aussi la gestion gouvernementale des lois régissant la vente et la production d’alcool. « La SAQ ne risque rien du tout, ils n’investissent rien. Ce sont les agriculteurs qui prennent tous les risques », déplore-t-il, alors que c’est cette même société d’État qui établit les prix de vente.
L’inflation aura laissé sa marque également pour l’entreprise de Thierry Kobloth. « L’an dernier, ç’a été très difficile. Lorsque l’économie va mal, les gens vont couper dans les loisirs, comme ce que nous proposons avec notre alcool et nos soupers-spectacles », explique-t-il. Cette année, l’achalandage va mieux, surtout qu’une vague d’achat local comme celle vécue durant la pandémie se fait un peu ressentir. « L’engouement pour l’achat local ne devrait pas survenir que lorsque ça va mal, mais tout le temps », explique-t-il.
Être un entrepreneur et un petit producteur comporte son lot de défis, admet-il, mais il ne peut pas vivre dans l’angoisse constante. « On finit toujours par s’en sortir. On donne toujours tout pour y arriver et, en bout de ligne, le meilleur salaire que j’ai, c’est la satisfaction d’être heureux de ce que je fais comme métier », conclut M. Kobloth, pour qui son emploi du temps n’est pas un travail, mais une passion.
