Saint-Bruno : révision demandée de la rue Colbert
Frédéric Boisrond, sociologue, réclame le changement de nom de la rue Colbert, à Saint-Bruno- de-Montarville, associé au Code noir, un document juridique qui a réglementé la condition des esclaves noirs et encadré le système esclavagiste.
Le sociologue Frédéric Boisrond demande la « révision de la dénomination » de la rue Colbert, à Saint-Bruno. Dans une lettre adressée à Ludovic Grisé Farand, maire de Saint-Bruno, il développe sur Jean-Baptiste Colbert. Il rappelle qu’il est le « père du Code noir », un ensemble de textes juridiques ayant encadré et institutionnalisé l’esclavage dans les colonies françaises. « Nous lui devons la légalisation de la déshumanisation et de l’asservissement de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants noirs, à qui il a imposé et accolé le statut d’objets », affirme M. Boisrond. Il ajoute que Jean‐Baptiste Colbert a fait de l’esclave « un « bien meuble » pouvant être acheté, vendu, échangé ou détruit comme n’importe quel autre bidule. Le Code noir a donné au maître le droit de mutiler ses esclaves, de les marquer au fer chaud et de punir de mort ceux qui tentaient de prendre la fuite. Évidemment, puisqu’un meuble ne peut témoigner en justice, les fillettes et les femmes noires ne pouvaient porter plainte pour viol. Un homme noir ne pouvait poursuivre son bourreau, un bourreau qui, légalement, n’en était pas un », situe-t-il.
À l’attention du comité de toponymie
Manon Lacourse, porte-parole de Saint-Bruno, indique que cet élément d’information sera porté à l’attention du comité de toponymie, qui l’examinera dans le cadre de son mandat. Il formulera, au besoin, une recommandation au conseil municipal. « Le cas échéant, cet examen tiendra compte du contexte historique de l’époque, sans pour autant les juger acceptables selon les valeurs d’aujourd’hui », dit-elle. Nous avons demandé Ludovic Grisé Farand en entrevue. « Le maire n’accordera pas d’entrevue sur ce sujet avant d’avoir obtenu une recommandation du comité de toponymie », nous a répondu Mme Lacourse.
Commission de toponymie du Québec
« Une désignation toponymique n’est jamais neutre. Elle reflète des choix de mémoire et des valeurs collectives. Sachant, M. le maire, que le Code noir est le cadre juridique conçu et promu par Jean‐Baptiste Colbert pour légitimer la violence extrême du régime esclavagiste et l’impunité des maîtres, honorer un tel individu dans votre espace public constitue, à mes yeux, une indécence et une insulte pour l’ensemble de vos concitoyens », estime M. Boisrond. À travers sa définition de Colbert, « l’un des plus influents ministres de Louis XIV », sur quatre paragraphes, la Commission de toponymie du Québec ne fait pas allusion au Code noir. Frédéric Boisrond a demandé à la Commission de réviser cette notice biographique. Il soutient que la Commission s’est engagée à le faire. « Si la notice est changée, avoir ça (nom de rue Colbert) dans sa ville, ce sera gênant. Ce sont des choix qu’une ville peut faire et elle va vivre avec. On garde, pour une rue, le nom qui a réduit des esclaves noirs au rang d’animal? Ce n’est pas très honorable », considère-t-il.


