Saint-Bruno : le cas de Serge Bourret

Un homme de 62 ans, Serge Bourret, met en vente sa maison de Saint-Bruno-de-Montarville parce qu’il veut vivre plus longtemps. 

« J’ai pogné le pire des cancers du cerveau », résume Serge Bourret. 

Il y a près d’un an, le 4 mai 2025, Serge Bourret a reçu un diagnostic de glioblastome multiforme grade IV. Selon les statistiques, on lui donne entre 12 et 16 mois à vivre. Il venait à peine de prendre sa retraite, six mois plus tôt.

« Ç’a été une grosse surprise. Le 4 mai 2025, le  »cancer » est devenu un nouveau mot dans ma vie. À ce moment-là, tout bascule. L’angoisse prend place », confie Serge Bourret, que le journal est allé rencontrer chez lui.

C’est à la suite de maux de tête persistants, qu’il qualifie de douleur « pas normale », que Serge Bourret s’est rendu à l’hôpital. Après avoir passé un scan, une masse de la taille d’une balle de golf a été découverte près de sa tempe gauche. « C’était problématique, mais sans savoir qu’est-ce que c’était comme masse. Le médecin m’a dit que c’était probablement un cancer, mais qu’il n’avait pas le temps d’attendre. J’ai été opéré 10 jours plus tard au CHUM, à Montréal », raconte M. Bourret. Une opération de cinq heures avec huit personnes autour de lui.

Dépendamment de l’emplacement de la masse, « d’où ça sort dans ton cerveau », comme le dit Serge Bourret, les problèmes diffèrent. « C’est un cancer atypique. Moi, ma parole a été affectée, et ma mémoire à court terme. La parole revient, la mémoire à court terme, des fois, j’oublie des choses. » 

Par chance, la tumeur n’était pas tentaculaire, mais plutôt sphérique. Ce qui a facilité son retrait complet. Ensuite vient la procédure normale. Radiothérapie et chimiothérapie pendant 30 traitements avant une pause d’un mois. Le patient fait ensuite de la chimiothérapie de maintenance. « Malheureusement, dans le processus standard de santé, ça s’arrête là. Puis on attend la prochaine récidive. »

C’est qu’il n’y a pas de rémission possible avec un glioblastome, et ce, même si la masse est retirée complètement. « Le médecin m’a expliqué qu’il y a de petites cellules qui demeurent, latentes, mais qui vont se réveiller. Il y en a pour qui elles se réveillent plus vite, d’autres pour qui elles se réveillent plus tard. Chaque personne est un cas unique », mentionne-t-il.

Urgence de vivre

Depuis, une urgence de vivre s’est installée. C’est devenu une priorité pour lui. Deux jours après la fin de ses traitements, le 25 juillet l’année dernière, il s’est marié avec son amoureuse rencontrée en 2023 dans une ligue de pickleball à Saint-Bruno. « Je ne me suis jamais marié avant. Mais dans un cas comme le mien, les valeurs changent. Je ne veux plus attendre à demain pour faire des choses. Je veux rencontrer des gens, dire à mes proches que je les aime, profiter et créer des souvenirs maintenant », témoigne celui qui souhaite concrétiser un voyage dans l’Ouest canadien avec sa femme.

Serge Bourret a un seul enfant, un fils. Deux jours avant cette entrevue, lors de son anniversaire, il a appris qu’il serait grand-père en octobre prochain. 

Casque Optune

On lui a parlé d’un traitement reconnu par 14 pays, dont le Canada. Santé Canada a reconnu le casque Optune en 2022. Il n’est efficace que sur le glioblastome. Sa technologie ne guérit pas mais peut prolonger l’espérance de vie et offrir à M. Bourret plus de temps avec les siens. Le casque Optune s’attaque aux cellules en dormance grâce à des champs électriques. Il est conçu pour être porté quotidiennement, pendant au moins 18 heures afin d’être efficace. Cependant, le coût de l’appareil n’est pas couvert, ni par Québec, ni par l’assureur de cet informaticien retraité de l’UQAM. Le Montarvillois débourse 31 000 $ par mois, dont 4000 $ en taxes, pour gagner du temps. D’où la vente de sa maison sur la rue de la Brocquerie.  « C’est le coût d’une Toyota Corolla tous les mois. Je décaisse mes REER, mon fonds de pension. Nous avons créé un GoFundMe. Je me fie à la générosité des gens. À défaut de Québec pour couvrir le casque, je me tourne vers la population. Mais à un moment donné, je vais manquer d’argent », déplore-t-il.

Maintenant, Serge Bourret se bat pour faire changer les choses. Son histoire a été racontée dans différents médias. Une pétition a été déposée à l’Assemblée nationale grâce à Vincent Marissal, de Québec solidaire. M. Bourret veut rencontrer sa députée, Nathalie Roy. « Il faut descendre ça dans la place publique. C’est une situation à décrier », lance-t-il. Cet hiver, il s’est joint à des patients dans la même situation que lui pour manifester devant les bureaux du ministère de la Santé et de l’INES afin de réveiller les esprits sur cette maladie orpheline. Ils étaient une cinquantaine à interpeller la CAQ.

« Il y a des hauts et des bas. Mais je fais le choix chaque jour de rester lucide, de garder espoir et de me concentrer sur ce qui compte vraiment », répond M. Bourret quand on lui demande s’il est serein malgré ce qui lui arrive.