Saint-Bruno : Isabelle Marchand livre son témoignage dans Les chaînes d’un ange

Avec Les chaînes d’un ange – Là où tout a commencé, Isabelle Marchand livre son témoignage. Dans son tout premier ouvrage autobiographique, elle ose aborder des thèmes souvent tabous, tels l’intimidation, le viol, le suicide, la perte d’un enfant, la dépendance et bien d’autres. Rencontre avec l’autrice montarvilloise.

Qu’est-ce qui vous a poussée à raconter votre histoire dans Les chaînes d’un ange – Là où tout a commencé?

J’ai vécu beaucoup d’événements difficiles, que je ne souhaite à personne. À un certain moment, comme je le raconte dans le livre, j’ai voulu baisser les bras. C’est grâce à l’amour inconditionnel de mes trois fils que j’ai trouvé la force de continuer. Je me suis dit que je n’avais pas vécu tout cela ni mené tous ces combats pour rien. J’ai donc voulu mettre mon expérience au service d’autres personnes qui traversent des épreuves. Aider les gens, c’est profondément ancré en moi. Mon livre est avant tout un message d’espoir. Je voulais démontrer qu’avec de la détermination, il est possible de se construire une belle vie malgré les obstacles. 

Vous avez commencé à écrire pendant la pandémie. Aviez-vous déjà en tête d’en faire un livre?

J’ai profité de mon temps libre pendant la COVID pour écrire. Alors que nous étions tous confinés, j’ai ressenti le besoin de me sentir utile et de continuer à aider mon prochain. Tout se bousculait dans ma tête et mes doigts défilaient sur le clavier,  c’était fou! En à peine cinq mois, j’avais écrit mes mémoires. C’est comme si tout cela ne demandait qu’à sortir. Au départ, mon manuscrit comptait environ 500 pages. Mon tome 1 a finalement 288 pages.

Le fait de mettre votre histoire sur papier vous a-t-il permis de vous libérer de certaines blessures du passé?

Oui, absolument. J’ai mis mon âme à nu. Pour moi, ça a été une libération totale. Il y avait des choses que je gardais enfouies en moi depuis très longtemps. Les chapitres suivent essentiellement la chronologie de ma vie. Tout commence avec ma naissance, en 1979, puis je raconte ce que j’ai vécu durant mon enfance. Au début du livre, par exemple, j’explique que je suis partie vivre en appartement à l’âge de 15 ans en raison de difficultés familiales. Ensuite, je poursuis à travers les différentes étapes de ma vie.

Qu’espérez-vous transmettre aux lecteurs à travers votre témoignage?

Chaque jour, je m’efforce de mettre du positif dans la vie des gens qui m’entourent, d’apporter un peu de lumière dans leur quotidien. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je suis encore ici aujourd’hui : dans les périodes les plus sombres, j’ai réussi à apercevoir de petites lueurs auxquelles m’accrocher. Je suis quelqu’un énormément à l’écoute des autres et qui aime aider son prochain. Mes souvenirs heureux m’ont aidée à tenir bon durant les moments plus difficiles. À travers mon livre, je veux transmettre cette même lueur d’espoir et montrer qu’il est possible de s’en sortir malgré les épreuves que la vie peut mettre sur notre chemin.

Avez-vous hésité avant de dévoiler des pans aussi personnels de votre vie, notamment en pensant à la réaction de vos proches après la lecture du livre?

J’ai appris à ne plus trop écouter ce que les gens autour de moi peuvent dire ou penser parce que cela peut nous empêcher d’avancer. Mon conjoint, par exemple, ne veut pas lire le livre et je respecte son choix. Il craint que ce qu’il découvrirait au fil des chapitres change son regard sur moi ou sur certaines personnes de ma famille dont je parle dans le livre. Et aussi de devenir trop protecteur envers moi. Ma belle-mère, qui m’a aidée à corriger le livre, m’a dit qu’elle s’est reconnue dans certains chapitres. D’autres personnes de mon entourage m’ont dit après l’avoir lu : « Ça explique beaucoup de choses sur ta personnalité et sur ta façon d’être. »

L’intimidation vécue par vos fils occupe également une place importante dans votre récit. Pourquoi teniez-vous à revenir sur cet épisode?

Mon fils aîné vivait beaucoup d’intimidation à l’école et je trouvais important que les gens sachent ce qui se passait. Mon plus jeune aussi était intimidé en raison de ses troubles d’apprentissage. Qu’on le veuille ou non, dès qu’un enfant sort des standards établis par la société, il risque davantage de devenir une cible. Et aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, l’intimidation peut le suivre jusqu’à la maison. Je raconte notamment un épisode où je rencontre la direction de l’école, alors que j’avais l’impression que la situation n’était pas prise suffisamment au sérieux. Un jour, l’ordinateur de Maxime était resté ouvert et j’ai vu ce qu’il avait écrit sur son compte Facebook. Il avait 12 ans et parlait de suicide. J’ai compris à quel point sa détresse était profonde et je ne pouvais pas rester sans rien faire. Je me suis alors inscrite comme bénévole à l’école pour constater moi-même ce qui se passait.

Vous et Maxime avez ensuite choisi de dénoncer publiquement l’intimidation. Jusqu’où cette mobilisation vous a-t-elle menée?

Nous avons organisé des marches publiques en 2011. Nous en avons fait une quinzaine et notre mobilisation a attiré beaucoup d’attention dans les médias. Nous sommes même allés à l’émission Tout le monde en parle. Des personnalités publiques ont marché avec nous, notamment la ministre de l’Éducation de l’époque, Line Beauchamp, ainsi que l’animateur Jasmin Roy, qui était lui-même très engagé dans la lutte contre l’intimidation et l’homophobie. Nous avons également rencontré le premier ministre de l’époque, Jean Charest, pour demander que les choses changent. L’année suivante, le projet de loi 56 visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école a été adopté.

Vous avez essuyé plusieurs refus avant de trouver une maison d’édition. Comment votre manuscrit a-t-il finalement traversé l’Atlantique?

Plusieurs portes se sont fermées au Québec sous prétexte que je n’étais pas suffisamment connue pour publier ce type de récit autobiographique. À l’époque, je travaillais comme chef cuisinière-pâtissière à l’Académie Sacré-Cœur de Saint-Bruno et j’y ai rencontré un chef français. J’avais repéré la maison d’édition française Panthéon en faisant des recherches et, pendant une pause, je lui ai demandé s’il la connaissait. Il m’a répondu que oui et m’a encouragée à leur faire parvenir mon manuscrit. C’est ce que j’ai fait. J’ai reçu une réponse assez rapidement et l’on m’a proposé une rencontre par Zoom. C’est à ce moment-là qu’on m’a annoncé que la maison d’édition souhaitait publier mon livre. 

Après cette première expérience, vous considérez-vous maintenant comme une autrice?

Je n’ai pas d’étude en littérature et, en me lançant dans ce projet, je ne savais pas que j’allais découvrir un tel amour pour l’écriture. J’ai déjà commencé mon deuxième tome. Ce sera un livre plus lumineux, parce qu’il montrera davantage comment j’ai réussi à avancer et à me choisir. La fin du premier tome annonce d’ailleurs la suite : Le bonheur arrive à point…

Vous vivez à Saint-Bruno depuis plusieurs années. Pourquoi avoir choisi de vous y installer ?

Je suis tombée en amour avec Saint-Bruno. C’est une ville qui m’a permis, en quelque sorte, de me reconstruire. J’aime l’énergie qu’on y retrouve, les gens sont agréables et il y a beaucoup d’espaces verts. Je m’y sens bien. Après tout ce que j’ai vécu, j’ai trouvé ici un endroit paisible et réconfortant.