Saint-Bruno est-elle accueillante?

Plusieurs affiches ont été placardées sur les bâtiments publics de Saint-Bruno-de-Montarville dans la nuit de mardi à mercredi. On peut y lire un message d’accueil pour toutes les minorités dans la ville.
Saint-Bruno-de-Montarville est-elle une ville accueillante? La question se pose depuis que, dans la nuit de mardi à mercredi, plusieurs affiches ont été placardées sur l’ensemble des bâtiments publics de Saint-Bruno-de-Montarville. On pouvait y lire en français et en anglais : « Vous êtes les bienvenus ici. Toutes religions – origines – langues – orientations sexuelles. »
Le journal a contacté la Ville, qui a décidé d’enlever les affiches de ses bâtiments.
« Je ne suis ni pour ni contre cet affichage, mais personne n’a le droit d’afficher librement sur les bâtiments de la Ville », s’est contenté de dire Martin Murray, maire de Saint-Bruno, à qui le journal apprenait la nouvelle.
La Ville  a confirmé dans un communiqué que  « les affiches n’ont pas été produites par la Ville de Saint-Bruno, bien que nous soyons en accord avec un tel message d’ouverture et de tolérance. Toutefois, ces affiches ont été enlevées ce matin, car elles ont été placardées sur les fenêtres des édifices municipaux (bibliothèque, centre communautaire, hôtel de ville, loisir, écocentre, pavillon technique et Vieux Presbytère), et ce, sans la permission de la Ville. »
Saint-Bruno-de-Montarville a l’air d’avoir particulièrement été visée par cette campagne, car aucune autre ville avoisinante n’a constaté de telles affiches sur son territoire.

« Je ne suis ni pour ni contre cet affichage, mais personne n’a le droit d’afficher librement sur les bâtiments de la Ville. » – Martin Murray

Des propos tendancieux

Lors de la dernière séance du conseil municipal, un moment public qui est diffusé sur le site de la Ville, la période de questions aux citoyens a entraîné un moment de malaise dans la salle. Un résidant de Saint-Bruno, condamnant l’arrivée d’un éventuel SPA au pied du mont Saint-Bruno, s’est opposé violemment aux propos de Marilou Alarie, conseillère du district 6. Cette dernière expliquait qu’un SPA venait compléter l’offre récréotouristique du parc national du Mont-Saint-Bruno et qu’il bénéficierait de l’achalandage de la montagne. « J’y vais sept jours par semaine dans le parc, la clientèle, ce n’est pas une clientèle de SPA qui va là. Les barbecues de nos communautés ethniques, ellesne se tiennent pas dans les spas quand ils ont des voiles sur la tête », a-t-il alors rétorqué sous quelques protestations du public et de la conseillère. Mme Alarie a voulu d’ailleurs un peu plus tard dans la soirée, alors que le monsieur avait quitté la salle, revenir sur son intervention. « Cela m’a fait un peu sourciller. On parlait des citoyens qui viennent d’un peu partout pour profiter de notre parc. De dire que ces gens de culture arabo-musulmane ne viendraient pas au SPA, je pourrais quand même lui rappeler que la culture des spas, à l’origine, ça vient des hammams. Ceux qui connaissent bien ces endroits-là, ce sont bien eux, alors tant mieux s’ils participent », a voulu préciser la conseillère.
Depuis la présence de la nouvelle administration en novembre 2013, c’est la première fois que des propos tendancieux sont tenus sur l’appartenance religieuse de personnes en séance du conseil municipal. Doit-on en faire un lien avec le rapport daté de 2015 du ministère québécois de la Sécurité publique qui indique que la tendance des crimes motivés par la haine d’une religion est en hausse?

Un rapport inquiétant

Même si l’on ne peut pas parler ici de crime haineux, il est à noter qu’au Québec, selon un rapport daté de 2015 du ministère québécois de la Sécurité publique, le nombre de délits haineux de nature religieuse a presque doublé entre 2013 et 2014, passant de 48 à 93. C’est, d’après ce rapport, le crime haineux le plus fréquent répertorié au Québec. De la même manière au Canada, Statistique Canada a répertorié 611 crimes haineux contre une race ou une origine ethnique et 429 contre une religion, les deux infractions étant au sommet de la liste des crimes haineux déclarés à la police, devant l’orientation sexuelle, la langue, l’incapacité, le sexe et l’âge.