À la rencontre du ministre de l’Éducation
Les quatre mères dont les enfants ont été victimes d’intimidation à l’Académie des Sacrés-Cœurs auront l’opportunité de rencontrer le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, vers la fin du mois de février.
Celles-ci s’entretiendront avec le ministre de l’Éducation à Québec dans quelques semaines afin d’entamer un processus de réparation pour leurs enfants, en plus des victimes de harcèlement sexuel au Séminaire des Pères Maristes de Québec.
Christine Gingras, l’une des quatre mères, estime qu’un processus de réparation est nécessaire pour le bien-être des enfants : « La démarche qu’on fait est très réparatrice, on demande que ces enfants soient reconnus comme ayant subi de l’intimidation et de l’abandon de leur école, et que ça a eu des conséquences sur eux. »
Le cabinet du ministre de l’Éducation confirme que Jean-François Roberge entendra ce que les mères et leurs enfants ont à dire. Toutefois, ce dernier ne peut faire de promesses quant à ce qui ressortira de ladite rencontre.
Notons que M. Roberge est familier avec le dossier des quatre mères de l’Académie des Sacrés-Coeur, les ayant accompagnées dans leurs démarches depuis 2017, alors qu’il était dans l’opposition.
Reconnaissance des victimes
Selon Diane Chayer, consultante en violence et harcèlement, un tel processus serait effectivement bienfaiteur : « C’est important que le harcèlement soit reconnu par les personnes et les établissements qui l’ont fait ou l’ont laissé faire, qu’il y ait une démarche de réparation que j’appelle amende honorable. Il faut reconnaître ses torts et qu’effectivement, on n’a pas fait ce qu’on aurait dû faire. »
Elle renchérit : « Il faut qu’il y ait une reconnaissance que ce qu’ils ont vécu, c’était de l’intimidation, des effets que ça a eus, et qu’il aurait dû y avoir une intervention. Et ça, c’est réparateur parce que ça veut dire que les enfants avaient raison, qu’ils n’étaient pas responsables. »
D’après Diane Prud’homme, auteure du livre La violence à l’école n’est pas un jeu d’enfant, pour intervenir dès le primaire, il est important d’agir le plus tôt possible auprès des victimes afin de limiter les conséquences sur leur développement : « L’impact sur les victimes, c’est très banalisé, on pense que si on enlève l’agresseur, la victime s’en remettra, alors que l’effet de la violence reste à long terme, fait-elle savoir. Quand on dit qu’il faut intervenir auprès d’une victime, ce n’est pas la prendre en pitié, ça veut juste dire lui redonner son pouvoir. »
« Même après quatre ans, c’est toujours d’actualité pour nos familles, mais on croit que c’est encore possible de réparer le développement de nos enfants. » – Christine Gingras
« C’est pour ça que, depuis quatre ans, on soutient le développement de nos enfants pour qu’ils n’intériorisent pas cela, on fait tout ce qu’on peut pour qu’ils voient que les adultes responsables auraient dû agir autrement », souligne Nancy Woods, une autre des quatre mères de l’Académie des Sacrés-Cœurs.
Christine Gingras est reconnaissante d’avoir l’opportunité de rencontrer le ministre à ce sujet : « On a la chance de pouvoir être entendues par le ministre pour qu’il nous donne son appui afin que le message éducatif soit rétabli. M. Roberge valorise nos démarches de reconnaissance de la mise en œuvre du processus réparateur en acceptant de nous rencontrer. »
Des mesures de plus
Le ministre annonçait le 1février dernier l’implantation de nouvelles mesures pour mieux lutter contre la violence et l’intimidation dans le réseau scolaire, telles que l’embauche d’une ressource consacrée à l’accompagnement en matière de lutte contre la violence et l’intimidation et des formations. Viendra également l’instauration d’un Protecteur de l’élève dans le réseau privé.
Les mères s’attendent néanmoins à une réponse concrète lors de leur rencontre. « C’est vraiment bien ce que le ministre a l’intention de faire comme changements, parce que ça va aider les futures victimes, mais il ne faut pas oublier nos enfants, c’est pour ça qu’on demande que le ministre se montre favorable à ce que les écoles fassent partie du processus de réparation. », d’ajouter Christine Gingras.
« Même après quatre ans, c’est toujours d’actualité pour nos familles, les intimidateurs sont encore actifs sur les réseaux sociaux, mais on croit que c’est encore possible de réparer le développement de nos enfants, nous avons confiance en cette rencontre », conclut-elle.


