Prix hommage à Marie-Thérèse Toutant

Le 40e anniversaire de la Charte des droits et libertés de la personne

Parmi les 40 personnes saluées par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour leur implication dans la société figure Marie-Thérèse Toutant. Cette résidante de Sainte-Julie, qui a vécu dans la pauvreté d’une aidante naturelle, a su, au fil des années, prendre la parole pour les plus démunis. 

Le 40e anniversaire de la Charte des droits et libertés de la personne a été l’occasion, pour la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, d’honorer 40 citoyens qui ont fait de l’avancement des droits et libertés au Québec leur combat au quotidien. « J’ai l’habitude de dire que je suis aidante naturelle depuis mon enfance. » Très tôt, rien n’a été facile pour Marie-Thérèse Toutant. « Ma mère a eu des problèmes de santé mentale. Le père de mes quatre enfants avec qui j’ai vécu 30 ans souffre de schizophrénie. Je me suis séparée en de bons termes. » Toutes ces difficultés, Mme Toutant a voulu les prendre de front, laissant de côté son avenir professionnel, ses loisirs ou encore sa ville de Québec, d’où elle est originaire, pour venir s’installer à Sainte-Julie en famille. « On se retrouve pauvre, obligée d’aller dans les banques alimentaires. J’ai tout fait pour que mes enfants n’aient pas à subir le regard des gens sur ce tabou de la pauvreté qui est encore présent au Québec. Les services sociaux m’ont même conseillé de placer mes enfants et mon conjoint. Je n’ai jamais voulu baisser les bras et je ne regrette rien, mais aujourd’hui, j’en subis l’impact. » Même si ces expériences l’ont rendu « riche intérieurement », Mme Toutant n’a pas rempli son compte en banque avec ces sacrifices. La reconnaissance aujourd’hui de son implication l’a ravie.  

Parcours d’une « défricheuse »  

Elle a fait de sa vie un combat pour la défense des droits des plus vulnérables, soit les personnes aux prises avec des troubles de santé mentale, les proches aidants et les personnes itinérantes. Engagée dans le milieu de l’itinérance, elle réalise des entrevues avec des personnes vivant l’exclusion sociale afin qu’elles s’approprient leur citoyenneté par le partage de leurs connaissances et leur vision des choses. Elle a également beaucoup œuvré dans le milieu communautaire au cours des 18 dernières années, notamment en tant que présidente du Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal et du Réseau d’habitation Chez soi, un organisme de la Rive-Sud (Montréal). En 2002, elle a été nommée par le Conseil des ministres, présidé par Bernard Landry, au sein du comité de la santé mentale au Québec. Par la suite, se basant sur son expérience et son vécu, elle a écrit un livre intitulé Au-delà des troubles mentaux, la vie familiale. Regard sur la parentalité, paru en novembre 2006 aux Éditions du CHU Sainte-Justine, en collaboration avec Marc Boily et Myreille St-Onge. Son implication a été telle qu’elle devient rapidement la porte-parole qu’une cause que bien des gens taisent. « Je suis devenu le cobaye de ma mission. J’ai un parcours de défricheuse sur le sujet de la pauvreté, qui reste encore tabou; pourtant, il y a tellement de gens qui en souffrent. Il faut parler de la pauvreté, tout le monde peut s’y retrouver un jour. La cause avance, mais il ne faut pas baisser les bras. On n’est pas assez nombreux à porter cette cause.» 

Mme Toutant a reçu ce prix hommage avec beaucoup d’émotion. Comme une sorte de lumière au bout du tunnel. « Cela me donne beaucoup au niveau de l’estime de soi. Je suis séparée, mes enfants ont grandi, je vieillis. Je n’ai rien à la banque, mais je suis riche intérieurement. Il faut donc que je travaille. Après mes années d’aidante naturelle, j’ai dû reprendre ma carrière à zéro. »