Parc national du Mont-Saint-Bruno : des oiseaux en déclin

Le déclin de certaines espèces d’oiseaux, voire la disparition de spécimens ont été observés au parc national du Mont-Saint-Bruno au cours des dernières années.

« Ce qui se passe à l’échelle régionale et à l’échelle du Québec se répercute aussi au mont Saint-Bruno », amorce le biologiste Marc-André Villard. Il est affilié à la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) et en soutien aux équipes de parcs.  

Une étude parue dans la revue Science, en février, faisait état de milliards d’oiseaux en moins dans le ciel de l’Amérique du Nord, dont au Québec. L’hirondelle à front blanc, le gros-bec, l’oriole de Baltimore, notamment, ont vu leur population diminuer au cours des dernières années. « Le déclin des hirondelles se voit aussi au mont Saint-Bruno », confirme Marc-André Villard.

Contactée par le journal, Tanya Handa, de la Fondation du Mont-Saint-Bruno, précise que l’organisme n’effectue pas de suivi systématique des oiseaux. Cependant, selon ses observations personnelles, ce déclin est aussi visible sur le mont Saint-Bruno. « Par exemple, dans les années 90, nous entendions régulièrement chanter la grive des bois. Maintenant, cette espèce est fortement en déclin. Personnellement, je ne l’ai plus entendue depuis plusieurs années », témoigne Tanya Handa.

Des oiseaux disparus

En entrevue, M. Villard a souhaité donner les aspects qui sont « spécifiques » au parc national du Mont-Saint-Bruno par rapport aux populations d’oiseaux. Il rappelle qu’il s’agit d’une Montérégienne et d’un parc forestier en grande partie. « Il y a quand même une grande richesse et une grande biodiversité associées à cette région. En comparant avec des données des années 80, il y a effectivement des espèces qui sont disparues du parc »mentionne Marc-André Villard. 

La paruline azurée et le gobemoucheron gris-bleu étaient des « espèces signatures » des Montérégiennes dans les années 80. « Elles ont disparu depuis. Nous avons observé une paruline azurée au parc en 2017, mais ce sont des oiseaux de passage. Ce ne sont pas des oiseaux qui restent pour nicher », soutient le biologiste.

Des oiseaux en déclin à cause du cerf

La population abondante du cerf de Virginie dans le parc national du Mont-Saint-Bruno serait l’une des causes du déclin de certaines espèces d’oiseaux. C’est ce qu’explique M. Villard lors de notre entretien. Au cours des dernières années, les chevreuils ont changé la végétation de façon significative. « Toute la végétation de sous-bois s’est ouverte avec le broutement du cerf. Nous en voyons les effets sur les oiseaux, soient ceux qui nichent ou qui se nourrissent près du sol », raconte M. Villard.

Le plus bel exemple est la paruline bleue, une espèce qui niche et se nourrit dans les arbustes près du sol. Elle était abondante dans les années 80. Or, aujourd’hui, on la trouve très rarement dans le parc. « C’est clairement un effet du surbroutement par le cerf », poursuit le scientifique.

Le cas de la grive des bois a aussi été étudié. Cette espèce niche plus haut dans les arbres, mais se nourrit surtout au sol. « Sa densité est trois fois plus faible que dans un parc semblable où il n’y a pas de problème de cerfs, soit le parc d’Oka. Il semble vraiment y avoir un effet du cerf sur les populations locales. Il y a vraiment des espèces affectées négativement par la présence du cerf », insiste Marc-André Villard. 

Par contre, bien qu’il soit en déclin au Québec, l’oriole est encore visible dans son habitat du parc de Saint-Bruno. On le retrouve dans des endroits plus ouverts, typiques de son habitat.

Selon le spécialiste de la Sépaq, il y a une centaine d’espèces nicheuses d’oiseaux au parc national du Mont-Saint-Bruno.

Retour 

Quand on lui demande si le retour de certaines espèces d’oiseaux est à espérer un jour, M. Villard répond que lui et ses pairs travaillent dans ce sens. Il rappelle que les densités de cerfs sont diminuées chaque année depuis maintenant trois ans au parc national du Mont-Saint-Bruno. « Nous avons commencé un suivi des populations d’oiseaux pour voir si les efforts de contrôle des densités de cerfs vont permettre à certaines espèces, comme la paruline bleue, de revenir dans le parc en plus grande abondance. Tout dépend de la capacité à réduire les densités de cerfs. »