Organismes communautaires : la face cachée des dons 

Les organismes communautaires comptent sur les dons pour financer leur mission. Mais lorsqu’il s’agit de vêtements souillés, d’objets brisés ou de déchets, cela représente un fardeau qui mobilise temps, énergie et ressources.

Au Centre d’action bénévole (CAB) Les p’tits bonheurs de Saint-Bruno-de-Montarville, les revenus de la friperie permettent de financer près de la moitié des services de soutien. Or, une partie du travail quotidien consiste à gérer des dons qui ne peuvent tout simplement pas être revendus.

« C’est un estimé, mais sur certaines périodes, cela peut prendre de 30 à 40 % de notre temps à trier et à rejeter des dons inutilisables », explique Michaël Garellis, responsable de la friperie depuis sept ans. Selon lui, cette réalité est particulièrement présente lors des déménagements ou de la liquidation de résidences à la suite d’un décès.

Il mentionne qu’un tri, au préalable à la maison, éviterait de donner ce qui est cassé. « Je comprends que ça part d’un bon sentiment, mais certains croient que l’on peut tout réparer. Il serait souhaitable que les gens prennent conscience que lorsque c’est fini, il faut le mettre au recyclage ou le jeter. » Même si les organismes tentent de récupérer dans la mesure du possible, il rappelle que leurs ressources et l’espace des locaux demeurent limités.

Dépôts sauvages fréquents 

Du côté du Centre de bénévolat de Saint-Basile-le-Grand, la situation est semblable. « Chaque semaine, nous recevons des vêtements tachés ou déchirés, ou des choses qui ne peuvent pas être revendues », indique Sophie Pelletier, responsable de la friperie.

Les dépôts laissés à l’extérieur constituent également un problème important, rapporte Mme Pelletier, qui déplore que des dons sont laissés à l’extérieur quand le conteneur de l’organisme est plein.

Une réalité que constate également Nathalie Garand, directrice de la Maison de l’Entraide de Sainte-Julie. « Des meubles sont laissés à l’extérieur lorsque nous sommes fermés, bien que nous ne les acceptons pas. Certains déposent aussi de la vaisselle ou des objets fragiles, dans les cloches, qui se brisent et sont dangereux pour nos employés », affirme-t-elle.

Un effet sur les bénévoles

Mme Pelletier note que les dons en mauvais état ou souillés exercent un effet sur le personnel. « Nos bénévoles donnent généreusement de leur temps pour soutenir la communauté. Leur rôle n’est pas de gérer des déchets. Leur motivation est précieuse », souligne-t-elle.

Nathalie Garand constate également les répercussions de cette situation sur le travail des équipes. « Trier tout ce matériel représente beaucoup de travail pour les bénévoles et les employés. Quand nous devons nous départir d’objets déjà en fin de vie, c’est autant de temps en moins pour classer les bons articles et les objets réutilisables pour la friperie », affirme-t-elle.

Miser sur la collaboration

Afin de sensibiliser la population, le CAB Les p’tits bonheurs a mis en circulation 800 sacs réutilisables sur lesquels figurent les consignes relatives aux dons acceptés. « Selon nos calculs, cette initiative a permis d’épargner 6000 sacs poubelle l’an dernier », souligne M. Garellis. L’organisme a également installé un panneau d’information accompagné d’un code QR permettant de renseigner les citoyens en leur proposant d’autres ressources pour les dons qui ne sont pas acceptés.

Pour Mme Pelletier, la solution réside avant tout dans une responsabilité partagée. Elle mentionne qu’en cas de doute, les gens peuvent communiquer avec l’organisme afin d’éviter des déplacements inutiles et d’orienter les dons vers la bonne ressource. 

Avant de donner

Le message lancé par les organismes est sensiblement le même : ils remercient les citoyens pour leur générosité, mais il serait souhaitable qu’ils se demandent si le don est fonctionnel et suffisamment en bon état.

« Nous recevons beaucoup de dons et nous remercions la population pour cela.

Si les gens étaient plus consciencieux en ne nous apportant que des objets réutilisables, nous pourrions en faire beaucoup plus pour notre mission », souligne-t-elle.

« Tout revenu généré par la friperie sert à financer les services reliés à notre mission. En donnant des articles en bon état, les citoyens contribuent directement au bien-être de l’ensemble de la communauté », conclut Mme Pelletier.