Objectif : éliminer les bidons de lave-glace
La SAAQ estime qu’il y a environ 5,2 millions d’autos en circulation au Québec. En estimant qu’en moyenne chaque voiture consomme 4 bidons de lave-glace en une année, combien de bidons en plastique économiserait-on en inventant une station-service de liquide lave-glace tout en éliminant ces mêmes bidons?
Le problème pourrait être résolu au primaire et pourtant, la question ne s’était jamais posée au Québec. C’est Pierre Néron, un résidant de Saint-Bruno-de-Montarville, qui s’est donné la peine de vouloir répondre à cette problématique environnementale. « On économiserait près de 21 millions de bidons en plastique si le gouvernement interdisait la vente de lave-vitre comme on peut le voir aujourd’hui », explique-t-il.
Ce n’est bien évidemment pas l’objectif à court terme que se fixe Cristal Innovation, l’entreprise qu’il a fondée de toutes pièces et dont le seul produit est une station de remplissage de lave-glace. L’entreprise, qui a vu le jour il y a environ trois ans, a été désignée finaliste de La Table d’action en entrepreneuriat de la Montérégie 2017 au concours LADN Montérégie.
« Tout a été certifié par Mesure Canada et toutes les autorités compétentes. Il faut maintenant trouver des personnes qui voudront accepter de participer à l’implantation de ce produit au Québec et agir ainsi en faveur de l’environnement. » – Pierre Néron
Le concept
Avec une station de lave-glace, l’automobiliste pourrait se servir, comme il le fait avec l’essence, pour remplir son réservoir de ce liquide nettoyant. En remettant le pistolet sur son support, un montant s’affiche et la transaction peut-être effectuée par un système de paiement par carte. Un reçu est ensuite délivré à l’automobiliste. Le liquide passe ainsi directement du distributeur à l’automobiliste, sans passer par l’entreposage dans un bidon en plastique qui finira au mieux dans un bac de recyclage. « Rien de similaire n’a jamais été fait. C’est unique en Amérique du Nord. Les autorités canadiennes m’ont d’ailleurs donné leur aval afin de déposer un brevet d’invention pour la machine », précise l’inventeur.
Sept machines sont en service actuellement à Sainte-Madeleine, Mascouche, deux à Laval, deux à Mirabel et une à Sainte-Adèle. « Tout a été certifié par Mesure Canada et toutes les autorités compétentes. Il faut maintenant trouver des personnes qui voudront accepter de participer à l’implantation de ce produit au Québec et agir ainsi en faveur de l’environnement. »
Et les machines attirent une clientèle sensible à la démarche. Les sept stations implantées en décembre 2016 ont déjà permis en quelques mois d’éliminer des poubelles et des bacs de recyclage 866 bidons. Connecté à distance à chacune de ses pompes, l’inventeur peut gérer avec précision toutes les stations déjà en place. « Depuis décembre, nous avons vendu 3274 litres », indique-t-il.
Un autre argument de poids de l’entrepreneur qui explique pourquoi son produit est une invention faite pour durer : « Le lave-glace est le seul liquide qui va dans les voitures électriques. »
Les premiers résultats des stations installées sont un premier pas encourageant pour M. Néron, mais le travail de commercialisation du distributeur n’en est qu’à ses débuts. Il espère que sa démarche sensibilisera de grands groupes.
Aujourd’hui, l’entreprise a une capacité de production de 10 unités par mois, de quoi fleurir dans le paysage québécois rapidement. « Il faut que le gouvernement québécois encourage ce genre de démarche environnementale. Les Villes pourraient aussi encourager la suppression des bidons de plastique, comme elle l’a fait pour les sacs de plastique ou encore comme elle veut le faire pour les bouteilles de plastique à Montréal. Pour les bidons de lave-glace, nous avons désormais une solution. Pourquoi ne pas instaurer une taxe supplémentaire sur ces bidons de lave-glace? »
Autodidacte
M. Néron, qui n’avait aucune formation d’ingénieur, a tout appris au fur et à mesure des différentes étapes à respecter lors de la mise au point de son distributeur de lave-vitre. « Je n’avais aucune connaissance dans le milieu. J’ai eu l’idée lors d’un voyage en Norvège, où j’ai vu un genre de station-service en verre avec du liquide bleu à l’intérieur. C’est alors que j’ai commencé à penser à cette station. J’ai dû tout apprendre dans mon garage et j’ai dû passer par les mêmes procédures aussi contraignantes qu’une pompe à essence pour être homologué. Ce processus a pris trois ans et je n’ai jamais été découragé. »
Le prix
Le prix que paient les utilisateurs est un prix moyen comparativement à ce qu’il est possible de trouver sur le marché. « On peut dire que le prix d’un gallon (un bidon) de liquide lave-glace peut varier de 1 à 10 $. Pour un gallon, cela reviendrait à 3,7 $ avec la station-service. »
Cela revient à 1,15 $ au litre taxe comprise. Mais avec ce tarif, l’entrepreneur précise qu’il y a toujours la juste quantité qui est achetée. « Dans une des stations, on voit (alors qu’il regarde son ordinateur) qu’un utilisateur a rempli son réservoir de 4,7 litres de lave-glace. S’il n’utilisait pas le service, il aurait dû acheter deux bidons et en garder un à moitié plein dans son auto. »
M. Néron croit à son produit, mais il a bien conscience que même si l’environnement est un thème que l’on ne pourra plus mettre de côté dans notre société, il faudra avancer à petits pas dans ses démarches pour pouvoir s’implanter au Québec, au Canada ou peut-être ailleurs. « Je ne peux pas crier victoire encore », conclut-il.


