Mouvement de grève à venir : le communautaire est à boutte!

Le milieu communautaire est « à boutte ». Des organismes locaux réagissent au mouvement de grève prévu du 23 mars au 2 avril.

« Si ça continue, dans cinq ans, il n’y a plus personne qui voudra être dans le communautaire », laisse tomber la directrice de la Maison de la famille de Saint-Bruno (CAME), Aline Desfossés.

Le communautaire à boutte! C’est le nom du mouvement national de grève et de revendications du milieu communautaire. Ce dernier déplore le manque d’investissement de Québec, un enjeu que des organismes locaux dénoncent aussi. 

C’est le cas d’Aline Desfossés, de la Maison de la famille. « Avec la halte-garderie, nous sommes financés à 220 000 $ par année pour notre mission globale. Mais il nous faudrait 700 000 $ pour payer le personnel adéquatement et offrir des services professionnels. Pendant ce temps, les ressources dans le communautaire sont épuisées. »

Mme Desfossés, qui siège aussi à la Table de solidarité de Saint-Bruno-de-Montarville, milite pour une mise à jour des échelles salariales, d’autant plus que ces employés ne profitent ni de régime de retraite, ni d’avantages sociaux. « Nous effectuons 4000 jobs en même temps, mais nous ne faisons pas notre travail. Il y a des feux à éteindre partout. C’est notre réalité. »    

Le mouvement

« Pendant que le gouvernement nous lance quelques miettes de financement, les besoins explosent et les organismes communautaires s’épuisent, peut-on lire sur le site du mouvement. Le milieu communautaire a cessé de se taire. Face à un rehaussement dérisoire, des groupes ont levé la tête et dit clairement  »Ça ne suffit plus! ». »

La grève du communautaire à boutte! aura lieu du 23 mars au 2 avril.

Il est aussi question d’une pétition à signer sur le site de l’Assemblée nationale du Québec. Au moment d’écrire ces lignes, plus de 3800 personnes l’ont signée.

Réflexion au CAB Les p’tits bonheurs

« Des réunions d’information se sont tenues, et se tiendront au cours des semaines à venir, permettant et demandant une réflexion avant de prendre position, affirme la présidente du conseil d’administration du Centre d’action bénévole Les p’tits bonheurs, Odette Morency. Pour le moment, la position du monde communautaire montarvillois [n’est pas] circonscrite. »

Des temps difficiles

La Maison des jeunes (MDJ) de Saint-Bruno n’a pas encore statué à propos du mouvement. « Il est certain que les temps sont difficiles, reconnaît sa directrice générale, Caroline Gauthier. Nous sommes au courant du communautaire à boutte! Nous allons tenter de sensibiliser aussi la population, mais nous ne savons pas encore de quelle façon. »

D’après Caroline Gauthier, les organismes locaux ne sont pas encore concertés sur le sujet, même s’ils sont informés du mouvement de grève.

Initiative « pertinente et appropriée »

« Le communautaire est à boutte parce que le financement de base des organismes est déficient et rehaussé au compte-gouttes, estime le directeur général de la MDJ La Butte, Martin Renaud. Selon lui, le mouvement est pertinent et approprié.

« Si le gouvernement du Québec considère que les organismes communautaires sont des partenaires importants et essentiels au développement social, il a la responsabilité d’allouer des ressources plus adéquates pour soutenir leurs missions respectives », commente Martin Renaud, qui estime que le manque de financement du gouvernement met à risque l’autonomie des organismes et la pérennité des services aux citoyens qui présentent des besoins spécifiques.

En attendant, il hésite à l’idée de mettre les services de La Butte en arrêt du 23 mars au 2 avril. Le dossier sera à l’ordre du jour de la prochaine rencontre du CA, le 18 février.

Mandats de grève

En novembre dernier, les organismes membres de la Corporation de développement communautaire de l’agglomération de Longueuil (CDC AL) ont voté en faveur du mouvement de grève. Depuis, des organismes de l’agglomération confirment leur participation et transmettent leur mandat de grève au comité régional de la campagne. « Les organismes avec un mandat de grève diminueront ou cesseront d’offrir des services à la population. Pendant ces deux semaines, plusieurs actions seront organisées. Il y aura des manifestations régionales partout au Québec le 27 mars, et un rassemblement devant l’Assemblée nationale le 2 avril. D’autres actions sont prévues, mais n’ont pas été rendues publiques. Nous gardons quelques surprises », déclare le directeur général du CDC AL, Martin Boire.

Selon Aline Desfossés, une quarantaine d’organismes de la Montérégie auraient effectué une demande pour un mandat de grève. « Ça veut dire que ces organismes seront fermés, sans offrir de services à la population », insiste Mme Desfossés.