Mathieu Duguay, chef de la direction et des investissements de Cogir Immobilier, a accepté de répondre aux questions du journal Les Versants au sujet de son implication, avec deux autres promoteurs, dans un projet immobilier de 2500 portes à Montréal afin de lutter contre la crise de l’itinérance à Montréal.
Cogir, le Groupe Mach et le Groupe Devimco proposent au gouvernement du Québec et à la Ville de Montréal de construire 2500 logements, le tout sans profit pour eux. L’objectif : offrir un toit à la clientèle des sans-abris qui se sont retrouvés à la rue à cause de la crise du logement.
D’où est venue l’idée de ce consortium?
On se connaît tous dans l’industrie. Nous avons l’occasion d’échanger entre nous, notamment au sujet de l’itinérance. De part et d’autre, on tentait de faire des démarches plus à la pièce pour répondre à cet enjeu. De mon côté, nos bureaux sont en face du parc Jean-Paul-Riopel, où l’on voit quelques tentes, depuis environ un an. C’est un problème qui est directement dans la cour de tous.
Comment Vincent Chiara, du Groupe Mach, vous a-t-il approché pour faire partie de ce projet?
Vincent Chiara a été approché par un organisme qui cherchait du financement pour un projet de 50 logements. C’est l’évènement déclencheur de son goût de s’impliquer. Il ne voulait pas simplement le faire en donnant un chèque, mais bien en s’impliquant sur les solutions afin d’amener l’idée à un autre niveau. C’est à ce moment-là qu’il m’a fait part de sa réflexion. L’initiative de se regrouper les trois vient de lui. On est des compétiteurs, mais des collaborateurs dans ce dossier-là. S’il y a d’autres joueurs qui souhaitent se joindre à notre initiative, on va les considérer. Nous ne souhaitons pas être un trop grand nombre. Juste se coordonner à trois, c’est déjà un gros travail et on a le souhait de rester efficace. Jusqu’à présent, nous avons les contacts, l’expérience et les ressources relationnelles pour y arriver.
2500 C’est le nombre de logements proposés dans le cadre de ce projet visant à la lutte contre la crise de l’itinérance à Montréal.
Personnellement, pourquoi la crise sociale de l’itinérance causée par la crise du logement vous tient-elle à cœur?
Pour travailler régulièrement à Montréal, c’est moins sécuritaire que par le passé. C’est aussi l’image de la ville qui est affectée. Je suis assez d’accord avec l’explication de Vincent Chiara voulant qu’il y ait toujours eu une paix sociale assez évidente au centre-ville, mais malheureusement, ce n’est plus le constat que l’on en fait depuis quelques années. Il faut arriver à renverser la tendance. Il y a un problème social. Ces gens-là ont besoin d’aide et personne n’a les moyens de considérer leurs besoins. Il y a un frein évident, présentement, à la croissance économique de Montréal. Je souhaite m’impliquer pour faire partie de la solution. Plusieurs études le nomment, la première chose dont on a besoin pour se relancer dans la vie, c’est un toit de qualité et une stabilité de logement.
Le projet est encore préliminaire. Avez-vous un échéancier souhaité pour le démarrer?
Nous souhaitons, idéalement, lancer le projet en 2026. Peut-être de un à trois chantiers ou immeubles comme première phase. Je ne pourrais pas plus le préciser. Nous rencontrons la Ville de Montréal et Claude Pinard, le président du comité exécutif. Jusqu’à présent, il y a une très belle ouverture de leur part. Chaque partie prenante de ce projet, comme la Ville ou le gouvernement et les institutions financières, participera pour accommoder le projet à sa façon pour que ça se réalise. Nous, nous sommes comme le maître d’œuvre. On arrive avec le plan de match.
La nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, s’est dite ouverte à donner des terrains pour votre projet. Comment accueillez-vous cette ouverture?
Nous ne sommes pas surpris et nous sommes très heureux de cette annonce. La mairesse a toujours dit qu’elle était prête à collaborer avec le privé. La Ville reconnaît notre expertise de développeur, qu’eux n’ont pas. Ce n’était pas coordonné à notre annonce, la sortie publique de Mme Martinez Ferrada le lendemain, mais une réelle ouverture à aider le consortium a été confirmée rapidement.
Pourquoi doit-on se tourner vers le privé pour faire aboutir de tels projets rapidement et à moindres coûts?
Personne ne s’est viré vers nous. L’initiative d’aller de l’avant avec ce projet vient du privé. Entre autres parce que rien ne se fait. Depuis des années, le problème ne prend que de l’ampleur. Il n’y a aucune initiative qui passe même proche de se concrétiser. Il y a une urgence d’agir et on voit qu’il y a des pistes de solution. Nous avons plusieurs sous-traitants et professionnels, avec qui l’on travaille, qui lèvent la main pour nous offrir leur contribution. À trois, nous avons le réseau de contacts, qui s’est bâti depuis de nombreuses années, que ni le gouvernement ni la Ville n’ont, tant sur le plan de la construction que du côté du financement. Tout ce que l’on fait se réalisera sans profit. Ce que l’on donne, c’est de notre temps, de nos contacts et de nos compétences et ça s’arrête là.