Montérégie : au coeur de la tempête

Mathieu Lussier et Nancy Adam-Cassista chassent les tempêtes au Québec. Avec l’organisme Xtrem Chase Québec, par passion, ils sont les yeux et les oreilles des météorologues.

Le jeudi 17 juillet, le couple, l’un de Sainte-Julie et l’autre de Saint-Hubert, était en alerte. Des orages s’annonçaient en Montérégie. 

Pas le temps d’autres rendez-vous que celui avec la pluie, peut-être la grêle, les éclairs et s’ils sont chanceux, la tornade. « Une tornade pour un chasseur d’orages, c’est le Graal. C’est certain que l’on souhaite qu’elle fasse le moins de dégâts possible, mais c’est exceptionnel à voir. »

Mathieu Lussier chasse les tempêtes depuis 2005 partout au Québec. L’Ontario est aussi une destination ou encore la Tornado Alley aux États-Unis. « J’ai toujours été fasciné par la météo. J’avais toujours les yeux rivés au ciel. Après le film Tornade, je m’y suis mis », indique au journal ce camionneur de profession. 

Équipement XXL

Et il n’a pas lésiné sur les moyens. Sa Honda Civic CR-V, avec l’aide d’un commanditaire, est équipée pour le combat. 

Sur le toit, une station météo, dans l’habitacle, plusieurs cellulaires, des caméras, un ordinateur, des câbles électriques et des chargeurs partout. « On a un convertisseur de 500 W qui nous permet de recharger nos appareils sans problème lorsqu’on est sur le terrain. » Équipement de diffusion en direct avec des caméras 360 degrés, « pour ne pas rater la tornade quand elle tombe », antenne pour améliorer la diffusion du signal téléphonique… Tout est à sa place dans un espace optimisé. 

Avec la station météo, il peut mesurer en direct la vitesse des vents, la pluviométrie, la température, l’humidité, le point de rosée, la pression atmosphérique. Des mesures le prévenant qu’il s’approche de la tempête. 

Une passion commune

Nancy Grenville avait peur des orages. Elle aussi, c’est le film Tornade qui l’a intéressée au phénomène. « J’ai regardé sur les réseaux sociaux pour savoir s’il y avait des chasseurs de tornades au Québec et j’ai trouvé Xtrem Chase Québec. J’avais peur des orages. J’affronte mes peurs et je trouve gratifiant de partager mes connaissances avec le monde.» Leur passion commune a entraîné Mathieu et Nancy dans le tourbillon de l’amour. « C’est plus facile à deux. Nous avons beaucoup de matériel à gérer. Il faut aussi toujours trouver un plan B. C’est toujours très dangereux de chasser. Il n’y a pas de place à l’improvisation. Il faut être préparé. Je déconseille à quiconque de s’improviser chasseur de tempêtes », recommande l’homme. 

Les yeux et les oreilles 

La passion des deux chasseurs de tempêtes est débordante. « On fait des sorties une fois tous les deux jours, parfois tous les jours. Lorsque je me lève le matin, la première chose que je fais, c’est regarder les radars. Ma voiture a été achetée en 2020. En cinq ans, j’ai déjà 226 000 km. C’est un passe-temps assez coûteux. Par année, cela nous coûte 25 000 $. Si j’avais économisé cet argent depuis 2005, je serais millionnaire. »

Ils sont conscients aussi de leur utilité pour les services météorologiques. « Nous sommes les yeux et les oreilles des météorologues. Nous faisons des enquêtes de terrain, que nous présentons à Environnement Canada, qui décidera de classifier les différents événements météo et de les classer. » 

Mathieu est camionneur de profession et l’utilité de sa passion ne lui fait rien gagner.

« Je fais ça pour l’adrénaline que ça me provoque. De voir que l’on n’est pas grand-chose face à la force de la nature. On chasse chaque année aux États-Unis pour comprendre les mécanismes de l’orage. C’est vraiment spectaculaire, cela n’a rien à voir avec le Québec. » 

Il est possible de suivre les aventures météorologiques du couple sur les réseaux sociaux. Plusieurs dizaines de milliers d’internautes s’informent sur les conditions climatiques en consultant Xtrem Chase Québec. 

Selon Northern Tornadoes Project (NTP), un projet de l’Université Western avec lequel Mathieu est en contact, en 2000, ce sont six tornades qui ont été officialisées au Québec. En 2024, il y en a eu plus du double, soit 18.