Massicotte aurait-il droit de construire?
Personne ne confirme l’information de Radio-Canada indiquant que le feu vert serait donné au projet immobilier du sénateur Massicotte concernant le boisé des Hirondelles à Saint-Bruno.
« Ça serait vraiment très surprenant qu’ils prennent aujourd’hui cette décision. Je préfère être prudente avant de commenter cette nouvelle. Ce n’est pas la première fois qu’on entend des rumeurs. J’attends l’avis du ministère », réagit Marilou Alarie, conseillère municipale de Saint-Bruno-de-Montarville. Mme Alarie est l’une des premières personnes qui ont fait des démarches pour protéger le boisé des Hirondelles.
« On n’a actuellement aucune déclaration officielle du ministre, donc on n’a aucune connaissance de la spéculation de Radio-Canada. On n’a aucune information de ce côté-là », explique Bruno Bergeron, porte-parole du sénateur Jean Massicotte, propriétaire du boisé des Hirondelles.
L’an dernier, le ministère était d’autant plus formel dans un avis qui allait plutôt dans le sens des opposants au projet du sénateur. Il indiquait que le boisé des Hirondelles présente l’ensemble des paramètres écologiques essentiels à la survie du ginseng à cinq folioles, une espèce floristique menacée et protégée en vertu de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables du Québec.
« Avec ce que le ministre a mis dans son avis, je ne vois pas comment il pourrait autoriser le projet. Je ne vois vraiment pas comment le ministre pourrait donner son aval à ça. C’est impossible. Ça voudrait dire trop de choses. Tant que je n’aurai pas le papier entre les mains, cela m’est trop difficile d’y croire », ajoute Mme Alarie.
« On n’a actuellement aucune déclaration officielle du ministre, donc on n’a aucune connaissance de la spéculation de Radio-Canada. On n’a aucune information de ce côté-là. » -Bruno Bergeron
Pas une interdiction
Pour M. Bergeron « les avis préliminaires émis ne sont pas une interdiction. On indiquait au promoteur que pour développer ce terrain, le ministre avait un droit de regard et ainsi peut imposer des conditions. L’an dernier, le ministère a assujetti le terrain à son autorité et on a déposé une demande d’autorisation. On attend la réponse du ministère de l’Environnement. Les plans et devis sont complétés, il faudra que la Ville réalise les travaux de construction de rues selon les termes du contrat qui la lie avec le propriétaire du terrain. La décision du ministère de l’Environnement est une pièce très importante du puzzle, mais le dialogue avec la Ville de Saint-Bruno va devoir s’établir. » La balle serait alors dans le camp de Saint-Bruno, qui devrait respecter le contrat.
Peu importe la décision finale du ministère, les opposants se préparent à réagir activement à une autorisation au promoteur de construire dans le boisé. « Faut s’attendre à des réactions vives de la population, des groupes environnementaux et de la Ville de Saint-Bruno si, et je dis bien si, une telle décision était prise », avance Mme Alarie.
Une voix que semble privilégier le Centre québécois du droit de l’environnement. « S’il s’avérait que la décision du ministre irait dans le sens du promoteur, cela pourrait redonner une ouverture aux contestations qu’il y a eu à l’époque, alors que je représentais Nature Québec pour la protection du boisé des Hirondelles en cour. Le ministère est conscient qu’il marche sur des œufs, je pense qu’il aura fait des vérifications solides avant de se prononcer. Sur ce dossier, il ne peut pas faire encore une erreur » de conclure Me Michel Bélanger, avocat spécialisé en recours collectif et droit de l’environnement, fondateur du Centre québécois du droit de l’environnement.
Le ministère de l’Environnement a précisé au journal Les Versants que « aucune décision n’a été prise. L’analyse du dossier par le ministère est toujours en cours. »
Plaidoyer pour la biodiversité
La Ville de Saint-Bruno s’est lancé dans un « plaidoyer pour la biodiversité » où elle a mis en avant l’adoption de son nouveau projet de règlement de zonage visant à remplacer les normes d’abattage d’arbres dans les milieux naturels protégés à Saint-Bruno. On pouvait y lire entre autres qu’« à Saint-Bruno, la faune et la flore rares ne sont pas perçues comme des freins au développement, mais plutôt comme une richesse collective qu’il faut chérir pour le plus grand bénéfice des générations futures. Pour tout projet de développement situé à l’intérieur des périmètres du territoire inscrit au règlement, des critères d’évaluation seront ajoutés afin d’évaluer le respect des demandes de certificats d’abattage d’arbres aux objectifs de protection. Toute intervention dans un habitat essentiel d’une espèce en péril devra être évitée. Il faudra s’assurer du maintien des équilibres écosystémiques dynamiques qui caractérisent le milieu naturel protégé concerné », pouvait-on lire dans un communiqué.


