Mark Carney en Chine : une visite « nécessaire » selon le Montarvillois Vincent Lagrange 

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, rendait visite au président chinois, Xi Jinping, la semaine dernière. L’occasion de contacter le Montarvillois Vincent Lagrange, qui demeure et travaille en Chine.  

« La dernière visite d’un premier ministre canadien, celle de Justin Trudeau, remonte à décembre 2017. Celle de Mark Carney, huit ans plus tard, était donc nécessaire », estime Vincent Lagrange.  

Depuis 2020

Vincent Lagrange réside dans le district de Fengtai, à Beijing. Il enseigne depuis six ans à l’école Yihai. En février 2020, avant même que la COVID-19 n’atteigne le Québec, il avait été, pour Les Versants, un contact éloigné afin d’en savoir davantage sur l’épidémie qui frappait alors la Chine.    

Par visite « nécessaire » du premier ministre canadien, il rappelle que la Chine est le deuxième partenaire économique du Canada, loin derrière les États-Unis. Il mentionne aussi une population chinoise significative en sol canadien. 

Parmi les ententes qui ont été conclues la semaine dernière, Mark Carney a annoncé que 49 000 véhicules électriques chinois entreront bientôt au pays. Ces voitures seront assorties d’un droit de douane de 6,1 % plutôt que de 100 % avant la rencontre. Selon Vincent Lagrange, cette « mise à l’essai laisse présager que si l’expérience s’avère concluante, de plus en plus de véhicules chinois pourront être offerts aux consommateurs canadiens à des prix compétitifs ». 

Il précise à ce propos. « En matière de voitures électriques, les constructeurs chinois disposent aujourd’hui d’une longueur d’avance, tant sur le plan de la qualité que des coûts. L’industrie automobile étant principalement concentrée en Ontario, cette ouverture ne constitue pas une menace majeure pour le Québec. Après tout, le Canada importe déjà des véhicules japonais et coréens sans droits de douane, et personne n’a jamais crié au scandale », dit Vincent Lagrange.

Une visite médiatisée 

La présence de Mark Carney en Chine n’a pas été passée sous silence, ici au Canada et au Québec. La nouvelle a fait les manchettes dans les médias nationaux du pays pendant quelques jours. Quand on lui demande si ça a aussi été le cas chez lui, le Montarvillois répond « beaucoup moins ». « Tous les médias d’État chinois ont bien sûr couvert la nouvelle. Ils le font chaque fois que la Chine signe un accord économique avec un pays étranger. La politique du gouvernement chinois est axée sur la prospérité économique et sur la grandeur de la Chine dans le monde. Ainsi, la photo de Mark Carney serrant la main de Xi Jinping s’est retrouvée à la une du China Daily, un quotidien anglophone appartenant au Département central de la propagande du Parti communiste chinois. Cependant, le commun des Chinois accorde très peu d’attention à ce type de nouvelles », raconte M. Lagrange. 

Au lendemain de l’entente sur les voitures électriques et le canola, il a été question d’un tournant dans les relations diplomatiques entre les deux pays. Pour Vincent Lagrange, l’avenir le dira. D’après lui, le Canada pourrait tirer profit du savoir-faire des Chinois dans la construction de trains à grande vitesse et de réseaux de métro, alors que le Canada possède des ressources naturelles dont la Chine a besoin. « Le Canada demeure aussi une terre d’accueil pour l’immigration chinoise et pour de nombreux étudiants étrangers. Il serait souhaitable de permettre aux citoyens des deux pays de se rencontrer davantage et de mieux se connaître », croit-il, avant de reconnaître que « l’incompatibilité des systèmes politiques freine le rapprochement diplomatique ». 

Il poursuit. « Sans nécessairement condamner, le Canada doit rester fidèle à ses valeurs, la démocratie et les droits humains, ainsi que défendre sa souveraineté, tout en évitant de devenir un relais de la propagande. Les citoyens doivent demeurer informés de la manière la plus transparente possible. Le rapprochement entre les deux pays est avant tout économique, peut-être culturel aussi, voire une coopération sur les enjeux environnementaux. Souhaitons-le. Mais sur le plan des institutions politiques, chacun demeure campé dans son camp », déclare Vincent Lagrange. 

Les avantages d’une meilleure relation

En tant que citoyen qui habite en Chine, M. Lagrange reconnaît qu’il y a des avantages à une meilleure relation entre le géant asiatique et le Canada. Il souligne en premier lieu l’accueil des visiteurs. Depuis le 30 novembre 2024, la Chine accorde une exemption de visa de 30 jours à plusieurs pays. Une quarantaine d’entre eux en bénéficient aujourd’hui.

« Beijing s’est engagé à ajouter le Canada à cette liste depuis la visite de Mark Carney, alors que les États-Unis n’y figurent toujours pas. Ainsi, les Canadiens qui souhaitent visiter la Chine peuvent désormais le faire sans avoir à présenter de demande de visa, pourvu que la durée du séjour n’excède pas 30 jours. »

Un Montarvillois en Chine

À propos de son travail d’enseignant, le principal intéressé dira que le personnel est gentil et que la plupart des étudiants sont agréables. 

Pendant ses temps libres, il fréquente les salles de cinéma, s’entraîne au gym et sort avec des copains, dont plusieurs sont expatriés. « En réalité, je vis un quotidien très semblable à celui de n’importe quel travailleur à temps plein au Québec. Grâce à Internet, je ne me sens jamais très loin du Québec », raconte celui qui a aussi enseigné en Égypte. 

Parfois, il visite des quartiers de Beijing ou il prend un train à grande vitesse pour aller découvrir une autre ville, le temps d’une fin de semaine. Quand il a l’occasion de profiter d’un congé prolongé, il visite différentes régions en Chine ou encore des pays voisins.

Pourquoi en Chine?

C’est la question que le journal lui a posée, « Pourquoi demeurez-vous en Chine? ». Il répond qu’il a choisi la profession d’enseignant afin de pouvoir vivre à l’étranger.

« La Chine est un pays immense, héritier d’un empire. Il y a énormément de choses à y voir. Aussi, les conditions de travail pour les enseignants y sont très bonnes. La profession y est respectée et la gestion de classe s’en trouve facilitée.

Vincent Lagrange se dit toutefois « profondément attaché » au Québec. L’été, il revient y passer du temps auprès de sa famille.

« Mais, pour l’instant, la flamme qui brûle en moi pour continuer à découvrir le reste du monde est toujours bien vive », insiste-t-il.