Maison Krakus à Saint-Bruno : du patrimoine en morceaux

Depuis plus de 20 ans, les héritiers de celui qui a reconstruit la maison Krakus perdent espoir de voir l’un des ouvrages les plus anciens de Saint-Bruno partir en morceaux.

Tout le monde la connaît sous le nom de la Maison Krakus. Il s’agit de l’une des plus anciennes maisons de Saint-Bruno-de-Montarville, située au 555, montée Sabourin. Selon ses propriétaires, sa construction remonte à 1779.

Aujourd’hui, incapables de vendre cette demeure familiale, les enfants de Stanislas Krakus, un immigrant polonais qui a acheté la maison, alors en ruine, en 1968 afin de la restaurer dans le respect de son architecture d’origine et avec des matériaux d’époque, envisagent de vendre les matériaux qui la composent.

« Nous espérons que vous êtes aussi préoccupés que nous! » – Teresa Cunningham

Vider de l’intérieur

Il y a quelques semaines, Teresa Cunningham, l’une des enfants désormais propriétaires de la maison, organisait un vide-grenier. À défaut de trouver un acheteur pour cette propriété située dans une zone désignée  » parc et espace vert « , c’était le mobilier de la demeure qui était proposé aux chineurs.

Les visiteurs pouvaient également repartir avec un feuillet retraçant les 20 dernières années de démarches entreprises par la famille auprès de la Ville afin de préserver cette maison patrimoniale. « Si vous êtes en faveur de la préservation de l’immense histoire de notre belle ville et de ses bâtiments patrimoniaux en voie de disparition, veuillez écrire à l’administration municipale afin qu’elle prenne les mesures nécessaires pour acquérir et préserver cette maison. Nous espérons que vous êtes aussi préoccupés que nous », pouvait-on y lire.

C’est avec une certaine résignation que Teresa Cunningham s’est entretenue avec le journal au sujet de l’avenir de la propriété. « Depuis tout ce temps, les administrations qui se sont succédé ont promis d’acheter notre maison afin de préserver le patrimoine de la ville. Au début des années 2000, nous avons offert de la vendre au prix correspondant uniquement à la valeur marchande des deux acres de terrain sur lesquels elle est située. Mais, malgré les promesses, aucune offre n’a jamais été déposée. Nous avons aussi demandé à la Ville de renoncer à son droit de préemption afin que nous puissions vendre la propriété. Encore fallait-il que le zonage, beaucoup trop contraignant, soit modifié. Aujourd’hui, les nouveaux plans du PPU Sabourin placent cette maison patrimoniale entre deux zones commerciales. »

La maison est toujours en vente au prix de 1,75 million de dollars en raison de sa valeur patrimoniale, même si son évaluation municipale s’élève à 443 900 $.

Une Ville en réflexion

Contacté l’an dernier, le maire de la Ville, Ludovic Grisé Farand, qui venait de lever le droit de préemption sur la maison lors d’un conseil municipal, indiquait au journal qu’il avait « un malaise à avoir ce droit de préemption sur cette maison alors qu’il est clair que la Ville ne va pas l’acheter. Le prix est trop élevé. » 

Le 12 mars 2026, la Ville présentait son plan directeur d’aménagement Sabourin aux citoyens. Mme Cunningham était présente dans le public.

C’est au moment où elle s’est informée de l’avenir de sa maison que le maire, Ludovic Grisé Farand, lui a communiqué une nouvelle qui pourrait changer la donne. « Cela fait longtemps que vous souhaitez que la Ville achète votre maison. Avec ce projet d’aménagement du secteur Sabourin, nous n’aurons pas le choix de l’acquérir. (…) C’est une maison qu’il faut protéger. Il y a des travaux à faire et je ne pense pas qu’il soit réaliste que vous puissiez les assumer. Au final, il vaudrait mieux que ce soit la Ville qui s’en charge. Si nous voulons réaliser un parc patrimonial à cet endroit, nous n’aurons pas le choix de l’acquérir. C’est vraiment ce que nous souhaitons faire », a déclaré M. Grisé Farand.

Nous avons de nouveau contacté la Ville à la suite du vide-grenier organisé par Mme Cunningham.

« Ce dossier est toujours à l’étude et aucune décision n’a été prise à ce stade. Comme indiqué lors de la consultation publique du 12 mars, les différentes options sont toujours en évaluation. Nous ne sommes pas en mesure de commenter davantage pour le moment », a indiqué au journal la porte-parole de la Ville, Manon Lacourse.

Pas patrimoniale

En attendant de constater le prix que proposera la Ville pour acquérir sa maison, Mme Cunningham se prépare à vendre en morceau la demeure. « C’est la prochaine étape. On ne trouve plus ça sur le marché. Je viens vivre quelques jours par semaine dans la maison pour l’entretenir, mais cela fait trop longtemps que ça dure », conclut-elle

La citation d’un bien patrimonial est une mesure de protection particulière dont dispose le conseil municipal en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. La citation permet d’assurer la sauvegarde et la mise en valeur de tout immeuble situé sur son territoire répondant à la définition d’immeuble patrimonial ou de tout territoire répondant à la définition de site patrimonial dont la protection, ou la mise en valeur, présente un intérêt public. Bien qu’ancienne, la maison Krakus n’est pas patrimoniale.